En France, 83 % des adolescents sont équipés d’un téléphone portable. Comme toute nouvelle technologie, le mobile présente de nombreux avantage, mais nécessite un apprentissage. Voici comment aider votre ado à passer le cap du portable-doudou.

Facture de téléphone insensée, oreille collée en permanence au mobile, SMS envoyés de jour comme de nuit… Votre enfant semble n’avoir aucune modération dans l’usage de son portable et cela vous insupporte. L’équipement des Français en mobiles est relativement récent et explique les manques de modération ou de politesse dont nous sommes tous coupables. Parents, à vous d’aider votre enfant à appliquer les principes que vous lui avez inculqués, dans sa vie comme dans le domaine de la téléphonie mobile. Qui sait, peut-être est-ce l’occasion de glaner quelques conseils pour votre propre compte…

Problème n°1 : Il est complètement accro

Depuis qu’il possède un portable, votre ado ne s’en sépare plus. Il l’utilise pour téléphoner bien sûr, mais pas seulement. Il s’en sert aussi comme réveil, calculatrice, horloge, appareil photo, baladeur MP3 etc. Contrairement à vous, son petit boîtier ne lui sert pas uniquement à téléphoner. Vous ne seriez d’ailleurs pas étonné qu’il vous serve un jour un café avec. Seulement voilà, vous ne supportez plus de le voir scruter son écran d’un air inquiet à longueur de journée, comme si sa survie en dépendait.

Solution : Proposez-lui une cure de désintox !

À travers l’utilisation fréquente de son mobile, votre adolescent cherche à rester en permanente connecté avec son réseau d’amis. Il se sent une liberté supplémentaire lorsqu’il s’extrait des contraintes de temps et de lieu que représentent les heures de présence en cours, les moments creux de la journée ou les repas de famille. Proposez-lui une cure de désintoxication de portable pour l’aider à redécouvrir la vraie liberté. Celle de ne pas s’inquiéter en permanence de savoir si son portable n’a pas sonné ou manquerait de batterie. Celle de vivre pleinement l’ici et le maintenant pour goûter au moment présent ou chercher à l’améliorer.

Problème n°2 : Il ne sait plus écrire français

« Slt maman, tu pe venir me cherché 2m1 » pour « Salut maman, peux-tu venir me chercher demain ? ». Ou comment saccager la langue française en quelques clics. Votre enfant vous soutient qu’il n’utilise le langage texto que par souci d’économie et que cela n’a aucune incidence sur sa manière d’écrire. Il n’empêche, sa dernière copie de français était truffée de fautes d’accord. Un « kil » s’est même glissé par inadvertance au beau milieu d’une citation de Racine. De quoi en perdre… votre latin.

Solution : Inversez ses habitudes

De même que le fait de lire régulièrement lui permet d’enrichir son vocabulaire, la lecture et l’écriture fréquente de mots mal orthographiés peut l’induire en erreur. Expliquez-lui que son cerveau « photographie » les fautes et qu’il risque de les reproduire lorsqu’il se retrouvera dans des situations de stress ou d’urgence. Exigez, au moins pour les messages qu’il vous adresse, qu’il respecte les usages de la langue française. C’est une question de respect et de cohérence : on n’écrit pas pour soi, mais pour se faire comprendre des autres.

Problème n°3 : Du téléphone à l’accessoire de mode…

Pour les adolescents, le portable n’est pas uniquement un objet utile et pratique. Ce petit boîtier allongé est aussi à leurs yeux un accessoire de mode. Ils le personnalisent avec de petits porte-clés, le comparent entre amis et le posent bien en vue sur les tables. Ne vous étonnez pas, dès lors, s’il vous réclame un mobile plus tendance (« qui fasse moins pitié », vous dira-t-il…) intégrant plus de fonctionnalités que son téléphone actuel.

Solution : Aidez-le à identifier la source de son désir

Votre enfant exige toujours plus de nouveauté parce qu’il y est poussé. Grâce à ses dépassements de crédit par exemple, il cumule des points qui lui permettent de changer de portable et d’opter pour le dernier sorti à moindre coût. Gardez à l’esprit qu’il est la cible d’un vaste plan de communication visant à le fidéliser. Aidez-le à comprendre quand et comment naissent ses désirs et à développer son sens critique vis-à-vis de la publicité et des offres promotionnelles. Permettez-lui de garder les pieds sur terre et imposez, par exemple, une règle : on ne rachète un mobile que lorsque le précédent ne fonctionne plus.

Problème n°4: Il explose votre facture de téléphone

Chaque mois, la même scène se répète. Vous ouvrez votre facture de téléphone d’une main tremblante, manquez de vous étouffer en lisant le montant qui vous est prélevé, puis foncez dans la chambre de votre ado et menacez de le priver de portable jusqu’à ses 18 ans, jusqu’à ce qu’il vous promette de ne plus récidiver. Le mobile est censé améliorer la communication : sous votre toit il a plutôt tendance à la compliquer. À croire que votre enfant ne s’intéresse qu’aux potins de ses amis et n’a que faire de l’équilibre relationnel et budgétaire de la famille…

Solution : Responsabilisez-le

En matière de dépassement de crédit, les actes sont souvent bien plus efficaces que les discours. Inutile d’exiger qu’il limite ses heures de communication : demandez-lui plutôt d’assumer ses excès et de payer lui-même ses dépassements de forfait ou les cartes prépayées supplémentaires. C’est le meilleur moyen d’éliminer une source de tensions et de l’aider à se responsabiliser. Il apprendra ainsi à se fixer des limites, à se renseigner auprès de son opérateur pour choisir le forfait le plus adapté ou à gagner davantage d’argent de poche par des petits boulots. Idéal pour l’aider à grandir !

Trois questions à Miguel Benasayag, auteur de Plus jamais seul, le phénomène du téléphone portable (éditions Bayard).

Quel est le principal danger du téléphone portable pour les jeunes ?

Il empêche de se fortifier. L’adolescent, qui est un être humain en devenir, a besoin de se retrouver seul avec lui-même pour se confronter à sa solitude. Le portable crée une communication permanente qui empêche le rapport d’introspection. Il ne permet pas de prendre des décisions seul ou de prendre des risques. Il masque une angoisse existentielle nécessaire à la vie et empêche de la résoudre. Cela produit des générations d’individus qui, lorsqu’ils ne sont plus branchés, paniquent.

Le portable a-t-il permis de renforcer les liens entre les personnes ?

La démultiplication de la communication tous azimuts ne signifie pas que l’on aurait soudain plus de choses à se dire. Elle représente plutôt un obstacle à la création de liens. Les liens ne peuvent jamais se réduire à la seule communication. Ils doivent être aussi fondés sur la présence, sur le silence. Sinon ils deviennent moins réels, moins profonds et moins complexes. Parce que le portable est pratique et agréable, on perçoit les avantages qu’il introduit, mais on ne réalise pas ce que l’on perd.

Que dire des adolescents qui se laissent capter par leur mobile ?

Avec un portable, les contraintes de lieu disparaissent. Lorsqu’on se balade dans la rue, à la campagne, la priorité donnée à la communication mène à l’effacement du lieu. Cela a tendance à censurer le mécanisme perceptif. Notre attention est rabattue sur ces réseaux communicants. La priorité que l’on donne à la communication nous empêche d’adopter une série de mécanismes d’accommodation à la réalité. Ce réflexe devient dangereux car il engendre une virtualisation de la réalité, pouvant conduire à la dépendance.

Dominique Picard est experte en bonnes manières et auteur de Politesse, savoir vivre et relations sociales (Éditions PUF). Ses conseils à transmettre aux ados.

  • En classe, au cinéma, au théâtre, au restaurant, lorsqu’on partage une activité avec d’autres, on éteint son téléphone. Avec ceux que l’on doit respecter, comme ses professeurs ou ses grands-parents, il est profondément incorrect de répondre au téléphone ou de regarder un message. Cela revient à dire « Je suis là, mais je préférerais être ailleurs ».
  • Entre amis, c’est différent. Le téléphone portable est totalement admis entre jeunes, on peut regarder un message. Mais si l’on se trouve avec un copain qui nous confie ses problèmes ou ses joies, lui montrer qu’il passe après le reste peut être blessant pour lui. Être ami avec quelqu’un, c’est lui accorder de l’attention.
  • Dans les transports en commun, on se met en mode vibreur pour ne pas irriter les autres avec sa sonnerie. Si l’on choisit de répondre, on chuchote, on reste discret. C’est une question de respect : on doit laisser à chacun la possibilité d’avoir l’activité qui lui plaît, comme lire, parler avec son voisin, dormir…
  • On ne se comporte pas en public comme on se comporte en privé. On ne parle pas au téléphone de sujets qui peuvent être personnels. Autrement, on se montre à nu et on se ridiculise. On n’oublie jamais que l’on est écouté et on n’étale pas sa vie privée devant les autres, par respect pour eux et pour soi-même.

Florence Douroux-Chatellier, directrice marketing chez Nokia

« Les jeunes nous intéressent car ce sont eux qui donnent la tendance. Ils sont très influents, prescrivent les achats à leur entourage, nous donnent l’air du temps sur les usages et les goûts à la mode. Pour connaître leurs goûts, nous menons de grosses enquêtes mondiales, que nous rafraîchissons régulièrement et que nous affinons par tranches d’âge. Nous étudions l’axe d’implication des jeunes dans l’usage du téléphone et l’axe émotionnel pour savoir ce qu’ils recherchent. Après avoir mesuré les préférences en termes d’usage, nous vérifions que notre campagne est bien ciblée à l’aide d’échantillons de jeunes rémunérés pour être interrogés. La musique est l’une de leurs premières attractions. Ils la partagent, se l’échangent. En proposant des mobiles avec de la musique et des technologies multimedia, nous mettons l’accent sur des offres qui leur parlent. Comme nous avons affaire à la cible la plus volatile, qui consomme tous les médias en même temps, nous observons aussi les comportements des jeunes avec Internet, les jeux vidéos… Nous faisons en sorte d’être à 360° sur différentes activités, de toujours les verrouiller localement. Nous nous rendons présents là où ils sont, en menant des opérations de street-marketing, en œuvrant sur des événements locaux comme des concerts, des battles dance de Tecktonik, en créant des plates-formes web. Nous instaurons un dialogue direct par SMS avec tous ceux qui ont un Nokia dans les mains, pour leur expliquer comment tirer meilleur parti des fonctionnalités de leur téléphone. Ce qui sous-tend notre stratégie, c’est de rendre disponible des accès à Internet avec le mobile. Aujourd’hui, le jeune fait tout en même temps. Quand il rentre dans sa chambre, il allume la télé, son ordinateur, surfe sur Internet, écoute de la musique avec son ipod et téléphone avec son portable. Demain, il pourra tout faire à partir de son mobile.»

Article réalisé par Florence PERCEVAUT

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