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Lviv pleure ses enfants tués dans la guerre contre la Russie, nous aussi, bien sûr. Cent neuf landaus vides, le nombre d’enfants tués en Ukraine, à Lviv le 18 mars 2020.

Le prix de leurs vies n’a pas suffi à résoudre le paradoxe moral de la guerre et de la paix. Au-delà de l’image dramatique des 109 berceaux vides de Lviv, nous savons que les enfants ukrainiens ont majoritairement subi l’exode ou subi les bombardements. Plus de deux cents enfants, au moins, ont payé de leur vie, notre tribut à la « guerre », en quelque soixante jours de massacres. Pour faire contraste et comparaison qui ne vaut pas raison, en France la covid a tué 64 enfants français depuis le début de la pandémie. Le virus de la haine s’avère, lui, plus meurtrier, plus en un grand mois qu’en trois ans d’épidémie, à populations quantitativement égales.

Les enfants ukrainiens réfugiés en France sont déjà près de 10 000 à être scolarisés en France, principalement pour le moment dans les académies de Versailles et de Nice. Ou accueillis dans d’autres pays : la moitié des enfants d’Ukraine ont quitté le pays dévasté. Déracinement, privations, séparation d’avec leurs pères restés combattre et défendre le pays, témoins d’exactions, soumis au flux continu de la peur durant la fuite vers les frontières. « Des déplacements d’enfants à grande échelle les plus rapides depuis la Seconde Guerre mondiale », selon la directrice générale de l’Unicef, Catherine Russell.

Que leur dire ? Que l’Europe se réveille, enfin, face à la guerre en Ukraine, que l’Otan revient à lui, prend conscience des hôpitaux, des écoles, des théâtres, des gares, des villes et des villages, Irpin, Boutcha, Marioupol, Kramatorsk, Kherson…

Que nous sommes là, fortement attachés aux valeurs de la civilisation, opposés à la violence immense qui leur est faite, que nous résisterons aussi, que nous souhaitons avec eux, pour eux, reconstruire, internationalement, d’autres archipels que celui du Goulag, qu’inlassablement sur le métier de la paix nous remettrons notre ouvrage. Pardon pour notre impuissance immédiate apparente et lourdement malheureuse mais nous construisons, par eux et pour eux, un tissu de solidarité. Leur dire que l’Europe se réveille, pour les accueillir. Qu’ils peuvent et doivent être fiers de leurs pères, grands-pères, oncles et parfois grands frères restés défendre leur pays et leur foyer, et fiers, également, de leur mère qui les protège en les envoyant, par l’exode souvent, à l’étranger, mais en sécurité. Nous, non plus, nous ne nous laisserons pas prendre l’âme. Leur dire que nous les assurons de notre soutien accueillant dans les classes françaises pour les prévenir de la catastrophe de la discontinuité de leur scolarité. Que nous sommes sûrs que leurs compétences linguistiques et leurs performances mathématiques reconnues leur ouvriront la voie de la réussite scolaire et plus globalement la voie de la résilience après ces lourdes épreuves.

Les évaluations diagnostiques menées par les enseignants spécialisés UPE2A (Unités pédagogiques pour élèves allophones) font valoir que les jeunes Ukrainien·nes arrivés des zones de guerre bénéficient d’une agilité mathématique équivalente à un an d’avance. En plus d’un courage avéré.

 

Exodes d’enfants

L’Unicef a communiqué le 24 mars 2022 le nombre, aujourd’hui bien sûr augmenté, de 4,3 millions d’enfants déplacés, plus de la moitié de la population infantile ukrainienne.

Victimes de la guerre, ils ont dû quitter leur foyer, leur école, leurs repères pour fuir l’insécurité et les combats déclenchés par l’invasion russe.

« Un mois de guerre en Ukraine a entraîné le déplacement de 4,3 millions d’enfants, plus de la moitié de la population infantile du pays, estimée à 7,5 millions », a détaillé le Fonds des Nations unies pour l’enfance dans un communiqué. « 1,8 million d’enfants ont ainsi traversé la frontière pour se réfugier dans les pays voisins et 2,5 millions sont déplacés à l’intérieur de l’Ukraine ». Faites que le pire d’hier ne soit pas le meilleur de demain.

 

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