L’homéopathie diluée dans le néant

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1 Français·e sur 2 va y renoncer ou payer.

Dans le domaine des controverses médicales qui divisent les professionnel·les de santé et font débat dans l’opinion publique, l’homéopathie fait figure de vedette. Efficace ? Leurre ? Placebo ? Si la pratique est reconnue par les instances officielles et l’opinion publique, elle est vilipendée par la médecine conventionnelle. Une chose est sûre : la science ne sait pas prouver son efficacité au-delà de l’effet placebo. En conséquence, les traitements homéopathiques ne sont plus remboursés depuis le 1er janvier 2021.

Avec 2,5 milliards de boîtes vendues en France chaque année, un nombre croissant d’adeptes, médecins et patient·es, et un marché mondial qui pèserait 3,8 milliards d’euros selon le cabinet Transparency Market Research, l’homéopathie… se porte bien. Dans les chiffres du moins. Son mode d’action, qui reste obscur encore aujourd’hui, et son efficacité jamais démontrée, voire illusoire pour certain·es, la discrédite aux yeux de beaucoup de professionnel·les de santé. Il faut remonter à 1796 pour assister à l’émergence du concept d’homéopathie par le médecin allemand Samuel Hahnemann. Il part de l’idée que tout mal se soigne en administrant la substance qui le provoque à des doses infinitésimales. Il s’agit en quelque sorte de stimuler le corps à se soigner lui-même. On n’est pas loin du vaccin, sinon que la dilution du principe se veut extrême. Comme l’explique le Dr Charles Bentz, président du Syndicat national des homéopathes, « les méthodes homéopathiques ne ressemblent en rien à la méthode classique, on traite un malade avant de traiter une maladie. En homéopathie, chaque patient souffre à sa façon et les homéopathes vont prescrire une variété de médicaments pour soigner une même maladie, selon le patient ». Reste qu’aucun résultat convaincant n’a su affirmer son efficacité. En 2004 déjà, l’Académie nationale de médecine parlait d’une pratique « obsolète » et fondée sur « des a priori conceptuels dénués de fondement scientifique ». Malgré deux siècles de rejet scientifique, il aura fallu attendre le 1er janvier 2021 pour que l’Assurance maladie ne rembourse plus du tout l’homéopathie. Un coup dur pour les « adeptes ».

Pas de preuve, pas de remboursement

Voilà qui met fin à une quasi-exception française. Depuis la création de l’homéopathie, la Sécurité sociale la prenait en charge, sans pour autant avoir à convaincre la Haute Autorité de Santé (HAS) de son efficacité pharmacologique. Alternative aux pratiques bien peu efficaces de la médecine conventionnelle du temps de Samuel Hahnemann, l’homéopathie n’aura jamais convaincu la communauté scientifique.

Après un recul du taux de remboursement de 30 à 15 % début 2020, l’homéopathie ne sera plus du tout remboursée, mais conservera son statut de médicament. Une décision qui découle notamment des débats ravivés par une tribune parue dans Le Figaro en mars 2018 et signée par 124 professionnel·les de la santé, du collectif Fakemed, qui qualifiaient l’homéopathie d’« irrationnelle » et « dangereuse ». Pour Cyril Vidal, chirurgien-dentiste et signataire de la tribune, la décision est logique : « L’homéopathie n’a jamais fait preuve de son efficacité, ce sont des soins inutiles, la question n’a plus lieu d’être, elle est tranchée, il était donc logique et inévitable qu’elle ne soit plus remboursée. » Un avis partagé par la Haute Autorité de santé dont la position aura motivé la mesure portée par l’ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Du côté des homéopathes, on s’insurge. « C’est une absurdité, on prive la médecine d’un outil thérapeutique efficace et sans danger, les vérités scientifiques d’aujourd’hui seront les erreurs de demain, ce qu’on n’a pas pu prouver, on le prouvera demain », affirme le Dr Bentz. Coup dur également pour le français Boiron, leader mondial du secteur, qui commence déjà à se tourner vers d’autres horizons, à commencer par le cannabis thérapeutique.

Thérapeutique complémentaire

D’un côté comme de l’autre, on s’accorde tout de même sur un point : il ne s’agit pas d’une médecine alternative. « Nous sommes médecins avant tout et nous utilisons tout l’arsenal thérapeutique. L’homéopathie n’est pas une médecine alternative mais une thérapeutique complémentaire », plaide Charles Bentz. Pour lui répondre, Cyril Vidal, du collectif Fakemed, s’en tient aux faits : « Quand vous êtes médecin, vous devez vous tenir au courant des données et des connaissances de la science. Prescrire de l’homéopathie sans préciser que ça n’a pas d’autre effet que le placebo, ce n’est pas normal. Mais l’utiliser en connaissance de cause et en informant les patients ne me pose aucun problème. » C’est le coup de pied de l’âne : quel médecin prescrira en signalant à son patient que la spécialité homéopathique n’aura aucun effet ? Pourtant, l’homéopathie a beau ne plus être remboursée, elle n’est pas à combattre ni à proscrire. « Il n’a jamais été question de l’interdire, l’utiliser comme placebo garde du sens dans certaines situations, mais il ne faut pas lui donner un crédit de pseudo-médecine, c’est plus du bien-être qu’autre chose », ajoute le Dr Vidal.

Si les homéopathes avancent qu’on ne peut comparer des études en thérapeutique chimique à des études sur l’homéopathie – notamment pour répondre aux critiques sur la fiabilité des études pro homéopathie – la HAS et l’Assurance maladie ont tranché. Le·la Français·e sur deux (énorme !) qui a régulièrement recours à l’homéopathie devra en supporter la charge. Selon les premières estimations, la décision devrait procurer à la Sécurité sociale une économie de plus de 126 millions d’euros.

Adam Belghiti Alaoui

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