Uniformes à l’école, de bonnes mauvaises raisons de s’y mettre ?

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Nos parents ont connu le port obligatoire de la blouse mais les mœurs se sont assouplies. Certaines institutions ont toujours maintenu le port de l’uniforme tandis que d’autres décident de s’y remettre en 2018. Quelles motivations pour cette uniformisation vestimentaire ? Quelles réticences contre ? Parenthèse a mené l’enquête.

Ils restent minoritaires en France, mais certains enfants n’auront que le week-end pour seriner leurs parents pour porter des vêtements à la mode qui sonne le retour des années 90. Effectivement une poignée d’entre eux sont, bon gré malgré, déjà contraints de se mettre à la sauce Harry Potter en portant un uniforme le temps de leur journée scolaire.
En Angleterre, c’est une tradition. Mais le système scolaire y est beaucoup moins centralisé. Chaque comté décide de sa politique éducative et chaque établissement possède bien plus d’autonomie que tout autre établissement français. Il y est donc plus aisé d’instaurer ou de défaire certaines règles de discipline.

Législation souple en France pour une mesure en demi-teinte

En Belgique, le port de l’uniforme continue de questionner. Par exemple, une courte majorité de parents a voté pour il y a quatre ans au lycée Guy Cudell de Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles). Depuis lors, il s’agit de porter du bleu marine uni pour l’essentiel (pantalons, jupes, cardigans) et du blanc uni pour le reste (chemises, chemisiers, t-shirts, polos et sous-pulls). La longueur minimale de la jupe est également précisée : elle doit au moins couvrir les genoux. Mais rien n’est précisé en termes de marques. En revanche, la réglementation se veut stricte. Ce non-respect du code vestimentaire peut être un motif d’exclusion pour les élèves.
La règle se veut plus souple en France. Si certains lycées ou certaines écoles ont historiquement maintenu l’uniforme, d’autres établissements l’ont remis au goût du jour.
A Provins, par exemple, le retour des uniformes a été voté par les habitants avec une majorité de 62 %. L’uniforme n’est pas obligatoire bien que vivement conseillé. Un trousseau qui comporte plusieurs vêtements pour tenir une semaine est vendu par l’école pour environ 130 euros, avec des tarifs dégressifs pour le second enfant.

Sanctuariser le temps scolaire

Pour les pro-uniformes, les intentions sont nobles. Il s’agit de lutter contre les inégalités sociales qui sont particulièrement remarquables au regard des tenues vestimentaires. En outre, les élèves avec cet uniforme deviennent des ambassadeurs de l’établissement et évitent ainsi que les riverains ne reprochent des comportements inappropriés aux élèves qui n’en sont pas responsables. Il s’agit également pour certains de sanctuariser le temps à l’école en faisant en sorte qu’il y ait un temps pendant l’école et un temps après, et de renforcer le sentiment d’appartenance à la communauté éducative. Cet objectif est par exemple l’argument principal de la mesure prise en Angleterre où les établissements par le port de l’uniforme favoriseraient le sentiment d’appartenance et un meilleur climat scolaire. C’est également dans cette optique que l’uniforme est systématisé à l’internat de la réussite de Sourdun en France. Notons que dans l’Outre-mer, le port de l’uniforme est courant. De l’école primaire au lycée et ce, sans susciter de levée de boucliers de la part des parents. Le but ? Faire prendre conscience aux enfants qu’ils entrent dans un moment où il faudrait s’émanciper des vicissitudes de l’existence pour que l’éducation soit vécue comme un idéal républicain. Peut-être est-ce un peu trop demander à certains élèves ou certains parents déjà dépassés par la scolarisation ? Constance, 17 ans, qui est scolarisée dans l’une des maisons d’éducation de la Légion d’honneur précise toutefois : « L’uniforme existe depuis la création de l’école (en 1805, NDLR). Cette discipline vestimentaire lutte contre l’hyper-sexualisation des jeunes filles. Surtout, l’uniforme nous permet d’affirmer notre personnalité autrement que par le port d’un vêtement particulier ou le fait d’arborer une coupe de cheveux particulière. »

L’argument de la lutte contre les inégalités, un faux débat ?

Pour ceux qui s’y opposent, le port de l’uniforme ne gomme pas toutes les inégalités. Laurence, 54 ans, elle-même enseignante et présidente d’une association de parents d’élèves dans les Hauts-de-France et surtout et mère de trois enfants, témoigne : « Si une liste de fournisseurs n’est pas fixée par l’établissement, il y aura toujours une différence entre celui qui a un pull de marque et un autre qui porte un vêtement bon marché. De plus, l’égalité d’apparence ne résout pas les différences sociales. Smartphones, chaussures ou bijoux… il faudrait donc tout interdire ou trouver une règle pour tout. Cela ne semble pas réalisable. »

Geoffroy Framery

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