En France, l’orientation scolaire agonise. Ses défaillances contraignent les parents à assumer l’accompagnement de leur progéniture. Ils sont de plus en plus nombreux à bourse délier pour protéger leurs enfants des petits couacs et grandes bavures d’une institution malade.

“Le problème de l’orientation aujourd’hui dans notre pays est qu’elle n’existe pas ou si mal”. Le constat est sévère. Il émane de Nicolas Sarkozy, qui, lors de la présentation de son plan Agir pour la Jeunesse, le 29 septembre dernier, a distribué une très mauvaise note au service public de l’orientation. Parents pauvres de l’Education Nationale, les rares et mal dotés professionnels censés éclairer les adolescents dans leurs options d’avenir peinent à honorer leur mission. Une déroute coupable tant elle est lourde de conséquences.

INFOS SOUS CONTRÔLE

“Toute l’info sur les métiers et les formation” le slogan affiché sur le site de l’Office national ’information sur les enseignements et les professions (Onisep) prête à sourire. Drôlement abusif, abusivement drôle. « Presque toute l’info » serait une plus juste promesse. Car l’Onisep, pour qui ausculte ses pratiques, a une fâcheuse tendance à privilégier les formations et les établissement publics. Beaucoup d’infos sur ces dernières, rien ou presque sur l’offre privée. Qu’un élève recherche une voie pour accéder à un métier, et son panel de choix se restreint d’emblée. Considérons au hasard le métier de détective privé. De nombreux adolescents en rêvent et la suppression du juge d’instruction ouvrira, à n’en pas douter, un marché dans les années à venir. Le site de l’Onisep indique que trois diplômes homologués permettent d’exercer cette fonction : le diplôme de l’IFAR – une école privée – et deux licences professionnelles dans des universités publiques. Résultat pour « Où se former dans la France entière ? » , seuls deux établissements apparaissent… L’internaute ne se voit fournir que les adresses des deux facultés. Autre exemple : qu’un parent contacte la plateforme téléphonique 0810.012.025 mise en place récemment par le ministère de l’Education nationale avec l’Onisep et c’est vers les formations publiques qu’il se voit aussitôt dirigé. « Pour accéder à ce métier, il existe un BTS dans votre région ainsi que d’autres ailleurs en France, dont je peux vous délivrer les coordonnées, informe cordialement la conseillère. Des écoles privées ? Oui il y en a, mais c’est payant. A vous de chercher… ». Quant aux établissements privés non homologués par l’Etat, elles ne figurent tout simplement pas dans la base de données mise à disposition des familles. Toutes ne sont pourtant pas des « arnaques ». Mais cela, ce n’est manifestement pas au parent d’en juger.

CONSEILLER, AUX ABONNES ABSENTS

« Chaque fois que nous avons demandé à un conseiller de recevoir notre fils, nous avons essuyé un refus : pas le temps ». Lucien, père d’un élève de 18 ans, souhaitait prendre rendez-vous pour « obtenir autre chose qu’une reformulation de la description des filières d’études mentionnées dans les brochures de l’Onisep ». Comme de nombreux parents, il s’est heurté au manque de disponibilité du conseiller d’orientation-psychologue (COP). Aujourd’hui, le personnel d’orientation est en nombre insuffisant pour répondre à l’afflux des demandes des familles. Outre leur travail dans les collèges et lycées publics, ces professionnels officient dans les centres d’information et d’orientation (CIO). Résultat, à raison de deux à cinq établissements scolaires à charge, chacun « accompagne » 1 400 élèves par an en moyenne. Intenable. En 2008, selon les syndicats du secteur, il manquait déjà 200 de ces acteurs-clés dans les écoles. Pire : depuis deux ans, 300 conseillers partent en retraite chaque année, tandis que seulement 50 sortent des instituts de formation. Dans son discours sur la réforme de l’orientation scolaire, Nicolas Sarkozy n’a pas évoqué de recrutement supplémentaire de COP. Pas plus qu’il n’a été envisagé de revoir leur formatiion pour le moins inadéquate.

Aujourd’hui, le personnel d’orientation est en nombre insuffisant pour répondre à l’afflux de demandes des familles.

PROFILS INADEQUATS

A la présence en pointillés des COP s’ajoute en effet un problème de formation. Dressé en 2008 par le Haut Conseil de l’Education (HCE), un rapport sur l’orientation scolaire souligne que ces professionnels devraient faire preuve d’une « compréhension fine et actualisée des métiers et du monde du travail » pour aider les jeunes à procéder aux bons choix. Logique… sauf que « le recrutement des conseillers d’orientation a dû être limité aux licenciés en psychologie et leur diplôme de fin d’études leur confère le titre de psychologue ». Selon le Haut Conseil, « cela présente l’inconvénient de placer l’aide à l’orientation dans un cadre psychologique » au détriment du volume horaire dédié à la compréhension des métiers. Or, estiment encore les experts du HCE, les élèves ont besoin, pour prendre leurs décisions d’avenir, de « spécialistes déjà reconnus de l’insertion professionnelle, de l’emploi, de la formation continue, ainsi que des représentants des milieux professionnels » et non de psychologues débordés, priés de transmettre aux lycéens et collégiens, les brochures conçues par les académies. Inutiles sont aussi les universitaires déconnectés du monde du travail qui se contentent de distiller des informations à l’aide de systèmes d’autodocumentation partisans : ceux de l’Onisep et du Centre d’Information et de Documentation Jeunesse (CIDJ).

OPÉRATION REMPLISSAGE

Les élèves français font aussi les frais d’une politique de « remplissage » de classes, à laquelle les conseillers eux-mêmes sont soumis. C’est encore ce que dénonce le bilan du HCE. « Du point de vue de l’Éducation nationale, une rentrée scolaire est considérée comme réussie lorsque chaque élève a une place, quels qu’aient été ses voeux, et que chaque professeur est devant une classe, critiquent les auteurs du rapport. Le nombre des places disponibles par filière fait partie des contraintes qui pèsent sur l’orientation des élèves. Cette rigidité globale conduit à des orientations quasi forcées ». Forcées ? En octobre 2009, l’Union nationale des associations familiales (Unaf) condamne cette réalité avec force dans une enquête qualitative intitulée L’orientation scolaire vécue par les jeunes et leurs parents. L’étude révèle que les familles ont parfois le sentiment que « l’Education nationale doit remplir des classes et des écoles, bien souvent au détriment des souhaits des jeunes et ce, dans les filières professionnelle, générale ou technologique ». A en croire les mêmes familles interrogées par l’Unaf, « l’école fait plus que se désinvestir. Elle oriente les jeunes là où il y a des places, quitte à les influencer vers un choix qui ne leur correspond pas ». Or, quand le pseudo « sur mesure » s’opère en fonction des cases vides et non des souhaits des enfants, cela se paie. Aujourd’hui, un étudiant sur deux échoue en première année de licence. Pour les parents, dix mois d’études perdus reviennent à jeter plus de 4 500 euros par la fenêtre. Quant au coût psychologique d’une année, il est insondable mais abyssal.

Quand le pseudo “sur-mesure” s’opère en fonction des cases vides et non des souhaits de l’enfant, cela se paie.

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