L’idée de savoir votre angelot dans des ambiances craignos vous angoisse ? Vous voilà contraint au dialogue. Voici de quoi contrer ses mauvaises idées avec de vrais arguments et en faire un enfant responsable.



1ère maxime : « IL FAUT S’ECLATER TANT QU’ON EST JEUNE »

A l’âge de 17 ans, près de 6 jeunes sur 10 ont déjà été ivres. Un jeune sur deux a déjà fumé du cannabis. La polyconsommation alcool-tabac-cannabis a doublé en dix ans et l’on constate une nette augmentation de la recherche d’ivresse et des ivresses multiples depuis trente ans. Voilà ce que les adolescents entendent par s’ « éclater ». Dès le collège, les produits psychoactifs font leur apparition dans les fêtes d’anniversaire et les soirées entre amis. La majorité des participants consomment ces produits pour en ressentir les effets de manière intense et immédiate… et sans penser aux conséquences.

« A FORCE DE T’ECLATER TU VAS T’APLATIR »

Faites-lui prendre conscience des effets du tabac, de l’alcool et du cannabis sur son avenir (très) proche. Inutile de tenir un discours alarmiste sur les conséquences sur sa santé à long terme. Les adolescents vivent dans le présent et ces considérations lointaines ont très peu d’impact. Optez pour une approche différente : parlez-lui des lendemains difficiles des soirées trop arrosées. Mal de tête, bouche pâteuse, fatigue, sueurs froides, fébrilité… Idéal pour démarrer sa journée d’un bon pied, non ?

Après l’éclate, l’énergie manque. Les lendemains de fête, l’alcool s’est évaporé et avec lui l’envie d’organiser des virées avec ses amis, de participer aux activités en famille, de défendre les grandes causes qui le motivent. Il prétend vouloir vivre à fond sa jeunesse, mais la journée, il se réduit à l’état de loque qui regarde la vie s’écouler comme une vache regarde passer un train. Dommage, lui qui a tant d’idéaux…

2ème maxime : « DE TOUTES FACONS, TOUT LE MONDE LE FAIT »

Il a (presque) raison. Consommer de manière multiple et immodérée est une conduite qui prédomine en soirée. La majorité des jeunes accepte de prendre un verre d’alcool supplémentaire ou de boire « cul sec » lorsqu’on les y met au défi. Certains fument plus de cigarettes que d’habitude, d’autres goûtent au joint qu’on leur tend, par plaisir ou par curiosité. Il est « difficile pour un adolescent de s’émanciper d’une dynamique de groupe, même si elle ne lui convient pas », explique Patrice Huerre, psychiatre des hôpitaux. Cependant, il existe aussi un pourcentage de jeunes qui mettent un point d’honneur à s’amuser sans recourir à des produits ! A vous de faire en sorte qu’il en fasse partie.

« LA RAISON DU PLUS GRAND NOMBRE N’EST PAS TOUJOURS LA MEILLEURE »

Apprenez à votre enfant à se méfier des raisonnements qui commencent par « Tout le monde sait bien que… », c’est une façon d’éviter la réflexion personnelle. La majorité n’a pas toujours raison. S’il est en Terminale, il sera ravi de pouvoir approfondir cette pensée en lisant La république de Platon. S’il est plus jeune et qu’il recherche encore à adapter son comportement au groupe, conseillez-lui de s’entourer des ados sains pour se sentir plus fort et capable d’aller avec eux à contre-courant.

Votre enfant doit verbaliser son propre jugement le plus tôt possible. Demandez-lui ce qu’il pense de ceux qui boivent excessivement, deviennent fumeurs après avoir critiqué la cigarette, ne savent plus se maîtriser en soirée. Lorsque l’occasion se présentera, cela l’aidera à prendre ses distances face à la pression du groupe. Et à devenir un résistant des temps modernes ! Pensez à féliciter votre enfant chaque fois qu’il vous confie avoir refusé une proposition tentante. Et récompensez-le. Il le mérite bien.

3ème maxime : « TANT QUE JE NE CONDUIS PAS, JE NE RISQUE RIEN »

Sous-entendu : je peux partir dans tous les excès, je ne me mettrai pas en danger. Les adolescents imaginent souvent que les accidents de voiture sont les seuls dangers qui les guettent. Ils ont un peu trop bien retenu le message des campagnes nationales de prévention sur la sécurité routière, qui ciblent uniquement les automobilistes. Il existe pourtant d’autres risques liés aux soirées trop « arrosées ». Patrice Huerre observe que « l’alcool facilite les bagarres et provoque des accidents corporels. A scooter, à pied, les ados se lancent des défis dont ils ne mesurent pas les conséquences. Ils sont imprudents ». L’imprudence la plus fréquente chez les adolescents est aussi morale.

« TU RISQUES DE NE PAS SAVOIR CONDUIRE TA VIE»

Prendre des risques avec sa vie ne signifie pas nécessairement se mettre en danger de mort. Expliquez-lui que sa vie, c’est son quotidien, son sommeil, sa forme, sa vie sociale, familiale, affective et scolaire. Lorsque l’alcool libère son agressivité, l’amène à prononcer des paroles qui dépassent sa pensée, à adopter des comportements irresponsables ou ridicules, à poser des actes malveillants ou dégradants, il fait des choses qui ne lui ressemblent pas. Il risque son équilibre de vie. Rester soi-même en toute circonstance est une question de respect de sa propre personne.

Ne pas vomir et se souvenir de tout : ce sont les deux autres critères qui, selon les adolescents, garantissent que les limites ne sont pas dépassées. Sur les forums de discussions d’ados sur Internet, on en voit pourtant s’inquiéter : « J’ai 12 ans, est-il normal de boire autant à mon âge ? » ou « Je suis bourré tous les samedis soirs, est-ce grave ? ». Comme s’ils avaient besoin d’entendre qu’il existe de bonnes raisons de s’arrêter de boire avant. « 30 à 40% des premières relations sexuelles ont lieu sous alcool », révèle Patrice Huerre. Gâcher ses rêves ou renoncer à ses aspirations en quelques verres, n’est-ce pas plus grave que se rendre malade ou avoir un trou noir ?

4ème maxime : « IL N’Y A PAS DE MAL À SE FAIRE PLAISIR »

Le « péchotage », ça vous dit quelque chose ? Cette pratique consiste à sortir avec un maximum de personnes en une soirée. « Pécho » comme choper en verlan, signifie embrasser une fille ou un garçon pour le plaisir, le temps d’une fête ou d’une danse. Pour de nombreux adolescents, rien de nouveau à cela : le péchotage a souvent été associé aux autres ingrédients de leurs soirées, avec l’alcool, la musique, la cigarette… Certains groupes d’ami(e)s se lancent même des défis : choper Untel ou Untelle, parvenir à choper trois ou quatre personnes en une soirée… Bref, tout ce qu’il y a de plus romantique !

« MAIS TIRE-T-ON DU PLAISIR À SE FAIRE DU MAL ? »

Tout comme votre enfant suit son apprentissage scolaire en vue de réussir sa vie professionnelle, l’adolescence est une période d’ « entraînement » où il se prépare à réussir sa vie affective. Sa leçon en la matière : être fidèle, cela s’apprend. Son professeur : vous, entre autres. Ses TPE : les soirées entre amis. Expliquez-lui qu’il y a plusieurs manières d’être infidèle. En trompant son conjoint à l’occasion d’une fête.  En trompant la personne que l’on embrasse sur ses intentions réelles : on lui exprime de l’amour sans qu’il n’y en ait. En étant infidèle à ses propres principes et en devenant un garçon, une fille facile.

Parlez-lui de bonheur plutôt que de plaisir. Les adolescents ont tendance à confondre les deux. Donnez-lui des exemples qui prouvent qu’il est possible de se faire plaisir tout en mettant son bonheur en péril. Parlez-lui de l’arrière-goût de culpabilité qui traîne lorsqu’il sait qu’il a mal agi ou trahit votre confiance. Le bonheur est quelque chose qui se construit et demande de passer parfois par des renoncements – comme celui du péchotage – mais il est plus un bien qui s’avère plus profond et plus durable !

5ème maxime : « UN JOINT DE TEMPS EN TEMPS, CA NE FAIT PAS DE MAL »

Selon Marie Choquet, « la disponibilité du cannabis est très importante. La majorité des jeunes savent où s’en procurer ». Un tiers des collégiens et lycéens le trouveraient à l’école. La plupart des fumeurs sont occasionnels : ils consomment en soirée parce qu’on le leur propose. Rien de catastrophique, mais rien de banal non plus. « Lorsqu’on étudie le profil des polyconsommateurs, poursuit le directeur de recherche à l’Inserm, on remarque qu’étrangement tous les jeunes qui consomment du cannabis, même occasionnellement, rencontrent des difficultés ». Ces difficultés peuvent être minimes, comme après une dispute, mais « prendre ce produit serait une façon de dire qu’on ne va pas bien ».

« UNE ATTITUDE DE FUITE, SI ! »

Mettez votre ado face à sa propre réalité. Demandez-lui ce qu’il trouve de positif dans le fait de fumer du cannabis. En acceptant le joint qui lui est tendu, il recherche quelque chose. Vous devez l’aider à trouver quoi. S’intégrer, apaiser un sentiment de colère ou d’angoisse, paraître ouvert, fuir un quotidien trop pesant ? Le cannabis lui apporte quelque chose qu’il doit parvenir à identifier afin d’apprendre à le rechercher ailleurs, autrement. A vous de l’aider à trouver comment, en restant très ferme sur votre volonté qu’il ne consomme pas ce produit qui le détache progressivement de lui-même.

Rappelez-lui la responsabilité qu’il a envers ses amis. Le cannabis est loin d’être inoffensif. La teneur en THC, la substance active, a considérablement augmenté depuis les années « babas cool ». « Il est maintenant établi que c’est un produit dangereux, rappelle Patrice Huerre. Mais ce n’est pas le produit à lui seul qui est dangereux : il est révélateur de fragilités ». Votre enfant n’est peut-être pas concerné par une fragilité psychologique qui risque de le mener vers une dépendance. En revanche, en acceptant de consommer du cannabis avec ses amis, il prend le risque de faire basculer l’un d’eux. Qu’il y réfléchisse.

6ème maxime : « J’AI BESOIN DE PARTAGER DES CHOSES AVEC MES AMIS »

La manière dont les adolescents consomment de l’alcool produit parfois l’effet inverse de ce qu’ils recherchent. En soirée, ce qu’ils désirent profondément trouver est de la joie, de l’amitié, du rire, de l’expérience… Cette recherche est légitime. L’alcool peut instaurer une ambiance conviviale, mais peut aussi dégrader les relations, en fonction de la manière dont il est consommé. Ce que certains adolescents semblent ne pas percevoir. « Avant, on buvait pour se sentir à l’aise. Aujourd’hui, on utilise l’alcool pour se mettre hors jeu, déplore Patrice Huerre. Les ados se retrouvent seuls avec le produit. On passe de la relation aux autres à une relation à soi-même ».

« ALORS REJOINS LEUR MONDE AU LIEU DE PARTIR DANS LE TIEN »

Aidez votre enfant à retrouver le sens de la fête. Guidez sa réflexion : faire la fête signifie être ensemble, non pas les uns à côté des autres. Quel sens aurait une fête dans laquelle chacun resterait dans son coin, à boire ou écouter de la musique ? Faites-lui prendre conscience que certaines manières de consommer l’isolent des autres et font perdre de sa valeur à une soirée.

Faites appel à ses désirs de relations pour le pousser à participer aux fêtes vraiment conviviales. Ou à les organiser lui-même. Les nouveaux jeux de société appelés « jeux d’ambiance », les nouvelles danses comme la tecktonik, les soirées-concepts ont un fort potentiel de convivialité. Avec un peu d’audace et d’imagination, votre ado est capable de transformer des rires d’excitation en rires de joie, des souvenirs honteux de soirées en instants mémorables d’humour et d’amitié. Poussez-le à essayer de nouvelles manières de s’amuser. Il gagnera (vraiment) en expérience.

7ème maxime : « SANS ALCOOL, LA FÊTE EST MOINS FOLLE »

Bière, vodka, cigarette, joints, produits à sniffer ou à inhaler servent souvent à parer un déficit d’ambiance dans les fêtes entre ados. Ces derniers manquent encore de confiance en eux pour oser quitter le canapé et danser devant les copains, chanter, faire rire… Certains ressentent douloureusement le décalage entre ce qu’ils sont et ce qu’ils voudraient être en société. Les produits psychoactifs lèvent artificiellement des blocages qui les empêchent de s’amuser. Ils seraient également un moyen, selon Patrice Huerre, de retrouver « une excitation qu’ils ont connue depuis tout petits. Les adolescents recherchent une stimulation, comme dans les jeux insuffisamment gratuits qu’ils ont connu étant enfants ».

« ON PEUT S’AMUSER EN RESTANT SOI-MÊME »

Et vous, comment vous amusez-vous ? Avec ou sans produits ? « Toute éducation est basée sur l’exemple, rappelle Marie Choquet. Il faut donner envie aux jeunes de nous ressembler ». Pourquoi ne pas organiser des soirées festives saines mêlant adultes et adolescents ? Ce pourrait être l’occasion de partager de bons moments et d’apprendre à se connaître sous un nouveau jour. « On imagine toujours que les jeunes ont envie d’être entre eux alors que c’est faux, révèle l’épidémiologiste. Ils ne demandent qu’à avoir des moments de partage et d’échange avec les adultes ».

Ces fêtes doivent être l’occasion de montrer à votre ado qu’il n’est pas nécessaire de « se mettre hors jeu » pour s’éclater. Que l’on peut s’amuser en restant soi-même. Partagez des fous rires en lançant des jeux de société, chantez en duo avec un karaoké, échangez avec humour vos techniques de danse, organisez des crêpes-parties, bougez, chantez, riez avec eux ! S’ils n’imaginent pas d’autres manières de s’amuser, comment les adolescents pourront-ils renoncer à leurs soirées-défonce ? Déplorer la tristesse de certaines de leurs fêtes ne suffit pas, nous devons leur prouver qu’il est possible d’en vivre d’autres, saines et joyeuses. A nous de jouer !

Pour des soirées mythiques

Voici de quoi s’éclater vraiment ! Des joueurs qui piquent des fou-rires incontrôlés, se sautent dessus pour attraper un totem, se jettent à genoux pour clamer leur innocence ou se font menotter … Rien à voir avec l’ambiance plan-plan des jeux de société traditionnels ! Time’s up, Loup-Garou, Jungle Speed et Defifoo noir : quatre noms porteurs de promesses pour des soirées absolument mémorables. Rendez-vous sur www.asmodee.com et sur www.defifoo.com pour offrir à votre ado de quoi retourner l’ambiance de ses fêtes entre amis !

Cannabis : 10 arguments qui font mouche

  • Fumer du cannabis donne l’air ahuri
  • En partant dans son propre délire, on se rend inaccessible aux autres
  • Le cannabis démotive, pour la soirée ou les jours qui suivent
  • Acheter du shit ou de l’herbe, c’est participer à un commerce illégal souvent lié à celui des armes et du sexe
  • Un mauvais « trip » peut surgir à l’improviste et laisser des souvenirs cauchemardesques
  • Accepter de consommer du cannabis signifie s’introduire au monde de la drogue, du marché noir et des dealers
  • En cas de problème, on devient incapable de prendre les bonnes décisions, comme appeler la police
  • En une seule prise, tout peut basculer et l’on peut rester « perché »
  • Le cannabis détériore la mémoire et la concentration
  • Fumer du shit expose au risque de rater ses études et de passer à côté de l’homme ou la femme de sa vie…

Le saviez-vous ?

  • L’âge moyen de la première cigarette est de 13 ans.
  • L’âge moyen de la première ivresse, comme celui du premier joint, est de 15 ans.
  • Les milieux favorisés sur le plan économique ou culturel sont ceux qui présentent les plus forts niveaux d’expérimentation et d’usages occasionnels de substances psychoactives.
  • Retarder le plus possible l’expérimentation du tabac et de l’alcool peut atténuer le risque d’une dépendance ultérieure

Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 25 mars 2008

Trois questions à Marie Choquet, épidémiologiste et directeur de recherche à l’Inserm

  • Qui sont les adolescents nécessitant une vigilance particulière ?

Les adolescents qui consomment fréquemment de l’alcool, du cannabis et du tabac. Ils sont dans un comportement de fuite qui est très fortement associé à d’autres comportements de fuite comme l’absentéisme scolaire, les fugues ou les tentatives de suicide. On remarque que ceux qui adoptent très souvent ces comportements sont les jeunes ayant subi des violences.

  • De quels types de violences parlez-vous ?

Parmi elles, on peut citer la pornographie. Les études montrent que les comportements des jeunes ayant été exposés à des images pornographiques sont très proches de ceux ayant subi des violences sexuelles. Pour des adolescents en pleine construction, c’est comme s’ils le recevaient eux-mêmes. Les images pornographiques créent aussi des sentiments contradictoires difficiles à gérer : elles donnent envie tout en étant répulsives.

  • Quel conseil donneriez-vous aux parents d’adolescents ?

Ne surtout pas abandonner les règles, comme aider à la maison, ne pas trop sortir, ne pas boire quand on sort… Sinon, on constate que les jeunes commencent à aller mal. Ne pas autoriser l’alcool, la cigarette ou le cannabis, sinon les jeunes seront plus consommateurs. A un âge où tous les changements sont accentués, il est primordial de créer de la stabilité. Un divorce par exemple est particulièrement difficile à gérer à l’adolescence. Il faut veiller à énoncer des règles claires, simples, faciles à comprendre.

Quand l’alcool se camoufle

Attention aux premix et autres alcopops ! Ces boissons alcoolisées préconditionnées, sucrées et faciles à boire ressemblent au soda, ont la couleur et le goût du soda, mais ne sont pas des sodas. Résultat : certains parents en achètent pour leurs enfants sans même savoir qu’ils contiennent du whisky ou de la vodka. Prudence donc, lors de vos achats…

Article réalisé par Florence PERCEVAUT

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