Il est ahurissant de constater que 15% d’une classe d’âge ne sache pas lire en entrant au collège. Il s’agit d’un manquement très grave de la part de l’institution scolaire. Nous la payons pourtant avec nos impôts. Dans le cas où le système rate totalement, nous payons quand même. Lorsque cette institution amène un enfant à une situation qui le disqualifie socialement, elle n’est pas placée devant ses responsabilités. Lorsque la machine publique « rate » un élève sur sept, aucune réparation n’est proposée. C’est incroyable ! D’autant que ces enfants proviennent pour la plupart de milieux populaires. La responsabilité est donc totalement éludée dans la question éducative.

Lorsque l’on rentre à l’hôpital pour se faire soigner et qu’on en ressort avec une maladie nosocomiale, la responsabilité de l’établissement est engagée. On sait que la justice administrative peut accorder des dommages et intérêts. Il y a vingt ans, personne n’aurait imaginé cela. Si l’on nous ratait à l’hôpital, cela n’avait aucune importance. Aujourd’hui, les plus grands chirurgiens peuvent être remis en cause. Dans les hôpitaux, les malades provenant de milieux sociaux élevés ont les moyens financiers et le réflexe de saisir la justice. Cela a eu de nombreuses conséquences sur l’hygiène et la qualité des soins apportés. De même, depuis la loi sur le droit au logement opposable de mars 2007, une responsabilité publique a été créée dans le domaine du logement. Désormais, personne ne pourra plus s’en laver les mains.

Nous sommes actuellement en passe de basculer dans une société de responsabilité. En matière d’éducation, cette responsabilité est encore plus importante. Lâcher dans la société des personnes qui ne savent ni lire ni compter est un crime. Pourtant, tout le monde s’en fiche. De même que la pluie mouille, il est normal qu’il y a ait un pourcentage d’échec dans le système scolaire. Pour ceux qui font partie de ce pourcentage, les conséquences pour l’insertion sociale et professionnelle sont dramatiques. Alors que les parents ont payé leurs impôts.

On ne s’interroge pas suffisamment sur la question de la responsabilité dans notre société. Chacun se renvoie la balle. Chaque enseignant pointe du doigt celui de l’année précédente. Au lycée, on accuse le collège d’avoir laissé passer des élèves au niveau insuffisant. Le collège pointe du doigt le primaire, qui n’aurait pas donné les bases aux enfants. À son tour, le primaire accuse la maternelle. Il y a une irresponsabilité collective se situant au niveau des enseignants et de l’État. Qu’on le veuille ou non, une responsabilité émergera. Dans le dialogue syndicat/enseignants, la justice s’immiscera. Cela n’est ni à craindre, ni à souhaiter. Comme dans toutes les évolutions, il y aura des aspects positifs et d’autres négatifs. Mais cela semble inévitable. Ce n’est qu’une question de temps. Jusqu’à présent, le dialogue s’est établi dans des schémas figés. Le juge sera le trouble-fête qui ordonnera une forme de réparation. Comme après tout préjudice grave.

Nous assistons actuellement à une judiciarisation de la société. Quasiment aucune profession n’y échappe. Pourquoi subitement un îlot en serait préservé ? Des parents finiront forcément par considérer qu’il est anormal de payer très cher un système qui ne rend pas le service attendu. Je ne serais pas étonné que ce mouvement démarre par des associations de parents d’élève. Ces personnes ne sont pas seulement des parents. Ce sont aussi des professionnels touchés par l’évolution générale des mentalités. Inversement, peut-être verra-t-on un jour des parents attaqués par leurs propres enfants… pour ne pas avoir attaqué l’école !

Propos recueillis par Florence PERCEVAUT

1 COMMENTAIRE

  1. Si seulement cela pouvais être vrai dans cette vie qui est la mienne.
    Mon frère a eu un très mauvais instituteur. Il a aujourd’hui 33 ans et tiens un des ‘magazin de matériel de pêche et d’accastillage dans le languedocRoussillon. Le rapport est que cela ne serait pas si à l’école maternelle ma mère n’avait pas remuer ciel et terre pour que l’insuffisance professionnelle de cet instituteur soit relevée, pour que ce dernier ne puisse plus continuer et pour que mon frère soit délocalisé dans un autre établissements. Nous vivions a Argens Minervois dans l’Aude. Ma mère était une simple femme de ménage, mon père un petit maçon. Un immigrés et la fille d’un immigre. Il n’était pas question que son fils subisse les même épreuves que ses parents, il n’était pas question que son destin soit ainsi limite des sa plus jeune enfance. C’était trop important. Et personne n’y croyait. Remettre en question un instituteur a l’époque était inconcevable. Elle y a mis tout son coeur, toute son énergie avec constante vaillance… Si bien que j’ai pu vous présenter mon frère dans ma fierté de sa réussite. Ce n’était pas un idiot !

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