Une grande partie du débat actuel tourne autour du nombre d’enseignants. C’est une absurdité.

Mettre sur le devant de la scène la question du numérique revient à renoncer à réfléchir. Pour une société sophistiquée et intelligente comme la nôtre, c’est très grave. Dès que l’on raisonne en termes de chiffres sur la pédagogie, on peut être certain que l’on se trompe. Revenons à notre propre expérience d’élève : lorsqu’un enseignant nous a passionnés, combien étions-nous en classe ? On ne s’en souvient plus. Ce n’était pas l’important. Les moments les plus déterminants vécus avec les enseignants ne sont pas liés au un nombre d’élèves présents dans la classe. L’un des meilleurs professeurs que j’ai eu était dans une classe surchargée. Tant mieux, nous étions plus nombreux à profiter de son expérience ! Dans bien des cas, il est préférable d’avoir des classes en surcharge avec des enseignants géniaux que 22 élèves avec un professeur mou.

 

La croyance collective est en profond décalage avec notre propre expérience individuelle.

Si l’on est convaincu que les cours avec plus de 30 élèves sont inefficaces, alors fermons nos universités ! Pourquoi ne pas penser à augmenter le nombre d’élèves dans certaines classes pour le faire baisser dans d’autres ? On voit bien qu’enseigner à une classe de primaire n’est pas la même chose qu’à des élèves de Terminale. De même, le nombre restreint d’élèves en ZEP est un impératif, alors que cinq élèves de plus ne changeront rien dans un lycée privé des beaux quartiers.

 

Tant que nous restons enlisés dans des débats numériques, nous restons  incapables de nous passionner pour des débats complexes.

Notre système  n’a pas changé depuis que j’ai été élève. Il ne déborde pas d’initiatives, alors que des milliers d’expériences pédagogiques existent et n’attendent qu’à être mises en place. J’ai découvert à Sciences-Po que des conférences de méthode suivies par les étudiants permettaient de réduire le nombre d’heures de cours pour un meilleur résultat. Bien sûr, nous ne pouvons pas transposer ce genre d’expérience à des classes de sixièmes. Et si la façon dont les enseignants étaient  habillés comptait plus que leur nombre ? Et s’ils cessaient de ressembler à des adolescents prolongés ? Et si les directeurs d’école accueillaient les enfants à la grille le matin ? Le chiffre compte, mais il ne fait pas tout. La question vestimentaire est l’exemple même des sujets que l’on oublie d’aborder. Or la communication entre adultes et adolescents est avant tout non-verbale.

 

Le débat devrait plutôt se porter sur les méthodes.

Je me méfie lorsque la question des moyens vient en préalable à celle des méthodes. Quand on met de plus en plus de moyens dans un système, on ne le contraint pas à s’interroger. Qu’est-ce qui fait qu’un grand groupe fonctionne ? La contrainte. Si notre machine éducative n’a pas opéré de grands changements, c’est qu’elle n’y a pas été forcée. On met toujours plus de pétrole au lieu de changer le moteur. L’éducation devrait justement être le domaine de la plus forte remise en cause, de la réflexion la plus poussée. Avec tous ces enseignants qui ont fait de si longues études !

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