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Le sport est indispensable à notre bien-être physique et mental. Mais depuis l’arrivée des écrans en masse, la pratique sportive se voit effacée au profit des plateformes numériques. Chez les jeunes le constat est d’autant plus frappant.

 

Les jeunes sont-ils fâchés avec le sport ? Selon les chiffres du gouvernement en 2024, la France arrive 119e sur 146 pays au niveau de la pratique d’activité physique et sportive chez les adolescents. Grande cause nationale de l’année 2024, Jeux de Paris obligent, le sport reste au cœur des débats tant sa pratique continue de diminuer. Si l’effet des JOP a poussé de nombreux jeunes à s’inscrire à la natation ou au tennis de table, cela ne suffit pas à endiguer ce problème sociétal. Chez les jeunes Français, la sédentarité s’ancre dans leur quotidien. C’est 37 % des 6-10 ans et 73 % des 11-17 ans qui n’atteignent pas les normes d’activité physique recommandées par l’Organisation mondiale de la santé. À savoir les 60 minutes d’activité d’intensité modérée à soutenue par jour. Un constat alarmant alors que le sport permet d’améliorer sa condition physique, sa santé mentale, lutte contre le surpoids et l’obésité, aide au maintien du capital osseux et prévention des maladies chroniques.

La pratique sportive des jeunes

On observe depuis quelques années une baisse de la pratique sportive chez les jeunes. Pour beaucoup, les cours d’EPS constituent leurs seules activités physiques de la semaine. « Aujourd’hui, les enfants sont plus souvent assis qu’en mouvement », s’alarme François Carré, médecin du sport et cardiologue. Selon lui, ce sont des millions d’enfants qui ne bougent pas assez et c’est 87 % des enfants qui ne font pas l’heure d’activité physique par jour recommandée. Une rupture s’observe dans la pratique sportive entre 6 et 11 ans, avec une baisse notable de l’activité physique et une hausse de la sédentarité. Des habitudes qui s’installent peu à peu génération après génération. Les enfants ne sont plus encouragés à faire du sport. Les parents et les enfants du même âge qui avant pouvaient les pousser à s’inscrire, ne le font plus. Le sport apparaît désormais comme un petit plus plutôt qu’une nécessité. « Je dis souvent que l’activité physique c’est savoir lire et le sport c’est la littérature. Savoir lire on doit tous savoir le faire mais la littérature pas obligatoirement », poursuit le médecin du sport.

Le rôle ambivalent des écrans

Les écrans représentent la bête noire du sport. Omniprésents, ils effacent peu à peu la pratique sportive. Le gouvernement a publié en avril 2024 une étude, « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu ». Dans celle-ci, l’hyper-connexion subie par les enfants et les nombreuses conséquences sur leur développement, sont mises en avant. Signe que les risques des écrans sont pris au sérieux. D’autant plus qu’ils sont aujourd’hui synonymes de facilité. « Il est plus facile de ne rien faire et de scroller sur son téléphone, que de faire de l’activité physique », affirme François Carré. Avec leurs algorithmes puissants, les plates-formes numériques envoûtent l’attention des jeunes, les enfermant parfois dans une bulle numérique coupée de toute relation avec le réel. En France, selon une étude d’Ipsos avec Bayard/Milan et Unique Heritage Media, en 2022 le temps moyen d’écran était d’environ 2 heures par jour chez les enfants âgés de 1 à 6 ans. De 3 heures et demie pour les 7 à 12 ans et pire un peu plus de 5 heures pour les  adolescents (13 à 19 ans). En cause notamment le développement d’Internet et l’accès aux smartphones dès le plus jeune âge. « Quand je travaillais à l’hôpital je voyais passer des enfants qui présentaient des troubles. Il suffisait parfois de les couper des écrans pendant quelques jours », argumente le cardiologue.

Des risques sur l’état de santé général de l’enfant

En ne pratiquant que très peu d’activités physiques, les jeunes s’exposent à de gros risques. La sédentarité est un facteur de nombreuses maladies en France. Selon François Carré, on compte environ 35 maladies liées à ce manque d’activité. « C’est entre 40 000 et 50 000 morts par an liés au fait d’être trop assis », alerte le spécialiste. Nos enfants ne sont pas en bonne santé ! » En ligne de mire l’obésité et le diabète. Selon ses chiffres, il y a environ 1 milliard de personnes en situation d’obésité dans le monde. Si rien n’est fait d’ici à 2050, il pourrait y avoir 6 adultes obèses sur 10 et 1 enfant sur 3. Il existe aussi d’autres pathologies insoupçonnées comme la myopie. En effet, le manque d’exposition détériore la vision des plus jeunes. Au-delà de l’aspect physique, un enfant qui fait du sport s’assure un meilleur équilibre pour sa santé mentale et un meilleur développement cognitif. Le sport leur permet bien sûr de se défouler mais aussi de faire des rencontres. De se sociabiliser et de prendre confiance en soi, une étape essentielle dans la croissance globale de l’enfant.

L’éveil des consciences

La diminution de la pratique physique n’est pas qu’une responsabilité propre à l’enfant. En effet, les plus petits sont tributaires des habitudes inculquées par les parents mais aussi par les institutions. « Pendant la crise sanitaire, mes petits-enfants prenaient l’habitude de se laver les mains à chaque fois. Pour l’activité sportive c’est aussi simple », confie François Carré. Il est ainsi important d’habituer l’enfant à faire du sport dès le plus jeune âge pour qu’il conserve cette habitude plus tard. Selon lui, seulement deux personnes sur dix se mettent au sport à l’âge adulte. Pour faire face à la sédentarité, bouger régulièrement dans la journée suffit. Accompagnez les enfants à pied ou à vélo jusqu’à l’école, au parc, à leurs différents loisirs. Inconsciemment cela permet au quotidien d’avoir une activité physique. « Il faut que les gens prennent conscience que le sport est vital, parce qu’il y a qu’un seul endroit où on est obligé de vivre toute sa vie, c’est dans son corps », conclut François Carré.

CLARA SEILER

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