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Écrans omniprésents, manque d’envie, pression des pairs ou de la famille, peur de l’échec… Donner l’envie à un enfant de faire du sport n’est pas facile. Pourtant, la pratique sportive reste essentielle, autant pour son développement physique que mental. Reste donc à trouver le bon sport, avec le bon rythme et la bonne posture éducative.

« Il y a une démobilisation, ou en tout cas un ralentissement de l’engagement physique sur les activités physiques au sens large, que ce soit dans le quotidien, dans les modes de déplacements, ou à cause de la sédentarité. C’est une évolution de la pratique qui ne s’observe pas quand le sport est plus compétitif, à plus haut niveau », alerte le psychologue du sport Olivier Strak. Le monde évolue, et avec lui l’évolution des charges mentales des enfants. Entre surcharge scolaire, activités extrascolaires multiples ou simple envie de décompresser devant une série, les freins sont bien plus nombreux qu’avant.

 

Quand le sport devient un fardeau

Mais une autre cause, plus ou moins visible, vient parfois complexifier l’équation : la pression parentale. C’est souvent avec de bonnes intentions que les parents accompagnent l’enfant dans son activité sportive, « l’encourageant » à persévérer, parfois en empiétant un peu trop sur son espace personnel. « Le parent, c’est le premier coach. C’est lui qui initie l’activité, organise, soutient. Mais il doit veiller à ne pas s’approprier le sport de son enfant, car cette activité ne lui appartient pas : l’enfant a le droit de rêver, l’adulte non », insiste Philippe Godin, professeur en psychologie du sport à l’université de Louvain. Quand le sport devient un terrain d’attente ou de projection, il perd complètement son aspect ludique et personnel. L’enfant ne s’y reconnait plus et décroche, parfois de manière brutale. « Si le climat familial est centré exclusivement sur la performance ou la compétition, alors on déséquilibre l’expérience », poursuit Philippe Godin. Débriefings systématiques, critiques après les matchs, absence d’autres sujets de conversation… Tous ces signaux doivent alerter les proches des enfants. Le sport ne doit pas devenir une épreuve de plus dans sa vie, mais un espace d’expression, de plaisir et d’équilibre. Quand un enfant rechigne à pratiquer un sport, ce n’est pas forcément par flemmardise. Il se peut simplement que l’activité choisie ne lui convienne pas, ou plus. Et c’est là un grand enjeu pour les parents : trouver le bon sport, au bon moment, au bon rythme, en accord avec son âge, son tempérament, ses envies.

 

Ramener des émotions positives dans l’activité

Certains enfants ont besoin de cadres, de structures, de compétitions, quand d’autres auront besoin de fuir les enjeux, ou les confrontations, dans un esprit moins concurrentiel. « Il faut ramener des émotions positives dans l’activité. Si l’effort paraît trop coûteux ou trop éloigné du plaisir, il y aura un risque accru de décrochage », rappelle Olivier Strak. En effet, les enfants recherchent du plaisir à l’instant T, pas de bénéfices à long terme, car ils ne sont pas encore câblés pour cet esprit mature. Il s’agit alors d’adapter les exigences. Trop souvent, l’organisation du temps des enfants ressemble à ce que peuvent connaitre les adultes en entreprise. Philippe Godin insiste sur l’importance de la souplesse dans le rythme : « Tout le monde n’est pas condamné à participer aux Jeux olympiques. Il faut savoir moduler les horaires, ajuster les entraînements, sans jamais sacrifier l’équilibre de l’enfant ». Par ailleurs, un repère important à suivre peut-être l’observation des autres pans dans la vie de l’enfant. Est-il fatigué ? Irritable ? Perd-il le goût pour des activités qu’il pouvait apprécier auparavant ? Ses notes baissent ? Des petits signaux comme ceux-ci peuvent indiquer un déséquilibre à corriger. La meilleure stratégie reste encore et toujours le dialogue afin de comprendre le blocage. Le sport accompagne l’épanouissement, il ne le tait pas.

 

Autonomie, sentiment de compétence et socialisation

« L’activité physique agit comme un régulateur d’humeur, elle participe à la plasticité cérébrale et à la stimulation cognitive », explique Olivier Strak. Dans une époque marquée par une forme de déconnexion au réel, permettre à l’enfant de s’ancrer dans son corps et de retrouver du mouvement, c’est lui donner des repères stables. Mais pour pérenniser cet impact, la pratique doit rester saine et bienveillante. Philippe Godin insiste sur l’importance de ne pas tout réduire à la performance : « la performance est la conséquence, pas un but. » Un bon climat familial, dans lequel on parle aussi d’autres choses que du dernier match pendant le dîner, participe directement à cette sérénité, à ce bien-être. Et qu’en est-il du choix entre sport collectif et individuel ? Pas de réponse universelle, là encore. Olivier Strak évoque alors un « triptyque fondamental : autonomie, sentiment de compétence et socialisation », lequel décuple les chances d’implication et de persévérance de l’enfant. Des disciplines alternatives peuvent aussi intéresser l’enfant, que ce soit le sport en plein air, les jeux en mouvement, ou encore les parcours urbains, qui se multiplient sur le territoire national. Ces alternatives offrent une version plus moderne, ludique et inclusive de l’activité physique. Faire du sport ne devrait jamais être une obligation, mais une opportunité. Celle de mieux se connaître, de se dépasser, ou simplement de s’amuser. En tant que parent, le meilleur rôle à jouer est celui d’un guide bienveillant, qui montre sans imposer. Car à long terme, ce sont le plaisir et la liberté qui donnent envie de recommencer… pas la contrainte.

MEHDI ARRAIS

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