Jean moulant taille basse ou lacéré en haut des jambes, caleçon apparent, bretelle de soutien-gorge qui tombe nonchalamment sur l’épaule, décolletés profonds, maquillage ostensible, coiffure travaillée… Chez les ados, la mode actuelle dévoile sans complexe des corps en plein bouleversement. À tel point que cela devient un vrai problème dans la plupart des établissements scolaires. « Nous faisons tous les jours des remarques aux élèves », assure Manuela Rousselot, directrice de Daniélou, établissement privé en région parisienne. « La question se pose d’autant plus dans un établissement comme le nôtre où il n’y a que des filles. Comme elles sentent moins de regards posés sur elles, elles se permettent plus d’excès. Le contexte de la non-mixité ne favorise pas la décence », analyse la responsable qui prévoit une gradation des sanctions : « Nous demandons à l’élève de passer la blouse de laboratoire ou de mettre sa tenue de sport pour la journée et si cela se produit à plusieurs reprises, on la renvoie chez elle pour se changer ». Des moyens drastiques parfois nécessaires pour marquer le coup…

École : pas de consensus

« Il y a tellement peu de consensus en matière de valeurs éducatives dans notre société que même les adultes ne sont pas d’accord sur le sujet », affirme Laurent Nicolas, directeur d’un établissement de 600 élèves à côté de Lyon. Pour lui, les parents peuvent d’ailleurs représenter un obstacle dans la conduite du collège car « les uns trouveront qu’il y a un manque de rigueur quand les autres penseront qu’on en fait trop : il faut donc se faire à l’idée qu’on ne fait pas l’unanimité et se laisser simplement guider par le bon sens ».

Enfants de l’image

Pour le psychiatre Xavier Pommereau, ce nouveau phénomène s’explique : « Les ados d’aujourd’hui sont des enfants de l’image. Ils ont l’habitude de se produire et de s’afficher. Ils sont obligés de s’incarner pour exister auprès de leurs amis. Ils étudient leur look, leur posture et le font non seulement « en vrai » mais aussi sur leur page Facebook », analyse le spécialiste des ados. Un de ses collègues parle d’« extimité », cette nouvelle tendance de l’intimité dévoilée qui a commencé avec l’apparition des blogs. Et cet affichage ne touche pas que les filles. « Quand on leur demande, les garçons avouent que le matin, avant de partir en cours, ils étudient longuement la chute de leur tee-shirt sur les reins, la coiffure qui fait partie de leur attitude pseudo-négligée… Certains empruntent le lisseur de leur sœur pour se faire une belle mèche ! », assure l’auteur de
Nos ados.com.

Pudeurs vs indécence

« Le paradoxe est total : ils sont pris entre l’affichage nécessaire pour se définir par rapport à une tendance ou une appartenance et leur intimité qu’ils livrent dans les mêmes conciliabules que les générations précédentes. Ils ont une vie secrète, affective et les plus excessifs sont souvent les plus fleurs-bleues », remarque le médecin. Mais selon lui, ces enfants du numérique ont l’habitude de gérer leur apparence et savent distinguer l’affiche, qui est comme leur publicité (suis-je populaire ?) de leur vie secrète. En clair : ils ont conscience de ce qu’ils provoquent. « Les jeunes filles connaissent les signaux qui déclenchent les regards et la concupiscence. Elles sont à la fois d’une grande naïveté, car tout cela vient de l’envie d’être aimée au sens infantile du terme, recevoir de la tendresse, et d’une certaines malignité car pour obtenir cette affection, elles utilisent un affichage très sexué », explique Xavier Pommereau.

Dangers en vue

Pourtant, si les ados pensent maîtriser leur image, ils n’en maîtrisent pas les vrais effets. « Les professeurs en parlent peu mais c’est une vraie difficulté de se retrouver à faire cours à 2 mètres en face de jeunes filles provocantes », tranche celui qui intervient beaucoup auprès de collégien. Au CHU de Bordeaux, lors des consultations avec des ados, il n’hésite pas à être franc quand c’est nécessaire : « On ne peut pas te parler, notre regard est parasité. Ce n’est pas une tenue pour venir à l’hôpital ». Alors les ados soufflent, lèvent les yeux au ciel mais la fois d’après, ils font plus attention : finis les décolletés pigeonnants… « C’est souvent de l’inconscience », confirme Manuela Rousselot, pour qui le dialogue permet aux jeunes de réaliser que leur tenue est inappropriée. Et qu’elle peut les mettre en danger dans certaines circonstances. D’où l’enjeu d’éducation qui nous concerne, nous parents…

Alexandra Ronssin

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