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Une stratégie nationale que les maires et les citoyens déclineront : le plan français est imparable.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

L’homme est fatigué, mais sa voix timbrée laisse augurer d’un esprit clair. Clair, Édouard Philippe le fut, le 28 avril, devant l’hémicycle et non « au cours d’un JT », même si sa barbe inégalement blanchie atteste d’un poids de la décision sans cesse accru. Il parla devant 75 députés respectueux qui l’applaudirent à deux ou trois reprises et se levèrent aux moments formels, à l’exception de représentants d’une opposition bien décidés à voter contre le plan quel qu’en soit le contenu. Lequel plan ne surprend pas. On s’attendait à un déconfinement très progressif, il le sera puisque, globalement, le télétravail se poursuivra, les bars/restaurants n’ouvriront pas avant juin, les plages et les stades resteront vides et l’élastique de nos déplacements ne dépassera pas cent kilomètres. Mais tous les commerces rouvriront le 11 mai, à charge pour eux de respecter gestes barrières et distanciation physique (l’affreux qualificatif de « social » ne fait plus partie du vocabulaire officiel !). Les vrais points critiques du plan se nomment transports en commun que l’exécutif délègue faute de mieux à la RATP et à la SNCF, en réalité bien incapables de s’inscrire dans l’optimum sanitaire. Et écoles, dont le redéploiement échoie essentiellement aux maires, préfets et parents d’élèves. En fait, le Dr Philippe surveillera le thermomètre, prêt à reconfiner à la moindre alerte.

Le point de mire – un masque pour tous, des tests pour les symptomatiques et les personnes contacts – aura été le passage délicat qui rappelle le péché originel, la « pénurie », un mot habilement placé au regard des hésitations de scientifiques tâtonnants qui ont bon dos.

Bref, la « ligne de crête » – protéger sans immobiliser – n’est pas réellement attaquable : protéger, tester, isoler, le tryptique semble imparable si tant est que tout un peuple veuille bien continuer à se protéger, à se faire tester en cas de besoin et à s’isoler si contaminé. Le jeune Premier ministre a même fait appel à un mot rare, en guise de péroraison d’un discours millimétré : vertu. Cette « force morale avec laquelle l’être humain tend au bien, s’applique à suivre la règle, la loi morale », dit la définition. À défaut de tendre au bien, l’être français suit la règle et les députés LREM voteront le plan au nom de la morale politique. En nous exhortant à la patience, qui est aussi une vertu.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

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