Pauvreté ça rime avec préjugé ?

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La pauvreté est un sujet instrumentalisé. Parenthèse, grâce à la voix des associations, a voulu mettre en lumière les actions concrètes de lutte contre l’exclusion et la pauvreté pour mettre à bas certains clichés et mieux saisir la situation de ces personnes au destin fragile.

Au micro de RFI en ce début de mois de février, qui entend sonner le tocsin des associations en proie à leur mois le plus sportif, Sylvain Maillard prétendait que « l’immense majorité » des SDF dorment dehors « par choix ». La pauvreté et l’exclusion sont des sujets tachés de préjugés qui traduisent trop souvent une idéologie partisane. Et cela est loin d’être neuf. On se souvient des dernières campagnes et du « zéro SDF » de Lionel Jospin en 2002 ou encore du non moins osé « plus de SDF dans la rue d’ici à deux ans », lancé par Nicolas Sarkozy en course pour son sacre. En janvier 2017 encore, 51 associations dont l’Armée du Salut, ATD Quart Monde, le Secours catholique, le Centre d’action sociale protestant, Aurore, la Fondation Abbé Pierre, les banques alimentaires et France Terre d’asile, Médecins du monde, se mobilisaient pour que cessent justement les préjugés à l’heure du commencement des campagnes électorales. Dit autrement, les chiffres souvent utilisés par les politiques sont erronés. Ce que crie d’une seule voie le monde associatif. 2017 signait aussi la fin d’un plan quinquennal national de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. À l’issue des cinq années, le collectif ALERTE, malgré la mise en place de nombreuses actions, « constate que sur certaines politiques essentielles dans la lutte contre l’exclusion, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Il s’agit de la politique de l’emploi et de celle du logement. Le Collectif a en outre attiré l’attention des pouvoirs publics sur la situation désastreuse de certaines catégories de migrants, que ce soit à Calais, à Grande-Synthe ou à Paris ». L’occasion pour Parenthèse de mettre en exergue le rôle de ces associations à travers leurs différents chantiers. Et de mettre en relief la réalité de terrain.

Travailler dans l’urgence

Les personnes touchées par la pauvreté et l’exclusion ne constituent pas un groupe homogène, comme on pourrait se l’imaginer, mais plutôt une catégorie constituée de personnes ayant des profils très différents : hommes isolés, femmes isolées, mères célibataires, familles, personnes migrantes ou réfugiées politiques, mineurs isolés, personnes en situation de grande exclusion sociale, personnes en logement mais en situation de fragilité et risquant de basculer vers l’exclusion… Pour chaque type de public, il existe ainsi des moyens et méthodes de prise en charge, d’hébergement et d’accompagnement social adaptés. Les actions et vocations du monde associatif sont multiples. « Avant toute chose, précisons que France Horizon, en tant qu’association professionnelle, agit en collaboration avec les autorités publiques qui définissent les politiques sociales nationales et locales et financent les dispositifs mis en œuvre. Toutes nos actions de lutte contre l’exclusion sociale suivent deux objectifs solidaires fondamentaux : permettre à toute personne d’accéder à des conditions de vie dignes, puis permettre à toute personne de devenir autonome à la fin de leur prise en charge », explique Jean-Brice Muller, responsable communication. Aussi, chez France Horizon les actions de court terme visent-elles à mettre à l’abri, à subvenir aux besoins de première nécessité, à proposer un premier suivi social et à réorienter autant que possible ces personnes vers des dispositifs de prise en charge plus globale.

« Nous gérons par exemple différents centres d’hébergement d’urgence permettant aux personnes sans solution de logement et aux conditions de vie très précaires de trouver un lit, des repas, une orientation vers les services publics de soins adaptés, de les accompagner dans l’ouverture de leurs droits sociaux s’ils n’en bénéficient pas et de réaliser un diagnostic de la situation de chaque personne. Selon les profils de chacun, et en collaboration avec les autorités publiques, les personnes peuvent être orientées vers des dispositifs de prise en charge plus élaborés », renchérit le directeur de la communication de France Horizon. Ce faisant, dans le cadre du plan hivernal 2017/2018, les équipes sociales de France Horizon ont par exemple ouvert près de 700 places d’hébergement d’urgence en France à destination de personnes sans domicile. Chaque année, nous réalisons ce travail social d’accueil, d’hébergement et/ou d’accompagnement vers l’insertion et l’autonomie sociale auprès de plus de 7 000 personnes. « Nous avons dernièrement relogé, en partenariat avec l’Etat et des bailleurs sociaux, 150 rapatriés de St-Martin en métropole suite au passage de l’ouragan Irma et bénéficiant encore aujourd’hui d’un accompagnement social transversal », ajoute Jean-Brice Muller.

Viser l’autonomie sociale

Mustapha Djellouli, travailleur social chez les Petits frères des Pauvres, porte ses actions sur un public spécifique : « Nous nous occupons des plus de 50 ans et sans domicile fixe. On leur explique les conditions d’accompagnement, la manière dont les dossiers passent en commission. Notre accompagnement peut durer des années, même si au départ, l’urgence est de leur proposer une mise à l’abri. »

Dit autrement, chaque personne prise en charge par les Petits frères des Pauvres versera une somme de 135 euros pour l’hôtel sur les 545,48 euros de RSA. Il recevra en sus une carte pour manger matin et soir et pourra bénéficier d’activités voire même de vacances.

« Les conditions sont simples. Il faut participer financièrement à son hôtel. Après la mise à l’abri, on ouvre certains droits qui sont aussi fonction de l’âge et de l’antériorité dans la ville de vie », ajoute le travailleur social des Petits Frères. Actuellement, six travailleurs sociaux s’occupent de 370 personnes entre les quartiers de Simplon et de Saint Maur. « Les personnes que nous accompagnons sont très peu nombreuses à retourner à la rue. Mais nous avons la chance de travailler avec un réseau de 80 bénévoles qui permet d’établir un lien de qualité avec ces personnes. Pour compléter la structure, il y a également un lieu d’accueil de jour qui s’appelle l’Etape, lieu de vie où l’on peut s’alimenter, et se sociabiliser via des ateliers de santé. Une coiffeuse et une socio-esthéticienne participent également au regain de confiance chez ces personnes. On va leur offrir des activités pour les sortir de leur isolement et les aider à la réinsertion », détaille Mustapha Djellouli.

Même combat sur un champ différent pour France Horizon « Nous dépassons le cadre de l’urgence pour construire avec la personne en situation d’exclusion un projet de vie adapté et visant un objectif essentiel : lui permettre de devenir autonome à la fin de la prise en charge. En ce sens, nos équipes sociales – autant que possible – ne font pas ‘‘à la place de’’ mais se place ‘‘au côté’’ des personnes dans toutes leurs démarches d’insertion sociale », vulgarise le directeur de la communication de France Horizon.

L’exemple le plus représentatif est ici les Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) où une personne en situation d’exclusion bénéficie d’un accompagnement transversal : accès au logement, aides aux démarches administratives, orientation vers les dispositifs de santé et de soins, suivi psychologique, insertion professionnelle, ouverture des droits, scolarisation des enfants, accompagnement à la parentalité… A son entrée dans le CHRS, un projet de vie, un parcours d’insertion est ainsi défini par la personne prise en charge et son travailleur social référent. Ce dernier va ensuite l’accompagner dans la mise en œuvre de ce projet à toutes les étapes.

Autre caractéristiques fondamentales pour une démarche d’insertion réussie : le travail en réseau. Ainsi nos travailleurs sociaux agissent comme de véritables chefs d’orchestre mettant en musique l’ensemble des acteurs associatifs, publics et para-parapublics susceptibles d’amener la personne accompagnée vers son insertion : CAF, Centre communal d’action sociale, Préfecture, organismes de formation, associations de dons, bailleurs sociaux… Une collaboration de concert que recherche le monde associatif qui cependant par son surinvestissement illustre un Etat qui montre ses limites keynésiennes.

Le Chiffre à retenir

Pauvreté et préjugés

Un des préjugés les plus tenaces concernant les populations pauvres serait le trop plein d’aides fournies aux dépens des classes moyennes. Un non-sens selon le Secours catholique qui explique que 38 % des personnes reçues dans ses permanences n’ont pas accès au RSA, car la démarche leur est trop compliquée.

Entraide internationale

La Chaîne de l’Espoir est une association française qui vient en aide aux enfants démunis. « Depuis 1994, nous agissons dans le monde entier pour leur donner accès aux soins et à l’éducation. Notre association a été créée par le professeur Alain Deloche. Elle est aujourd’hui présidée par le docteur Eric Cheysson », introduit Paul Nahon, membre permanent de l’association. Les missions sont de plusieurs ordres mais la priorité demeure le fait de soigner, en France ou à l’étranger, des enfants qui ne peuvent l’être dans leur pays d’origine faute de moyens techniques ou financiers. « Nos missions s’étendent partout dans le monde notamment à Kaboul, à Dakar ou encore au Mali. Aujourd’hui, une soixantaine d’enfants à Kaboul attendent en vue d’une opération au pavillon des enfants. Egalement à Dakar. Et au Mali est prévue l’ouverture de deux salles d’opération à la clinique du Luxembourg à Bamako. 5 000 enfants sont vus et opérés chaque année, dont environ 25 % en France. Dans les pays étrangers, l’un des principaux fléaux, c’est l’absence de chirurgie. Les arbitrages sont douloureux. Les listes d’attente sont longues. Au Mali, le professeur Diara tient une liste de 2 000 enfants en attente d’une chirurgie cardiaque », continue Paul Nahon. L’éducation n’est pas en reste non plus car l’association souhaite également assurer l’éducation des enfants grâce à des programmes d’aide à la scolarisation. « Ce faisant, nous avons développé des programmes d’éducation au Togo et en Thaïlande en parallèle de l’école. Il s’agit de missions pérennes et fixes. En Thaïlande, l’objectif est l’éducation des petites filles pour éviter qu’elles ne tombent dans la rue », illustre Paul Nahon.

Statistiques

L’INSEE corrèle enfin le niveau de vie et l’espérance de vie

C’est une première en France : le 6 février 2018, l’Insee a publié une étude qui analyse l’espérance de vie des hommes et des femmes selon leur niveau de vie. L’enseignement à tirer de ces statistiques ? Plus le niveau de vie d’une personne est faible, plus son espérance de vie est basse. Ainsi, le fossé qui sépare les plus démunis des mieux pourvus est-il mesuré à 13 années : si pour les 5 % les plus pauvres, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 71,7 ans, elle est de 84,4 ans parmi les 5 % les plus aisés.

Geoffroy Framery

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