Séjours linguistiques, oui, mais en France !

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Envoyer ses enfants à l’étranger pour apprendre une langue étrangère, c’est actuellement compromis. Résultat, les séjours linguistiques made in France connaissent depuis quelques mois un nouvel essor. Histoire d’une réinvention.

Envoyer ses enfants à l’étranger dans l’espoir de les récupérer bilingues, n’en parlons plus, c’est impossible. À part connaître par cœur en anglais les deux mots Coronavirus disease, maladie coronavirienne, covid, impossible d’aller discuter le bout de gras – to chew the fat – à Londres ou pegar la hebra – Coller le brin à Madrid. « Notre chiffre d’affaires 2020 représente 5 % de celui de 2019 », révèle Antoine Bretin, directeur de Verdie Hello, l’un des leaders du secteur et administrateur d’Unosel, l’une des deux structures, avec L’Office, qui labellisent les organisateurs de séjours linguistiques et éducatifs pour garantir leur professionnalisme et leur engagement dans une démarche qualité.

Flexibilité et distanciel

En premier lieu, la plupart ont épousé la réponse du secteur hôtelier en proposant le remboursement sans frais et des réservations de dernière minute. « Le secteur a réalisé gros travail à ce sujet, aussi bien pour les voyages à l’étranger qu’en France », souligne Antoine Bretin. Ce que confirme Carole Richard-Leparoux, chargée de mission chez L’Office : « En attendant que le ciel s’éclaircisse enfin, les organismes mettent tout en œuvre pour satisfaire les demandes. Ils proposent bien sûr l’annulation sans frais du voyage et renforcent leurs offres de cours en visioconférence. » Les élèves vont alors suivre des stages en langues étrangères sans quitter leur domicile. Nacel, leader des séjours linguistiques en France, propose notamment une vaste gamme de cours en ligne. « L’élève a le choix entre des cours en groupe en classe internationale, des cours particuliers ou bien des cours à thème ou de préparations aux examens », détaille Sophie Angles, chargée de marketing et de communication chez Nacel. Pour les enfants et les adolescents qui ont déjà suivi une bonne partie de l’année scolaire en vidéo-conférence, ce concept n’est pas forcément idéal, même si l’immersion reste totale…

Campus made in France

Dans ce cadre, son groupe, comme plusieurs de ses concurrents, jouent à fond la carte du séjour linguistique… en France ! Il est parfois plus rassurant de ne pas envoyer son enfant très loin et s’économiser le coût d’un séjour à l’étranger. « Ces dernières années, le séjour en France est monté en puissance et la pandémie a accéléré cette tendance, même s’il ne remplacera jamais entièrement les séjours à l’étranger », confirme Antoine Bretin. Selon Carole Richard-Leparoux, « le concept de “British Village” a par exemple le vent en poupe. Les participant·es restent dans l’hexagone, ils et elles sont immergé·es au cœur de la culture britannique. Les professeur·es comme le personnel sont tous et toutes anglophones afin que l’ensemble de la journée se passe en anglais, du petit-déjeuner au coucher », explique la chargée de mission. Les formules se multiplient, depuis les « American Villages » de Nacel, qui proposent une immersion 100 % américaine, jusqu’aux offres en « one-to-one » chez un·e professeur·e d’anglais domicilié·e en famille en France. « Notre offre American Village existe depuis 27 ans, elle suscite naturellement un intérêt croissant. Dans nos 15 centres répartis sur toute la France, les professeur·es et animateur·rices sont tous·tes anglophones natif·ves. Si certain·es ne peuvent cette année se rendre en France en raison des restrictions sanitaires, ils·elles seront remplacé·e. » Nacel propose également pour les 11/17 ans des séjours anglais en France, sans hébergement. Le matin est dédié à l’apprentissage et l’après-midi à des activités ludiques et culturelles. L’objectif est de redécouvrir sa ville autrement à travers des activités et visites avec un accompagnateur anglophone pour un séjour entièrement en anglais. « Moins coûteux et plus faciles à organiser, ils permettent de se lancer dans l’apprentissage linguistique plus facilement », souligne Sophie Angles.

En mode « one to one »

À côté du traditionnel séjour en campus, se développe le « one to one ». Il s’agit là d’un séjour en immersion totale chez une famille étrangère, anglophone, germanophone, hispanophone, etc. « La France accueille beaucoup d’expatriés qui acceptent d’héberger chez eux, une semaine ou plus, un jeune. Les deux parents ne sont pas forcément étrangers. Souvent, c’est la femme qui s’est mariée avec un Français », indique Béryl Le Vigoureux, une professionnelle du secteur. « Pendant une semaine, l’enfant vit au rythme de sa famille d’accueil, partage les repas avec eux, leurs loisirs. Selon les qualifications, l’hôte donne des cours dans sa langue. Le cahier des charges est précis. À lui ou elle d’organiser des visites, de faire découvrir sa culture, sa cuisine, etc. Dans tous les cas, la personne qui reçoit est formée, on demande son casier judiciaire et elle suit un carnet de bord journalier », détaille l’experte. Ces séjours s’adressent à un large public : principalement des jeunes, mais aussi de jeunes adultes et quelques adultes. Très pratiques pour ceux ou celles qui ne possèdent pas une nationalité de l’Union européenne. L’obtention d’un visa est parfois plus complexe, plus long et plus coûteux. « Ce concept revêt l’avantage de s’adapter aux mesures de confinement. L’élève peut s’installer dans une famille proche de chez lui, décider de voir du pays… quand c’est possible », ajoute Béryl Le Vigoureux.

Le printemps est inexorable

Pour autant, les organismes ne comptent pas abandonner les séjours à l’étranger, même pour cet été. « Dans la perspective d’un assouplissement des mesures de restriction, nous avons ouvert les réservations pour des séjours de printemps et cet été. Bien sûr, nous suivons le protocole sanitaire propre à chaque pays à la lettre. Enfin, nous continuons de proposer des séjours étudiants individuels qui fonctionnent très bien. Avant la fermeture des frontières hors Union européenne, Dubaï et Malte recueillaient un vif succès », souligne Sophie Angles. Pour Carole Richard-Leparoux, « les jeunes et leurs parents ont besoin de se projeter post-pandémie. Les campagnes de vaccination s’accélèrent et nous sortirons de l’ornière. Pour preuve, nous recevons des marques d’intérêt pour des voyages linguistiques à l’étranger dès cet été, en Europe et au Royaume-Uni. Si la possibilité de séjours à l’étranger reste incertaine, de nombreux jeunes ont finalement pu se rendre l’an dernier en Bavière ou en Espagne notamment ».

Pierre-Jean Lepagnot

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