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Pour Élodie Gossuin, Miss France n’a jamais été un rêve de petite fille, mais une occasion inattendue qu’elle a su transformer en une aventure unique.
Née à Reims et élevée dans un petit village de Picardie, à Trosly-Breuil, elle a grandi dans un cocon familial chaleureux, entre un père ingénieur en électronique et une mère comptable. Aînée d’une fratrie qui s’agrandit avec l’arrivée de jumeaux alors qu’elle n’a que six ans, elle a su développer très tôt le sens des responsabilités. Élève studieuse, elle s’est tournée, après un bac scientifique, vers les études d’infirmière, jusqu’à ce que sa vie bascule presque par hasard après une première élection locale à Miss Compiègne en 2000. La voilà en quelques mois Miss France 2001. Le conte de fées débute, sans calcul ni stratégie, porté par la spontanéité d’une jeune femme de 19 ans débarquée dans un des plus prestigieux concours de beauté en jean et Doc Martens. Vingt ans plus tard, Élodie Gossuin est toujours la même, souriante, pétillante et engagée. Maman de deux paires de jumeaux, elle jongle entre sa vie familiale intense et une carrière médiatique bien installée. Chroniqueuse puis animatrice, elle est aujourd’hui l’une des voix de RTL, où elle anime l’émission « Stop ou Encore ». À la télévision, elle est aux commandes de l’émission familiale « Vive le camping » sur la chaîne 6ter (groupe M6), qui mêle humour et proximité avec les Français. La charge mentale, elle la connaît bien. Mais avec humour et bienveillance, elle apprend à lâcher prise et à savourer le joyeux désordre de sa tribu, qu’elle a formée avec Bertrand Lacherie, son grand amour et complice de toujours. Une vie bien remplie, rythmée par l’amour, l’engagement et une précieuse authenticité ! Rencontre.
Élodie Gossuin est ambassadrice de l’Unicef France depuis 2014. Une association que l’ancienne Miss France a découvert lorsqu’elle était enceinte de ses jumeaux cadets. Après avoir travaillé autour d’un projet de site de faire-part de naissance, sur le modèle des cartes de vœux de l’Unicef, elle a poursuivi sa collaboration avec l’association et est intervenue sur diverses campagnes de communication : la vaccination, la malnutrition, l’accès à l’éducation des jeunes filles, les mutilations génitales féminines, les mariages précoces… Élodie Gossuin est partie plusieurs fois en mission, notamment en Mauritanie, au Sénégal, à Djibouti, et plus récemment, en mars 2025, au Cambodge. « Là-bas, face aux inondations comme à la sécheresse, des milliers d’enfants ne vont plus à l’école. Ils travaillent pour aider leurs parents, dont certains se voient obligés de les abandonner dans les villages pour aller travailler en ville, dans les usines. Les conséquences de la crise climatique affectent la vie de la population, notamment des enfants. L’accès à l’eau, à la santé et à l’éducation est un défi quotidien », confie-t-elle. Cette collaboration lui tient particulièrement à cœur et la touche aussi en tant que mère de famille : « Quand tu es sur le terrain, tu prends vite conscience de la chance qu’ont tes enfants, et qu’elle n’est pas donnée à tout le monde. J’apprends d’ailleurs à mes enfants à relativiser par rapport à tout ce qu’ils vivent, ça les aide à rester respectueux vis-à-vis des autres. Beaucoup de rencontres m’ont changée à jamais. Elles m’ont transformée en tant que maman. »
Adolescente, vous vous imaginiez un jour devenir Miss France ?
À l’issue d’un bac scientifique je pensais me tourner vers la médecine sans avoir véritablement conscience de ce qu’implique ce métier au quotidien. Rapidement, je me suis rendu compte que ce qui me correspondait, c’était les études d’infirmière. J’aimais le contact avec l’humain, avec les patients.
Mais alors comment est venue l’idée de vous présenter à un concours de beauté ?
Une de mes amies s’est présentée à l’élection Muguet de Compiègne en 2000. Elle m’a demandé de l’accompagner et de participer à ses côtés. Je n’aurais jamais eu ni le courage ni le déclic de prendre cette initiative. C’était une occasion à saisir. Je pense que dans la vie, il faut prêter attention aux petits signes du destin. J’ai gagné ce concours. Les choses sont allées très vite : Miss Oise, Miss Picardie 2000 à Saint-Quentin, et puis Miss France 2001. Je me souviens encore du jour où j’ai débarqué à Miss France en jean avec mes Doc Martens, je n’étais pas vraiment prête… Tout s’est fait en quelques mois, le changement a été radical et brutal.
Comment votre famille a-t-elle vécu ce basculement ?
Mes parents m’ont toujours soutenue, même s’ils ne connaissaient rien de cet univers-là et n’avaient pas de rêves projetés. Ils m’ont toujours encouragée en disant : « Profite ! ». Ils venaient me soutenir. J’ai eu beaucoup de chance. J’essaie de reproduire ça à mon tour avec mes enfants. Ce qui est certain, c’est que rien n’a changé chez nous. Je crois même que c’est la clé pour continuer à avancer et garder les pieds sur terre. Bien sûr, des copains les félicitaient, ils me voyaient voyager, ils étaient heureux pour moi, mais en même temps, au lendemain de Miss France, quand je suis rentrée chez moi, après le repas, ma mère m’a lancé : « C’est quand tu veux pour aider à débarrasser la table. Il n’y a pas de Miss France ici. » Et c’est justement le secret pour garder les pieds sur terre. Si ta mère devient ton agent et ton père te demande des autographes, tu perds pied, tu n’as plus d’équilibre. Je le vois chez certaines personnes et je trouve ça triste qu’elles deviennent une image et une personnalité publique même pour ceux qu’elles aiment. Ce n’est pas un métier d’être connu, c’est juste un bonus.
Que vous a apporté ce concours ?
C’est une aventure formidable ! Chaque jour est excitant, chargé de rencontres et d’expériences très formatrices. Tu gagnes en maturité en très peu de temps. Mais les gens n’ont pas conscience de ce qu’implique le quotidien de Miss France, ils n’en ont qu’une vision instagrammable. Il faut savoir gérer la pression, parfois c’est difficile… Ce n’est pas adapté à toutes les personnalités. Il faut partager avec les gens, leur répondre, sourire, être prête à vivre sous pression. Et il n’y a pas d’accompagnement pour ça… Il y a aussi une absence de routine. Tu ne sais jamais de quoi demain sera fait. D’ailleurs, encore aujourd’hui, j’ai du mal à me projeter.
Vous avez un frère et une sœur jumeaux, vous-même êtes maman de deux paires de jumeaux. Était-ce un schéma que vous vouliez reproduire ?
J’ai toujours ressenti une fibre maternelle. Petite, j’étais malheureuse jusqu’à ce que j’aie mon frère et ma sœur. Je me suis toujours imaginée avec plusieurs enfants. J’en ai eu quatre en deux grossesses, c’était efficace !
Deux paires de jumeaux en quelques années, ce n’est pas de tout repos.
Avec mon mari, nous avons des jumeaux des deux côtés de la famille, notre rêve était d’avoir potentiellement des jumeaux. Quand on l’a appris, on était sur notre petit nuage. Mais nous étions insouciants, on ne savait pas ce qu’impliquait une grossesse gémellaire, les risques qui vont avec, comme la prématurité. N’étant pas salariée, je ne pouvais pas arrêter de travailler, donc c’était un peu compliqué. Et puis, comme tous les parents, nous n’avions pas conscience non plus du post-partum, des premières années de vie d’un enfant…
Et maintenant qu’ils sont âgés de 17 et 11 ans ?
Je suis certainement encore plus angoissée maintenant que je ne l’étais avec des bébés. Ils sont désormais au collège et au lycée. C’est hyper angoissant, parce que c’est arrivé qu’ils rentrent et qu’il y ait des soucis avec d’autres élèves ou qu’il y ait des professeurs avec lesquels ça ne va pas. Il y a aussi Parcoursup, les aînés vont quitter la maison… Ils viennent d’avoir leur permis et, dès qu’ils prennent le volant, j’ai mal au ventre. C’est pareil pour les histoires d’amour ou les fêtes… La dangerosité du monde me fait peur. Aujourd’hui, on ne sait pas dans quel monde on laisse nos enfants. C’est quand même atroce de vivre en espérant que tout se passe bien aujourd’hui. Je trouve ça plus facile de leur donner des racines que des ailes.
Comment faites-vous face à cette angoisse ?
On ne s’abreuve pas d’informations. En revanche, on en parle, car je ne peux pas les couper du monde. Mais avant tout, notre maison est un lieu où tout le monde est heureux de revenir. Chez nous, c’est un joyeux bordel et c’est tant mieux ! Je me prends de moins en moins la tête, je suis de plus en plus cool vis-à-vis des devoirs et des contraintes, de la volonté que tout soit bien fait correctement. Il n’y a que le présent qui compte. On essaie de vivre en ayant un peu plus de sourires et de délires. Nous entretenons le fait d’être une tribu. Même si on s’engueule parfois, très fortement, on est une tribu et ça, je fais tout pour que ça dure. Il n’y a rien de plus important !
Et la charge mentale ?
Je trouve que la charge est très lourde à porter. Je bouge souvent, je suis obligée de tout anticiper, ça me demande une organisation folle ! Je pense que parfois je m’impose aussi trop de choses. Mais il y a des obligations de la vie à côté desquelles je ne peux pas passer : envoyer un mail, répondre à l’école, payer les factures, remplir la déclaration d’impôts, laisser le linge s’entasser…
Vous êtes mariée depuis presque 20 ans, quelle place occupe votre mari au quotidien ?
Mon mari est mon socle. Nous sommes complémentaires, on se redresse toujours l’un l’autre. Ce qui est beau quand tu as trouvé ton âme sœur, c’est que tu n’as plus besoin de parler, tu le sais, tu le sens. Bertrand est mon meilleur ami, il est mon jumeau, même si on est très différents, car il a toute la légèreté qui me manque souvent ou l’humour que je n’ai pas pour dédramatiser certaines choses. C’est mon âme sœur, j’ai eu une vraie chance de l’avoir rencontré jeune.
Vous êtes une figure médiatique. Comment Jules, Rose, Léonard et Joséphine le gèrent-ils ?
C’est souvent une question qu’on pose à mes enfants, et ils répondent qu’ils ont grandi comme ça, il n’y a pas eu de changement soudain dans leur vie qui les aurait poussés à devoir s’adapter ou aurait pu provoquer un traumatisme. Ils connaissent ça depuis leur plus tendre enfance. Le plus dur pour eux, ça a été les changements d’école, notamment l’arrivée au collège. Mais parfois, ils en jouent, les grands comme les petits. Un jour, un groupe d’enfants a dit à mon fils : « Tu sais qu’il y a la fille d’Élodie Gossuin dans le collège. » Et il a lâché : « Mais non, ce n’est pas vrai ! Il faudra me la montrer, j’aimerais bien savoir qui c’est. » Ils ont beaucoup d’humour et c’est leur force, car il y a aussi beaucoup de préjugés : « tes parents sont-ils milliardaires ; vous avez combien de villas ? ; vous avez combien de personnel chez vous ? », ce type de remarques.
Après votre carrière de Miss France, vous vous êtes lancée dans la télé et la radio. Avez-vous vécu le syndrome de l’imposteur ?
Bien sûr ! Je le vis encore maintenant. Certains se disent qu’en étant Miss France tu peux avoir des opportunités, tout est servi sur un plateau. Mais j’ai eu besoin de travailler énormément pour prouver au monde, mais aussi à moi-même, que j’étais capable de faire autre chose que de défiler en bikini. Je suis très fière d’avoir été Miss France, mais je ne veux pas qu’on dise que je suis là où je suis parce que je l’ai été. C’était un tremplin, mais je travaille dur pour ce que je fais actuellement.
Quelles personnes vous ont le plus inspirée durant votre parcours ?
Ma mère ! Elle est l’abnégation du courage et de l’amour sans limites. Elle a toujours donné la priorité à ses enfants. Mes parents sont ma source d’inspiration. Geneviève de Fontenay aussi, malgré l’image qu’elle pouvait dégager aux yeux de certains. C’est une femme ultra-moderne et engagée (j’ai du mal à parler au passé…). Elle est intransigeante, intègre, loyale et fidèle. Et ça n’a pas de prix ! C’est une grande femme qui force l’admiration. Même si, sur des sujets de société, politiques ou religieux, on était rarement en accord, on a toujours pu échanger sur tout en toute transparence et avec une rare intelligence d’esprit. Parmi les hommes avec lesquels je travaille, j’ai vraiment eu la chance de commencer la radio avec Manu Lévy. Sur M6, grâce notamment à Jérôme Anthony ou Éric Antoine, j’ai eu la sensation d’être protégée et aidée.
Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?
Aujourd’hui, j’ai un bon équilibre de vie professionnelle et personnelle. Je peux amener mes enfants à l’école et dégager du temps pour m’investir dans l’associatif. Ça me permet aussi de vivre des aventures hors normes comme participer à Pékin Express en février dernier ou partir en vacances en famille. J’adorerais pouvoir développer une émission à dimension humaine ou sous forme de podcast. J’ai aussi un partenariat depuis plusieurs années avec Tissaia, qui met en scène le textile du groupement E.Leclerc. J’ai concrétisé une capsule de lingerie pour eux et nous avons encore plein de projets ensemble. Je suis toujours dans le groupe M6. « Vive le camping » est revenu au mois de mai sur 6ter. À la radio, je suis heureuse d’animer seule, de façon ponctuelle, « Stop ou Encore » sur RTL. Pour moi, c’est le graal, mon cadeau ultime. Il y a une sorte de satisfaction personnelle, en tant que femme, de pouvoir prouver que je peux mener une émission seule, en direct, et accueillir les gens à l’antenne. C’est extraordinaire, je ne pouvais pas rêver mieux professionnellement !
Propos recueillis par Anna Guiborat et Jean-Baptiste Leprince

































