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Dans son dernier ouvrage, « Quand on tombe amoureux, on se relève attaché » (ed. Odile Jacob), Boris Cyrulnik explore les liens entre amour et attachement et montre qu’ils se construisent ensemble, sur des bases posées dès les mille premiers jours de la vie. Entre biologie, psychologie et société, il plaide pour une attention accrue à cette période fondatrice de la vie de l’enfant afin de permettre l’épanouissement affectif des adultes de demain.

 

Quand on tombe amoureux, on se relève attaché (Odile Jacob, 2024), tel est le titre du nouvel ouvrage de Boris Cyrulnik, paru en mars 2025. Le célèbre neuropsychiatre y démontre que l’amour n’est pas un éclair isolé mais s’enracine dans un terreau affectif bien plus profond : celui de l’attachement, façonné dès les premiers jours de la vie. « L’amour est une évidence », déclare Cyrulnik, en le décrivant comme une révélation, « un moment intense dans une vie humaine », capable de s’affranchir du seul lien sexuel. Mais cette intensité ne suffit pas à faire tenir une relation. C’est ici que l’attachement entre en scène, comme l’assure le célèbre neuropsychiatre, il se construit au quotidien, dans une dynamique plus lente et plus ancrée. Les deux concepts, l’amour et l’attachement, fonctionnent finalement de manière opposée mais harmonieuse, à l’image de deux planches appuyées l’une contre l’autre pour se maintenir en équilibre. Pour Boris Cyrulnik, la clé de compréhension de cette mécanique amoureuse réside dans les mille premiers jours de l’enfant – période allant de la conception jusqu’à l’acquisition du langage. C’est durant cette période que se fonde le style d’attachement d’un individu, selon une théorie développée au milieu du XXe siècle par le psychanalyste britannique John Bowlby. Boris Cyrulnik y accorde une importance capitale : « Pendant cette période, se forment le tempérament et la manière d’entrer en relation. »

 

L’attachement sécure et insécure

Il précise qu’environ 70 % des enfants vivant dans un pays en paix acquièrent un attachement dit « sécure », caractérisé par l’ouverture à l’autre, les échanges de regards et de sourires, et une communication affective précoce. Mais que se passe-t-il lorsque ces premiers jours sont marqués par la précarité, la violence ou la solitude parentale ? « Ceux pour qui ces mille premiers jours sont perturbés acquièrent un attachement ‘insécure’ », avertit le spécialiste. Évitement, ambivalence, voire comportements désorganisés sont les signes d’un attachement défaillant, souvent hérité de circonstances tragiques tels que le deuil, la guerre ou l’isolement. Le neuropsychiatre insiste : « Ce n’est pas la mère qui est responsable de cela, mais le malheur qui peut la frapper. » Heureusement, cet état est évolutif. « Un enfant avec un attachement ‘insécure’ peut devenir ‘sécure’ à l’adolescence », rassure Boris Cyrulnik, ajoutant que des relations affectives solides à l’âge adulte peuvent aussi favoriser cette évolution. Il défend ainsi une vision résolument optimiste et réparatrice de la psychologie humaine. Boris Cyrulnik propose aussi des pistes concrètes pour nourrir l’attachement de l’enfant. Selon lui, notre culture actuelle valorise une quête de développement personnel qui, paradoxalement, laisse peu de place au tissage de liens profonds. « L’amour est perçu comme un plaisir intense, mais notre culture du développement personnel ne laisse plus le temps à l’attachement de se tisser », regrette-t-il. Enfants entourés de confort matériel mais négligés affectivement, parents séparés dès la grossesse, surcharge mentale maternelle : autant de facteurs qui, selon lui, compromettent la construction d’un lien affectif sécure. Il milite donc pour un allongement du congé paternité, qui réduirait de moitié le risque de dépression postnatale, et donc favoriserait un climat affectif plus serein pour le bébé. Il défend aussi l’idée d’un « village » autour de l’enfant, fait de solidarités entre jeunes parents, de lieux d’échange mais aussi de présence humaine autour de la mère. Au cœur de cette vision, l’amour n’est pas un simple vertige émotionnel, mais le fruit d’un long apprentissage affectif, social, biologique. « On apprend à aimer en parlant, en jouant, à travers une vie quotidienne riche », conclut-il. Un apprentissage qu’il faut donc encourager dès les premiers instants de l’enfant – pour faire de l’amour une force durable, et non un feu de paille.

ANNA GUIBORAT

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