Obésité : nous devons sauver nos enfants…

0
L’enjeu santé de nos enfants passe nécessairement par une prise en main rigoureuse de leur alimentation. Les erreurs nutritionnelles de la petite enfance conditionnent la vie d’adulte. Les parents doivent devenir les « boucliers » de leur santé. Les conseils du Dr Frédéric Saldmann.

N’ASSOCIEZ PAS MANGER ET RÉCOMPENSE

« Si tu finis ton assiette, tu auras une tartine de N* » (marque de spécialité de chocolat tellement antinutritionnelle que censurer son nom relève du devoir journalistique…). Double aberration dans cette petite phrase si courante dans les familles : primo, « finir son assiette ». Non. Gâchis ou pas, quand un enfant n’a plus faim, inutile de le forcer. On connaît son appétit (ou son manque de ?) et l’on proportionne d’emblée. S’il/elle a encore faim, il est temps de revenir au plat. Cet habitus de « tout finir » chez l’enfant se retrouve chez l’adulte : formaté dans l’enfance, il finira coûte que coûte son assiette et en subira les conséquences. Secundo, ériger la nourriture, le dessert, le sucré, en récompense. « L’une des erreurs fondamentales à ne pas commettre », m’explique le Dr Frédéric Saldmann, le médecin vedette de tous les médias, celui que les journalistes ont volontiers surnommé le « gourou des VIP ». « Ce réflexe du circuit de la récompense perdurera toute la vie. » Or Saldmann redoute les mauvaises habitudes contractées dès l’enfance : l’obésité des adultes puise souvent dans les erreurs nutritionnelles de parents laxistes. « Le plaisir est un moteur, mais il ne faut pas l’associer à la récompense. Je te donne un bonbon si tu as bien travaillé est une absurdité. »

NE « FORMATEZ » PAS LES GOÛTS

« La nutrition des enfants n’est pas celle de l’adulte pour une raison impérieuse : ils sont en croissance. Une maison en construction exige tous les matériaux qui la constitueront, son entretien à peine quelques compléments », image Frédéric Saldmann. « À 7 ans, un enfant aura absorbé autant de sucre que son grand-père toute sa vie ! » D’où cette exigence première à s’imposer dans toutes les familles : ne pas formater les goûts de ses enfants. Sucrer, saler, certes, mais « de façon modérée », dit un peu gentiment Frédéric Saldmann, peut-être pour ne pas effrayer. Mais « modéré » signifie « très peu ». Si vous inondez d’une cuillérée de sucre le yaourt de vos rejetons, les adultes qu’ils deviendront exigeront la même dose dans le moins défavorable des cas. « Ce sera son référent organoleptique, redoute le nutritionniste, alors qu’il est simple de se forger dès l’enfance des habitudes hors toute idée de “régime”. »

L’un des autres grands principes n’étonnera pas des parents abreuvés des « cinq fruits et légumes chaque jour » du Programme national nutrition santé : il faut diversifier. Apprendre d’emblée à l’enfant une multiplicité de goûts et saveurs.

PROSCRIRE LA PRÉCIPITATION

Troisième certitude du praticien, que l’on retrouve dans tous les articles consacrés à la bonne alimentation mais mieux vaut le répéter : ne pas manger trop vite, ni chez l’enfant, ni chez l’adolescent, ni plus tard chez l’adulte. La « loi » est simple et dure : plus l’on mange vite, plus l’on grossit. Il faut donc impérativement obtenir que nos jeunes gens s’assoient « et hors tout écran à proximité, recommande le médecin des pros de l’écran. Distrait par un écran, l’enfant ne sait pas même ce qu’il est en train de manger ».

Et sinon ? L’on risque de condamner sa fille, son fils, à se compter parmi les victimes d’« une épidémie épouvantable », dixit Saldmann, l’obésité. Au-delà du préjudice esthétique, c’est la voie ouverte aux maladies cardiovasculaires et aux cancers. « 30 % de calories en moins, c’est 20 % d’espérance de vie en plus », annonce mon interlocuteur.

PROTÉGEZ-LES À TOUT PRIX CONTRE L’OBÉSITÉ

« La nutrition, ce sont des entrées et des sorties. Beaucoup d’entrées, peu de sorties, on grossit. » Un enfant obèse compromet sa santé d’adulte. Comment réagir ? Avant tout, consulter un médecin qui évaluera l’impact de son surpoids sur l’organisme, puis, « tout doucement, le rééduquer à trouver du plaisir dans l’alimentation autrement que par le gras et le sucre. Un travail à mener avec beaucoup de minutie dans un encadrement médical ». Frédéric Saldmann insiste sur cet encadrement : il vise avant tout à surveiller le basculement possible vers l’anorexie…

Le message de l’auteur de Vital ! son avant-dernier livre (Albin Michel) : tout se passe dans la petite enfance. Le petit d’homme « garde ses référentiels de goût toute sa vie ». Image à nouveau : « Les parents protégeront leurs enfants toute leur vie tel un bouclier contre l’obésité. » Un combat qui vaut son pesant de… graines de grenade.

Olivier MAGNAN

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.