Le « nouveau chemin » présidentiel n’est pas encore fléché le 15 juin

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Autosatisfaction et annonce sous forme de « vous allez voir ce que vous allez voir » laissent un petit goût de frustration. Mais Emmanuel Macron dit vouloir renoncer à la centralisation en France, ce qui serait quand même l’heureuse surprise du quinquennat.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Une dose de satisfecit (souvent autosatisfecit), une dose de justifications, une dose de souffle et de caps, une dose de mesures immédiates, attendues, mais confirmées : le Président de la République a rempli ses vingt minutes en ouvrant un « nouveau chemin »… en juillet. Un teasing quelque peu frustrant qui donne encore un peu de temps à celui dont on attendait le 15 juin une parole plus concrète. Ce sera sans doute alors, en juillet, sauf rebond épidémique peu probable, la fin de la parenthèse virus française, dans un pays pourtant encore cerné par la menace virale, voisine d’une Italie sous la menace de clusters inquiétants.

Côté satisfecits, le constat que « nous avons sauvé des dizaines de milliers de vies », celui que les 500 milliards (dont les prêts garantis) engagés dans le soutien aux entreprises et à l’emploi constituent une exception dans le concert des nations (« dans combien de pays tout cela a-t-il été fait ? »), celui d’une « première victoire contre le virus », celui que « l’État a tenu » (avec mention au Premier ministre et aux élus de terrain). Le couac des masques fera partie des procès à venir.

Côté mesures immédiates, un bonus aux restaurateurs et aux cafetiers en ouvrant dès aujourd’hui des salles aux tables espacées et non le 22 juin (sauf Mayotte et Guyane) : pas de quoi faire pavoiser le chef Philippe Etchebest en grande tenue de MOF qui clame que « Bercy ne nous a pas entendus » (30 % de faillites d’ici à la fin de l’année redoute le chef, qui annonce un véritable « cauchemar en cuisine »). Ouverture immédiate aussi des frontières européennes, le 1er juillet hors l’Europe, celui des crèches et des collèges. L’hommage rapide aux policiers et gendarmes, qui méritent « la reconnaissance de la nation » et le « soutien de la puissance publique » semble, au passage, signer le prochain départ du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, même si l’on doit « rester intraitable face au racisme et à l’antisémitisme ». Pas un indice, en revanche, pour le devenir du Premier ministre sur le « nouveau chemin ». Macron aime laisser planer le doute et préparer ses « priorités pour les deux ans à venir » (en ouvrant le « cap de la décennie », ce qui signifie bien qu’une réélection du président autosatisfait est d’actualité pour lui).

Souffle et caps s’incarnent dans la reconstruction d’une « économie forte » – heureusement ! –, mais associée à une écologie active. Il est frappant d’entendre Emmanuel Macron ne jamais dissocier désormais l’économie de l’écologie (« reconstruction écologique », dit-il, en rappelant de façon inattendue la perspective d’une stratégie maritime pour la 2e puissance mondiale sur les océans). Une reconstruction dans une France décentralisée, 3e axe qui passe par une « réorganisation de l’État » : les territoires et les élus auront gagné en indépendance – hôpitaux, universités, mairies compris.es.

Le « nouveau chemin » dessine donc un pays peut-être enfin « déparisnisé », peut-être à l’image des pays européens fédéralisés. Voilà un vrai changement de cap dont il faudra surveiller l’effectivité. L’« énergie du jour qui vient », la petite phrase de clôture d’un jeune président bien décidé à rebondir sur la crise, passera par un déconfinement des régions. C’est sans doute la plus forte perspective de ce qui sera annoncé en juillet, avec la reconquête de la souveraineté – relocalisations en filigrane. Curieusement, les commentaires d’après-allocution relèvent à peine cette rupture, comme si la décentralisation du pays restait hors de son ADN. Alors chiche, M. le Président. Votre modèle gaulliste s’est rompu sur cet écueil, si vous parvenez à engager la France dans son génie territorial, vous aurez vraiment vaincu la crise.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

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