« Mon enfant ment comme il respire ! » Que faire ?

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Gros ou petits, subtils ou naïfs, les mensonges d’enfants sont courants, même chez les plus petits. Comment réagir quand son enfant ment et que faire pour lui donner le goût de la vérité ?

Il·elle a caché son carnet de notes à cause d’un 7/20 en français, il·elle a dénoncé sa petite sœur après avoir cassé une tasse, il·elle s’est inventé·e un meilleur ami super-héros, il·elle a raconté à ses copains de classe posséder un chien, mais imaginaire ? Comme les adultes, les enfants ne disent pas toujours la vérité. Mais quelles sont les raisons qui les poussent à mentir ? Quand faut-il s’inquiéter et quelle attitude adopter face aux petit·es menteur·euses ? le docteur Stéphane Clerget, pédopsychiatre, répond.

À partir de quel âge peut-on parler réellement de mensonges chez les enfants ?

Dr Stéphane Clerget : Pour les précoces d’entre eux ou elles, les mensonges commencent à 4 ans, le plus souvent à partir de 5 ans. Jusqu’à cet âge, la frontière entre la réalité et ce qu’ils ou elles veulent est encore floue.

Qu’est-ce qui pousse les enfants à mentir ?

Tout d’abord, l’intelligence. Les enfants comprennent qu’ils ont la possibilité, grâce au langage, de détourner l’humeur ou le comportement d’un adulte. Intervient aussi la prise de conscience que l’adulte, notamment leurs parents, ne lit pas dans leurs pensées. Avant, les enfants voient l’adulte comme un dieu capable de lire dans leur tête et de savoir la vérité. Puis, s’en vient une étape très importante chez l’enfant : il commence à comprendre que ses pensées sont secrètes et qu’elles lui appartiennent au même titre que son corps lui appartient. On peut donc considérer que le mensonge correspond à une compétence fondamentale de l’être humain.

Plusieurs choses se cachent sous le mensonge. Par exemple, dans l’entourage de l’enfant, un adulte qui ment. En tant que parent, on ment beaucoup sans même nous en rendre compte. L’enfant nous voit faire. Il faut donc trier dans nos mensonges et mentir le moins possible devant l’enfant. Une autre grande cause pourrait constituer le mensonge : un grand secret de famille.

Un enfant va aussi mentir pour éviter les réprimandes, ce que l’on appelle les « mensonges utilitaires », surtout s’il  ou elle est souvent sévèrement puni·e. Il faut dans ce cas revoir son éducation et s’assurer qu’elle est suffisamment bienveillante et pas pervertie. Et puis, des enfants mentent par manque de confiance en eux·elles. Des enfants qui sont mis de côté à l’école ou qui ont du mal à se faire des amis. Le mensonge pour eux et elles est un moyen de compenser ces difficultés relationnelles. Parfois, garçons et filles vont mentir pour donner une autre image d’eux·d’elles et en tirer des louanges.

Quand faut-il s’inquiéter des mensonges de ses enfants ?

Quand ils sont fréquents, répétés. Quand on détecte au moins un mensonge par jour. Il faut surtout s’en inquiéter quand l’enfant nie et ne reconnaît pas le mensonge. Certes, aucun enfant ne va reconnaître tout de suite qu’il ou elle a menti, mais la plupart le font après qu’on lui a mis un peu la pression.

Il existe une période au cours de laquelle l’enfant va mentir beaucoup, c’est le moment où il·elle découvre le mensonge, mais à l’âge de raison il·elle va mentir de moins en moins. Une fois adolescent·e, il·elle reprendra les mensonges un peu pour les mêmes raisons : prise d’indépendance, moyens d’échapper aux punitions ou pour manipuler l’autre.

Comment réagir ?

Il faut rechercher la cause, leur signifier qu’on a repéré leurs mensonges, les éduquer à ne pas mentir – expliquer qu’à force on ne va plus les croire ni faire confiance – raconter l’histoire du garçon qui criait au loup – surtout, et soi-même veiller à ne pas mentir. Aux enfants un peu plus immatures, il faut expliquer la différence entre ce qu’ils, ce qu’elles voudraient et ce qui est. Parce qu’il y a des enfants qui grandissent plus lentement et restent encore dans cette difficulté de faire la part des choses entre leurs rêves et la réalité.

Que dire aux enfants au moment où ils·elles mentent ?

Quand l’enfant prend ses rêves pour de la réalité : « Tu voudrais que ce soit comme ça, mais ça ne l’est pas. » Il est important d’utiliser le conditionnel à ce moment-là.

Il faut aussi expliquer les conséquences du mensonge : « Si tu mens, on ne te croira plus. On ne te fera plus confiance, personne ne voudra être ton ami ».

Et puis, il est possible de reprendre les proverbes qui existent sur les mensonges, qui sont pleins de bon sens et montrent l’inconvénient de mentir…

Propos recueillis par Anna Guiborat

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