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Lecture à voix haute, rituels, livres de toutes sortes… Alors que les écrans emportent tout, difficile de donner le goût de lire à son enfant. Le pédopsychiatre Stéphane Clerget éclaire sur les bons leviers… et les fausses bonnes idées.
« Les Français lisent de moins en moins ». Tel est le constat alarmant de l’étude du Centre national du livre (CNL), menée par Ipsos et publiée le 8 avril 2025. Il faut dire que l’entreprise n’est pas de tout repos, à une époque où les écrans prennent de plus en plus de place dans les foyers. La preuve, moins d’un Français sur deux lit tous les jours ou presque. En moyenne, les Français passent 3 h 21 par jour devant un écran pendant leur temps libre, soit presque exactement le temps qu’ils consacrent à la lecture chaque semaine (3 h 40). Faire lire les enfants est devenu un vrai défi. Pourtant, des solutions existent. Le docteur Stéphane Clerget rappelle une évidence souvent oubliée : « Il est plus facile de donner l’envie de lire à un enfant quand l’un des parents a du plaisir à lire. C’est par mimétisme que l’enfant va découvrir ce plaisir.»
Voir lire pour avoir envie de lire
Ainsi, au lieu d’imposer la lecture, il est essentiel d’incarner le plaisir de l’activité. L’enfant doit voir ses parents lire, pas seulement avant de s’endormir le soir. Et s’il est encore tout petit ou ne sait pas bien lire ? On peut lui lire des histoires, lui offrir des livres-objets adaptés à son âge, ou encore aménager un coin lecture avec coussins, BD, albums et livres-jeux à sa portée. De même, un autre angle d’attaque serait de toucher à son empathie, à son altruisme et à sa bienveillance, en l’encourageant à lire pour faire plaisir. « Plus l’enfant est jeune, plus il a envie de faire des choses pour nous faire plaisir », note le docteur Clerget. De cette manière, on encourage, sans pour autant contraindre. Néanmoins, cela doit l’amener à tenter des lectures qui l’intéressent, sans quoi toute l’opération devient contre-productive. Pourquoi ne pas lire avec lui en lui proposant d’interpréter tel ou tel personnage ? Voilà un temps de qualité passé ensemble !
Toutes les lectures comptent
Pour ce qui est du type de lecture, peu importe — des livres avec ou sans images. Bien au contraire, selon le spécialiste : « Aujourd’hui, on est content même quand l’enfant lit des mangas. […] On peut espérer qu’un jour, il lira des livres avec peu ou pas d’images, mais en attendant, il ne faut pas mépriser ce qui lui plaît. » Le plus important reste de respecter ses goûts et de varier les supports : de la bande dessinée au manga, en passant par le roman illustré, toutes les routes mènent à Rome. Tous peuvent ouvrir la voie au plaisir de lire. Ainsi, au lieu d’imposer la lecture à sa place, pourquoi ne pas l’amener dans une librairie et lui proposer de faire ses choix lui-même.
Et les écrans ?
Là encore, il faut faire preuve de réalisme. « Face aux écrans, aucune autre activité n’est aussi attrayante. Il faut donc volontairement réduire ces temps pour créer des moments disponibles pour lire. » Quant aux liseuses et autres tablettes, le format importe peu, tant que les enfants ne sont pas assez malicieux pour en profiter pour jouer ! « L’impact est le même [entre le support papier et numérique]. La seule vraie différence, c’est la lumière bleue qui peut perturber le sommeil. » À noter par ailleurs, que rien ne remplace un bon livre en papier, joliment illustré. Enfin, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre. « J’ai vu des gens se mettre à la lecture à 50 ans. L’expérience montre que l’on peut découvrir le plaisir de la lecture à tout âge ! », assure Stéphane Clerget. Et si l’enfant fait bloc, patience. Il reviendra certainement à la lecture plus tard — et vous dira que « vous aviez raison » !
MEHDI ARRAIS


































