Lire et faire lire, association fondée en 1999 à l’initiative d’Alexandre Jardin, a pour but de redonner le goût de la lecture et de la littérature aux enfants en favorisant l’échange entre les générations : dans un cadre éducatif (écoles, crèches, bibliothè­ques…), des retraités bénévoles viennent chaque semaine animer des séances de lecture en petits groupes.

Pour les contacter : 0 825 832 833


Voici mon rêve : faire de notre pays une super ­puissance éducative ; rien que ça. Parce que rien n’a plus de sens. Et rien ne distribuerait plus de bonheur. Comment ? En cessant de croire que la totalité de l’effort doit peser sur l’Education Natio­nale ; en mobilisant tous azimuts l’ensemble de notre société pour que l’éducation ne soit plus une activité périphérique mais bien le coeur joyeux de notre projet col­lectif. J’allais dire national.

Et pour que cela arrive, il me paraît prudent… de le faire soi-même ! Sans trop espérer que papa-Etat y songera spontanément ; car lorsque l’Etat tente d’agir, il croit généralement qu’il doit le faire lui-même (ce qui coûte fort cher), au lieu d’activer des ressources déjà présentes dans notre société. Le mot est lâché « activer des ressour­ces ». Tout est là, me semble-t-il. C’est ce que je tente de faire de­puis quelques années, comme des millions de militants associatifs.

Comment ? En investissant dans de l’éducatif de l’argent déjà dépensé. Oui, vous m’avez bien lu. Je pense qu’avant de chercher des fonds pour augmenter l’action éduca­tive, il est urgent d’orienter vers des pratiques éducatives des dé­penses qui ont d’autres vocations premières.

Prenons un exemple pratique. Le 13 octobre dernier, j’ai lancé une opération de recrutement de re­traités-bénévoles pour l’associa­tion Lire et Faire Lire (des retraités qui vont transmettre le virus de la lecture aux enfants des écoles maternelles et primaires). Qui s’est chargé de sensibiliser les retraités des 250 quartiers prioritaires où l’on trouve des collèges « Ambi­tion-Réussite » ? 30 000 postiers, au cours de leur tournée ou aux guichets de ces quartiers. Qui répondait au téléphone pour in­diquer aux futurs bénévoles les coordonnées de Lire et Faire Lire dans leur département ? Les call-centers de trois entreprises (Véolia, France Loisirs et le groupe Datem), gratuitement. Pour la Poste com­me pour ces trois compagnies, le coût du service immense qu’ils rendaient à Lire et Faire Lire était marginal. Chacun à sa place, les acteurs de ce système ont rendu possible une aventure éducative importante pour ces 250 quartiers en souffrance. De toute façon, tous les salariés impliqués étaient payés par leur entreprise à la fin du mois ; qu’ils nous aident ou pas. Si Lire et Faire Lire avait dû payer 30 000 postiers recruteurs et trois call-centers, jamais nous n’aurions pu mener à bien cette campagne ! J’ai donc réinvesti dans de l’édu­catif de l’argent déjà dépensé (par la Poste et les trois boîtes).

Ce qui présente deux avanta­ges majeurs. Tout d’abord, ça ne coûte rien ou pas grand-chose (la barrière du financement n’en est plus une !). D’autre part, cette logique implique les citoyens concernés dans une action édu­cative dont ils deviennent les co-auteurs ; ce qui est plus ré­jouissant que de gémir dans son coin contre “l’injustice-du-destin”.

Ce principe financier est un outil parmi d’autres pour augmenter l’action éducative dans ce pays, sans avoir besoin de la puissance publique et sans être ligoté par la question des moyens. En clair, cela permet à tout un chacun d’agir à grande échelle sans être ministre de l’éduc.

Regardez autour de vous et repérez les ressources latentes qui pour­raient être détournées vers des ac­tions éducatives, sans aucun coût (ou presque) ; et alors vous serez sans doute stupéfait que l’on laisse dormir autant de capitaux ! Et si le coeur vous en dit, réinvestissez-les ! Faites-le vous-même ! La France n’est qu’une somme de ressources qui roupillent. Enervant, non ?

Alexandre Jardin

Fondateur de l’association Lire et faire lire

Laisser un commentaire