Il fut un temps où nous ne pouvions pas vivre les uns sans les autres. L’entraide était au cœur de la société humaine, cette dernière en avait besoin pour survivre. Mais l’évolution technologique et sociétale a fait son travail. Désormais, nous vivons dans un cadre de vie où seule notre réussite personnelle et professionnelle compte. Notre société est devenue de plus en plus individualiste. Le taux de pauvreté et des inégalités de niveau de vie sont en hausse, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En effet, en 2015, le taux de pauvreté a augmenté de 0,2 point. Il s’élève à 14,3 % de la population, après 14,1 % en 2014. Ainsi, plus d’une personne sur sept vit avec moins de 60 % du revenu médian (soit environ 1 000 euros). En outre, la hausse des inégalités de niveau de vie entamée en 2014 enregistre une hausse de 0,003 en 2015 pour atteindre 0,296. Nous vivons donc dans un monde où des millions d’oubliés doivent se battre pour leur survie tandis que d’autres profitent de leurs biens.

Toutefois, il semblerait que malgré ces points négatifs, l’homme n’a pas perdu son intérêt pour la solidarité, notamment en participant à diverses actions des associations et fondations qui luttent pour les plus démunis, qu’il s’agisse des humains ou des animaux. Il semblerait que l’homme ait besoin de se sentir utile pour de nombreuses raisons, mais surtout des raisons personnelles.

Seul, l’homme se mourrait

Nous avons besoin de nous sentir utiles. De se dire que grâce à nous, d’autres se sentent mieux. Pour le chanteur-compositeur Bruno Guglielmi aider la Fondation Action Enfance était comme une évidence. « Je faisais un concert pour un club Rotary où chacun présentait une association. J’ai entendu Benoît Réveillon (responsable partenariat et mécénat) parler d’Action Enfance. Leur projet m’a touché », se souvient-il. « Je ne me sentais pas très utile avec mes chansons et belles histoires, sans forcément faire grand-chose, avoue-t-il. J’ai demandé à Benoît si je pouvais aider l’association. Il m’a proposé de visiter un de leurs villages d’enfants. » Une grande aventure humaine a alors commencé pour Bruno.

Outre la rencontre avec les enfants – qui vivent dans les villages d’Action Enfance car ils ont été séparés de leurs parents par un juge afin de les protéger – Bruno a rencontré une autre chanteuse : Rose. Elle a aussi eu un coup de cœur pour la Fondation qu’elle a découverte dans une publicité télévisée. « Je suis restée scotchée ! On y voyait un enfant enfermé dans le noir. Puis, il passait à travers un mur et devenait un adulte. La voix off disait “Aidez les enfants en danger à devenir des adultes accomplis”. Comme je suis maman, ça m’a touchée, se souvient Rose. On a tous envie que nos enfants deviennent des adultes accomplis et épanouis. J’ai eu envie de contacter l’association. Je suis allée visiter un village et c’est à cette occasion-là que j’ai rencontré Bruno. » Ensemble, ils ont eu envie d’écrire une chanson pour Action Enfance. Pour ce faire, les deux artistes se sont inspirés d’un des villages de la Fondation et ont même demandé aux enfants de celle-ci participer à la réalisation du vidéo clip. « Nous avions cette image très forte de joie, de rire, de famille. Ce n’était pas du tout angoissant ou triste », explique Rose. Avec leur titre plein d’amour et de bonheur ils ont récolté plus de 10 000 euros pour financer les vacances des enfants de la Fondation. Une action dont les deux chanteurs sont très fiers. « Il y a aussi quelque chose de très égoïste. Ce sentiment de culpabilité à se dire qu’on est bien loti. Finalement en faisant un don de sa personne, en écrivant quelques lignes, quelques notes, nous aidons les autres », souligne Rose. C’est cette philosophie et presque une règle de vie que Rose enseigne à son fils de 5 ans. « J’essaye de lui faire comprendre que partager ce n’est pas perdre quelque chose, au contraire, c’est donner de soi et donc c’est recevoir. Toute la vie c’est comme ça. »

Le bénévolat nous apprend beaucoup

Si les artistes peuvent donner de leur temps, nous pouvons faire de même en devenant par exemple bénévole au sein d’une association. Un « travail » non rémunéré mais qui paye ! « A l’Association Petits Princes, grâce aux bénévoles, tout devient possible. Il faut bien sûr du temps, de la motivation, du dynamisme. Mais le fait d’apporter du bonheur à des enfants malmenés par la vie est un cadeau en soi. Mon engagement à l’association est réellement source d’un enrichissement et d’un épanouissement personnels », témoigne Laurence.

Il est vrai que le bénévolat a ses avantages notamment parce que les bénévoles acquièrent de nouvelles compétences qui les aident dans la vie courante et professionnelle. « Les avantages, c’est beaucoup de sociabilité, c’est de rencontrer du monde… On apprend à garder son sang-froid dans une situation stressante », raconte Marie, pompier volontaire.

Par sa posture, le bénévole acquiert progressivement plus de confiance en soi et une capacité à se distancier. L’expérience bénévole facilite les acquis de compétences empathiques. Par exemple, en devenant parrains d’un enfant au sein de l’association Enfance et Partage, les bénévoles se soucient de la vie d’un petit qui peut résider à l’autre bout de la terre. Il y a donc une question morale et un devoir envers cet enfant qui ne permettent pas d’abandonner le parrainage en cours de route. En outre, les bénévoles apprennent à écouter autrui pour percevoir ses intentions, le mettre à l’aise, s’exprimer avec aisance et de manière appropriée selon les publics pour transmettre des informations, établir le dialogue pour négocier, informer, réconforter. Tant de qualités importantes de nos jours.

En devenant famille d’accueil (un autre engagement possible dans l’associatif) pour un chien en devenir de guide d’aveugle, les personnes comprennent le but exact de leur mission. Le fait de faire quelque chose de valable renforce leur image de soi et ajoute une note positive dans leur quotidien. En outre, cette expérience bénévole suscite des apprentissages autour de la compréhension et l’analyse de situation, de la construction d’un projet, de son évaluation, de la sollicitation de soutiens, du travail en équipe et de la gestion d’un groupe. Cela permet de développer de nombreuses aptitudes relatives à la gestion de projet, de savoir déléguer des responsabilités à d’autres et de contrôler les effets de cette délégation. « Le bénévolat c’est une façon de recréer ce lien qui est en train de se déliter entre les jeunes et la société. Cela permet de se faire des amis, à un âge où c’est quelque chose qui compte et qui est important. Le fait de s’interroger sur la notion de citoyenneté. La vie associative, c’est en fait ce petit laboratoire démocratique où on se questionne sur son rôle de citoyen, sa participation à la vie de la cité », explique Jean, président d’une association étudiante à Pau. Pour les jeunes c’est aussi une manière d’apprendre à être discipliné. « J’ai été bénévole aux piscines du sanctuaire de Lourdes. On nous demandait d’être toujours à l’heure et de ne jamais rater son jour de présence. J’ai compris que si je transgressais cette règle, mes coéquipiers seraient en difficulté. Aujourd’hui, je ne suis jamais en retard en cours et nulle part. Je sais que les gens comptent sur moi et m’attendent », explique Laure, étudiante à Tarbes. Il serait absurde de ne pas mentionner le fait que l’engagement au sein d’une association est aussi bien vu par les recruteurs. En effet, c’est un bon point sur le CV.

Un don, un partage

Il y a aussi ceux qui ne sont pas disponibles pour donner de leur temps. Ils préfèrent alors faire des dons. Non pas parce qu’ils veulent profiter d’un abattement fiscal mais par ce qu’ils sont guidés par l’humanisme. Une des valeurs de la civilisation européenne. La pitié envers les animaux, les personnes démunies. Mais il n’y a pas que par manque de temps que ces gens préfèrent de donner de l’argent. Ils savent aussi qu’ils sont incapables de mener les mêmes actions sur le terrain que les associations ou fondations. « Je fais un don mensuel à la SPA parce que j’aime les animaux », explique Georges. « Je ne peux pas en prendre chez moi car je suis asthmatique mais les chats errants dans ma commune me fendent le cœur. Bien sûr, je leur donne à manger mais j’aimerais qu’ils aient une famille et un toit. De plus, je sais exactement que l’argent que je vais donner à la SPA ira aux animaux et nulle part ailleurs », souligne-il.

Les entreprises sont également de plus en plus nombreuses à mettre leur vivier d’idées au service d’un engagement social. Elles sortent des sentiers battus, imaginant de nouvelles formes de soutien : les RTT solidaires, le mécénat de compétences, l’événementiel, les partenariats… Un engagement novateur, tant par sa diversité que par l’implication personnelle des collaborateurs, qui ont dorénavant la possibilité de s’investir personnellement.

L’engagement au sein d’une association devient donc une partie de notre vie et nous apporte un réel épanouissement personnel. Une importance évidente aux yeux de ceux qui nous entourent et pour nous-mêmes. Si vous ne l’avez toujours pas compris, écoutez la chanson de Jean-Jacques Goldman « A quoi tu sers ? » et vous aurez peut-être un déclic.

Anna Ashkova

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