Peu de gens savent que la Fondation Caritas France, créée par le Secours Catholique en 2009, est la première fondation « abritante » dédiée à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

La Fondation Caritas France est reconnue d’utilité publique. Elle lutte contre les inégalités et les situations d’exclusion en France et dans le monde, notamment en permettant aux familles de créer leurs propres fondations. « Le Secours Catholique avait envie de toucher un public philanthrope qui veut agir contre la pauvreté et l’exclusion », explique Pierre Levené, délégué général de la Fondation Caritas France.

À l’heure où il est parfois difficile de créer une fondation d’utilité publique, Caritas France propose à ceux qui le souhaitent de les abriter sous le label « Fondation X sous égide de la Fondation Caritas France » et ainsi de bénéficier des mêmes dispositions fiscales que pour les versements réalisés directement à la Fondation Caritas France. De plus, ceux qui soutiennent la fondation abritée bénéficient également d’une déduction de 75 % sur l’ISF (dans la limite de 50 000 euros) et/ou de 66 % sur l’impôt sur le revenu (dans la limite de 20 % du revenu imposable). Le créateur de la fondation peut aussi jouir des mécanismes liés à la donation temporaire d’usufruit des revenus d’un portefeuille boursier ou d’un immeuble de rapport.

Comment ça marche ?

« Tout d’abord, nous vérifions si le projet de la personne est en adéquation avec un objet social », raconte Pierre Levené. Puis, il faut établir les modalités du financement  : fonds capitalisé dont les intérêts permettent de financer les actions de la future fondation, flux annuels, dons ISF… Une fondation de flux (sans dotation initiale, alimentée chaque année) peut être créée à partir de 20 000 euros l’an sur trois ans. Une fondation pérenne (d’une durée de 30 ans) dont les fonds sont capitalisés se construit à partir d’un apport de 500 000 euros environ. Si la personne n’a pas encore d’objet social clair, la Fondation l’aide à le préciser. « Nous pouvons même aider avec le choix du nom de la fondation ! », précise Pierre Levené. Ensuite, le Conseil d’administration examine la demande et analyse si son objet répond à tous les critères demandés. « Le Conseil se réunit quatre fois par an, vous avez donc seulement quatre opportunités », avertit Pierre Levené.

La fondation abritée est dirigée par un Comité de fondation qui réunit le membre fondateur et des personnes de son choix. C’est ce comité qui décide des engagements financiers au regard des fonds disponibles. La Fondation Caritas France dispose d’un membre de droit dans chaque Comité, avec en ultime recours un droit de veto dans la mesure où la fondation abritée ne dispose pas de personnalité juridique propre.

Tel un véritable « conseiller en gestion de générosité », la Fondation accompagne près de 85 fondateurs abrités sous son égide dans la concrétisation de leurs projets. Les profils des créateurs sont tous différents : des chefs d’entreprise en fin de carrière voulant se vouer à la philanthropie, des personnes qui ont été traumatisées dans leur vie (perte d’un membre de la famille, un proche touché par le handicap…) et qui ont envie de transformer la douleur en posture positive, ou encore ceux qui ont réussi dans la vie et veulent seulement rendre quelqu’un d’autre heureux. « À chaque fois, nous voyons une histoire particulière », conclut Pierre Levené.

Sophie Kerob, une entrepreneure philanthrope

« Dans mon entourage, j’ai eu l’occasion de rencontrer quelques personnes touchées par un réel handicap. Je savais qu’une petite et légère aide pourrait améliorer leur vie », se souvient Sophie Kerob. Ainsi, cet entrepreneur quadragénaire a eu l’idée de créer sa propre fondation.

Cofondatrice de la société Directmedica, elle a vendu, il y a un peu plus deux ans, une partie des actions de l’entreprise pour concrétiser son rêve. C’est son ami de classe à Harvard, Alain de Mendonça, qui lui avait suggéré Caritas France. Lui-même, avait monté sa propre fondation, « Les Avions du bonheur », sous l’égide de Caritas France.

Très vite, elle est attirée par la proposition. « Tout d’abord, le fait de pouvoir bénéficier des mêmes dispositions fiscales que la Fondation Caritas France me plaisait car je souhaite que mes futurs donateurs puissent bénéficier de cette déduction fiscale. Puis, Caritas apporte une grande aide : la gestion des fonds, le transfert des flux et des dossiers », explique la jeune femme. C’est Marie-Hélène Chenebeau qui s’occupe de la fondation de Sophie lorsque cette dernière travaille.

Ainsi en novembre 2013, Caritas France accueillait son nouveau « bébé », la fondation « Zéphyr ». C’est le vent, c’est le souffle de la vie. « Je voulais réaliser le petit geste qui change une vie. Ce n’est qu’un petit souffle mais il redonne le sourire aux personnes en situation de handicap », explique Sophie.

En étroite collaboration avec différentes associations comme l’association Ricochets, Audition Solidarité, Chiens Guides d’aveugles de Paris et bien sûr le Secours catholique, la fondation « Zéphyr » vient en aide aux personnes démunies souffrant de handicaps qui touchent à l’esthétique et qui ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale. Ainsi, elle a financé des opérations liées à des problèmes de dentition et de vision mais aussi fourni des appareils auditifs aux SDF malentendants, des semelles orthopédiques aux handicapés moteurs et des perruques de haute qualité aux femmes sous chimiothérapie. « Nous avons aussi offert un chien guide d’aveugle à une jeune mère de famille malvoyante. Elle était très contente ! », raconte Sophie. Hormis des projets médicaux, la fondation « Zéphyr » soutien des missions thérapeutiques. En effet, elle a récemment cofinancé un cheval pour une personne en situation de handicap passionnée par les chevaux.

« C’est fabuleux d’aider les autres »

Sophie Kerob a aussi rencontré certaines personnes que sa fondation a aidées. « Un monsieur, à qui nous avons financé une opération dentaire, a tenu un témoignage particulièrement poignant », se souvient Sophie. « Il a avoué qu’il n’osait pas sourire et même sortir de chez lui à cause de ses dents. Il ne voulait pas aller aux entretiens d’embauche. Aujourd’hui, il est heureux, il dit qu’il rigole, même aux mauvaises blagues car il est fier de sourire. »

Pour le moment, Sophie finance seule sa fondation. Plus de 50 personnes peuvent la remercier pour cette générosité. « J’espère d’ici un ou deux ans ouvrir la possibilité d’aider les personnes dans le besoins aux autres », déclare-t-elle. En secret, cette philanthrope dans l’âme rêve que d’autres puissent « se rendre compte qu’avec des petits gestes accessibles, on peut changer la vie des autres ». « Je pense que beaucoup de gens ont cette solidarité en eux mais ils n’ont pas encore eu l’occasion d’y penser. Finalement, c’est vraiment fabuleux d’aider les autres », résume Sophie Kerob.

Pour le moment, la fondatrice souhaite développer sa fondation, créer un site internet et se lancer aussi dans l’humanitaire à l’international. « Le cœur de mon action restera en France, je trouve qu’il y a beaucoup à faire ici », souligne Sophie. Plus qu’un passe-temps philanthropique, la fondation peut devenir une véritable vocation. Encouragée par son expérience, Sophie Kerob, qui est toujours directeur général de sa société, compte se consacrer à temps plein à sa fondation dans les années à venir.

Anna Ashkova

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