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La santé mentale a été désignée « grande cause nationale 2025 ». Alors que l’année touche à sa fin, le bilan apparait mitigé. En dix ans, les passages à l’acte suicidaires des 11-18 ans ont augmenté de 60%. Parmi les lycéens et étudiants, un jeune sur cinq présente une détresse psychologique élevée, des troubles anxieux et épisodes dépressifs. Face à ces chiffres alarmants, parler de santé mentale ne suffit plus. Il faut agir.
Les études convergent : la santé mentale des adolescents s’est dégradée, en France comme à l’international. » Un constat préoccupant, dressé par Dr Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France. Contrairement à ce qu’on nous a sans cesse rabâché, la pandémie n’est pas entièrement responsable de la dégradation de la santé mentale des adolescents et jeunes adultes. Elle l’aurait, certes, fragilisée mais selon une étude EnClass menée auprès d’élèves du secondaire, les premiers signes étaient visibles dès 2018. Selon cette même étude, 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque important de dépression. Quant aux 18-24 ans, le constat n’est guère plus rassurant : 55 % d’entre eux ont déjà été affectés par un problème de santé mentale (Odoxa/Mutualité française, septembre 2024).
Comment l’expliquer ? Quel est le rôle des parents et des établissements de santé face à la dégradation de la santé mentale des jeunes Français ?
Quand le quotidien est synonyme de souffrance
Pour mieux comprendre l’enjeu de la santé mentale, il faut revenir à la définition qu’en donne l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il s’agit d’un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». Lorsque la souffrance psychologique devient importante et durable, la santé mentale est altérée. « L’adolescence est une période de profonds bouleversements. À côté, il y a la pathologie : des moments de souffrance et d’inquiétude, le sentiment qu’on ne va pas y arriver, qu’on ne veut plus manger, dormir beaucoup… La santé mentale est altérée lorsque la vie quotidienne devient une souffrance », détaille la psychiatre spécialisée dans l’enfance et l’adolescence, Marie-Rose Moro. Celle qui dirige également la Maison de Solenn, un établissement à Paris qui accueille des jeunes de 11 à 18 ans en souffrance psychique ou somatique, souligne que la dépression est le mal qui touche la majorité des adolescents pris en charge. Viennent ensuite les troubles anxieux, les troubles de la personnalité, les crises familiales et les troubles du comportement alimentaires (TCA). « Les trois quarts des pathologies mentales des adultes apparaissent avant 16 ans. C’est pour cela qu’il faut traiter les troubles psychiques dès l’adolescence. Pour qu’il y ait plus de possibilités de guérison ou le minimum de conséquences sur leur vie d’adulte », alerte Marie-Rose Moro.
Augmentation des troubles chez les jeunes filles
Selon un rapport publié par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) le 18 juin 2025, les hospitalisations ont bondi de 22 % entre 2023 et 2024 chez « les très jeunes filles âgées de 10 à 14 ans ». Ce chiffre recouvre les tentatives de suicide et d’automutilations non suicidaires. La directrice de la Maison de Solenn invite à faire preuve de prudence quant aux causes de ce phénomène. « Il n’existe pas qu’un seul facteur explicatif de cette dégradation. Il est d’ailleurs difficile d’identifier tous les facteurs en jeu », poursuit-elle. La psychiatre avance toutefois que certains préjugés pourraient être à l’origine de l’altération de la santé mentale des jeunes filles, par exemple le fait que leur souffrance soit minimisée car on aurait tendance à croire qu’elles se plaignent sans raison apparente. Cela ne peut pas être l’unique facteur explicatif de l’augmentation de l’hospitalisation des jeunes filles car ces idées reçues ne datent pas d’hier. « Ces dernières années, les études mettent en avant les traumatismes – notamment sexuels – que les filles subissent par rapport aux garçons… » Des traumatismes plus nombreux qui pourraient être à l’origine de la dégradation de leur santé mentale. La psychiatre pointe également les injonctions de la société qui pèsent majoritairement sur le sexe féminin : avoir une silhouette mince, ne pas manger avec excès, faire du sport… Les diktats d’hier semblent se propager à vitesse grand V dans un monde dominé par l’image et l’instantanéité. Attention aux raccourcis, si le taux d’hospitalisation des jeunes filles a augmenté ces trois dernières années, c’est aussi le cas chez les hommes. En effet, les hospitalisations pour tentative de suicide ont augmenté de 17 % chez les 15-19 ans par rapport à 2023.
Accompagner les jeunes vers la guérison
Certains signes peuvent aider les parents à repérer un trouble de la santé mentale chez leur enfant. Attention, prévient Marie-Rose Moro, ils ne doivent pas se mettre en position d’ultra-vigilance. « L’adolescence est aussi une période où l’on a des sautes d’humeur, on dort beaucoup… Il ne faut pas surinterpréter le moindre signe ! » Le principal indicateur de souffrance, selon la psychiatre, reste un changement total de ses habitudes. La première chose à faire en cas de détection d’un mal être est d’ouvrir le dialogue avec son enfant. « Un accueil de la parole, et parfois juste une rencontre familiale, permet de dire au jeune “on t’écoute, on te prend au sérieux” et parfois ça suffira », observe Olivia Benhamou, psychologue clinicienne. Lorsque parler ne suffit pas, il est toujours conseillé d’amener son enfant consulter un professionnel, psychologue ou psychiatre. Les établissements de soins sont aussi une option à considérer. Chaque année, la Maison de Solenn accueille 6 000 nouveaux adolescents en consultation ou hospitalisation et réalise des millions d’actes de soins : des évaluations psychothérapiques à la médiation, jusqu’à la prescription de médicaments. Il existe en France 125 maisons des adolescents. Vous pouvez également vous renseigner sur les Centres médico-psychologiques (CMP), pour adultes et adolescents, près de chez vous. Des dispositifs étatiques sont également mis en place comme la ligne d’écoute Fil Santé Jeunes (0 800 235 236), pour les 12-25 ans, accessible 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h.
LISA BEGOUIN


































