Rentrée covidée, rentrée masquée : les profs en première ligne

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Entre enseignement à distance pour clôturer 2019-2020 et rentrée sous protocole sanitaire et derrière les masques pour entamer 2020-2021, l’Éducation nationale doit composer sa partition à l’heure de la pandémie. Mais les fausses notes ne sont jamais loin. Près de deux mois après la rentrée, le corps professoral fustige un protocole sanitaire peu cohérent et parfois trop laxiste. Et les allégements protocolaires décidés par le ministère Blanquer n’arrangent rien.

Toutes et tous à l’école le 1er septembre ! L’objectif du retour à 100 % des capacités d’accueil des établissements scolaires aura très rapidement été érigé comme enjeu de la fin de l’été et de la rentrée, même si la prudence sanitaire aurait préféré le maintien de l’enseignement à distance, fût-il partiel. Pour relancer la machine, l’Éducation nationale a diffusé à l’ensemble des établissements son protocole sanitaire national qui dicte les grands principes de précaution sanitaire à respecter à l’école. Entre respect des gestes barrières, port du masque obligatoire pour les adultes, les collégiens et les lycéens et nettoyage et aération accrus des locaux, le ton était donné dès le 1er septembre. Malheureusement, ce qui devait arriver arriva : en quelques semaines l’École est devenue l’un des principaux foyers de contamination, en dépit de ce que peut dire M. Blanquer, et les écueils du protocole sanitaire sont dénoncés par le corps enseignant.

Les enseignant·es se font entendre

« Le protocole n’a de national que le nom, il a été vidé de sa substance par rapport aux documents qu’on nous avait transmis en mai, le nouveau protocole fait trois fois moins de pages, ne comporte que peu de contraintes et laisse une grande liberté aux établissements pour gérer au cas par cas », déplore Norman Gourrier-Warnberg, président du Syndicat national des collèges et lycées (SNCL). Texte pas assez contraignant, manque d’impulsion nationale et de responsabilisation du ministère, les syndicats professoraux regrettent un protocole trop général, qui fait peser trop de responsabilités sur le dos des parents d’élèves et des enseignant·es. « Le protocole met d’emblée beaucoup de responsabilité sur le dos des parents, tout cela crée beaucoup d’anxiété que subissent les enseignant·es. Ce sont des fonctionnaires, donc ils·elles appliquent, mais ils·elles sont fragilisé·es face à des consignes parfois contreproductives », ajoute le président syndical. Parmi les principales doléances qui émergent des premières semaines de cours, la problématique du masque, notamment, préoccupe. Tandis que certain·es professeur·es s’intéressent de plus en plus aux « masques transparents » qui laissent apparaître la bouche et donc la diction, les syndicats déplorent un « approvisionnement en masques très aléatoire », jusqu’à imposer parfois que le corps professoral prenne sa consommation de masque à sa charge.

Déjà, le poids psychologique de ce contexte inquiète. Et la lutte pour la reconnaissance de la covid comme maladie professionnelle fait son trou. S’il rappelle que « les professionnel·les de l’éducation sont très exposé·es – le premier mort en France était un professeur, le premier gros cluster fut un collège », Norman Gourrier-Warnberg estime que la reconnaissance est encore loin. Mais pour l’heure, l’essentiel est ailleurs.

L’imbroglio des chiffres

Au fil des semaines de cours, les fermetures quotidiennes de classes à cause de nouveaux cas covid ont fait la une. Fin septembre, plus de 2 000 classes et plus de 80 établissements scolaires sont fermés. Action, réaction, pour contrecarrer la dynamique, Olivier Véran, ministre de la Santé et Jean-Michel Blanquer, son homologue de l’Éducation nationale, annoncent une refonte du protocole sanitaire national. Le ministère annonce fièrement qu’« on devrait voir le nombre de classes fermées diminuer » et, dans la foulée, miracle, le nombre de fermetures est en chute libre. Jean-Michel Blanquer s’en félicite. C’est au prix d’un (lourd) allègement du protocole : la fermeture des classes n’intervient plus qu’une fois le seuil des trois contaminations dépassé et l’enseignant·e et les camarades ne sont plus considéré·es comme cas contacts le cas échéant. Un relâchement coupable, selon le SNCL : « On a cassé le thermomètre pour ne pas avoir à résoudre le problème, et ensuite le ministre dit qu’“ils” maîtrisent la situation et que moins de classes ferment. C’est irresponsable, c’est une fuite en avant. » Pour notre syndicaliste, pas de doute : « Le gouvernement a fait son choix et l’Éducation nationale suit la feuille de route : l’école doit accueillir au maximum les enfants pour que les parents aillent au travail et pour ne pas impacter l’économie. On fait dans l’hypocrisie. » Moins de classes fermées, plus d’enfants à l’école, moins de parents à la maison, plus de parents au travail, l’équation est limpide. Et le changement de discours un rien contradictoire, en pleine reprise alarmante de la pandémie.

Plus que jamais exposé et sollicité, le corps enseignant goûte mal le nouveau protocole sanitaire, qui, certes, allège et soulage les parents inquiets, mais ajoute un peu plus de poids sur le dos des enseignant·es. Et l’enseignement à distance dans tout ça ? Sitôt sorti de derrière les fagots lors du confinement, sitôt délaissé et oublié à la rentrée…

Adam Belghiti Alaoui

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