L’éducation a pour but de former des hommes et non des spécialistes. Il faut donner aux enfants une culture générale et humaine et non un savoir confinant au pédantisme. Comme Montaigne l’affirme dans un adage bien connu, mieux vaut « une tête bien faite qu’une tête bien pleine ».

L’éducation de Montaigne

Issu d’une famille de riches négociants bordelais, Montaigne est envoyé chez une nourrice dans un village pauvre dès sa plus tendre enfance. Son père souhaite en effet qu’il apprenne l’humilité, la simplicité et la sollicitude avec les plus modestes. De retour au château familial, il est élevé dans la tradition humaniste. Son père lui donne le goût de l’étude en stimulant sa curiosité mais sans jamais le forcer à étudier ce qui ne l’intéresse pas. Il apprend le latin très tôt, ses parents et domestiques ne parlant que latin en sa présence. Hostile à la discipline,
il garde de mauvais souvenirs de ses études au collège de Guyenne à Bordeaux mais y acquiert pourtant le goût des livres.

Sa méthode d’éducation

Former des êtres complets

Montaigne estime que le plus important dans l’éducation est de développer les facultés de l’enfant avant de vouloir le former à un champ ou un métier spécifique.  Il s’insurge contre les pédagogues de son temps qui cherchent à farcir l’élève d’un tas de connaissances stériles qui « alourdissent l’esprit sans le développer ».  Ne demandez donc pas à vos enfants d’apprendre par coeur et  de devenir des encyclopédies vivantes ! Laissez-les plutôt effleurer tous les sujets, particulièrement ceux qui les intéressent ! Ce qui est important n’est pas le degré d’instruction d’un individu mais la solidité de son jugement.

De l’importance des voyages

Pour découvrir le monde et se forger un esprit critique, rien de tel que de parcourir le monde car « le voyage permet de frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui ». Faites voyager vos enfants et permettez-leur de découvrir des pays étrangers ! Ils élargiront ainsi l’horizon de leur intelligence et apprendront à relativiser. Très en avance sur son temps, Montaigne recommande également l’apprentissage des langues étrangères !

Pour une éducation individuelle

Montaigne, qui a beaucoup souffert de ses années de collège, est choqué par la discipline scolaire qu’il juge extrême et nuisible. Bien plus, il rend l’école, et surtout l’internat, responsables de tous les défauts des jeunes gens. Exit, donc, les punitions et la discipline ! Il faut faire travailler l’enfant quand il le souhaite, ce qui passe par une éducation individuelle. Le principal intérêt qu’y voit Montaigne est que le précepteur, par sa présence continuelle et l’attention qu’il peut apporter à son élève, est le mieux placé pour le connaître et le faire progresser ! Sans compter que les situations de la vie quotidienne sont les plus susceptibles de faire réfléchir l’élève : « La malice d’un page, la sottise d’un valet, un propos de table, autant de matières d’instruction. » Impossible, donc, d’éduquer 25 enfants en même temps ! L’école à la maison ? À voir …

Devenir un homme avant tout !

« Avant d’être des avocats, des médecins, des industriels, des professeurs, des mathématiciens; avant d’emprisonner notre vie dans une profession spéciale, il faut songer à devenir des hommes, c’est-à-dire des intelligences ouvertes, capables de tout comprendre, des cœurs sensibles sachant aimer tout ce qui est digne de l’être; des consciences droites et des caractères fermes. » Les Essais

Biographie

Philosophe, moraliste et homme politique français, Michel Eyquem de Montaigne vécut de 1533 à 1592.  Considéré comme le fondateur de l’introspection, il a influencé toute la littérature occidentale grâce à ses Essais, somme constituée de trois volumes qu’il mit vingt ans à écrire. Oeuvre originale, les Essais sont un recueil de textes très divers traitant simultanément du bonheur, de la mort, des voyages, de la nature, de la religion,  de l’histoire… et de l’auteur lui-même !

Pour aller plus loin

Montaigne, Les Essais, Pocket, 2009 :

  • Livre I, chap. XXIV, Du Pédantisme
  • Livre I, chap. XXV, De l’institution des enfants
  • Livre II, chap. VIII, De l’affection des pères aux enfants
  • Livre II, chap. X, Des livres
  • Livre III, chap. VIII, De l’art de conférer

Laisser un commentaire