Quels souvenirs gardez-vous de votre parcours scolaire ?

Tout cela a été de l’ordre de la torture. Je constate en vieillissant que le temps n’arrange pas les choses. Je suis encore plus agressif avec cette période de ma vie que je ne l’étais il y a quelques années. L’école m’a fait souffrir. Je trouve insupportable d’être enchaîné de la sorte de 6 à 18 ans et que l’on n’ait pas encore trouvé d’autres moyens d’apprendre. La méthode traditionnelle convient peut-être à certains enfants qui ont besoin d’être encadrés, mais pour moi, non, non et non…. Tout est décourageant à l’école. Les livres, les cours, tout… Je ne dis pas que la méthode soit mauvaise, le problème, c’est qu’elle est unique. Je vous parle de ce que j’ai vécu et je ne sais pas si ça a beaucoup changé. Je pense au cours magistral durant lequel on ne fait que gratter des connaissances dont il faut gaver le cerveau. Je trouve ça terrifiant… Qu’y ai-je appris en termes d’initiative, de créativité, d’invention, de relations humaines ? Rien.

L’école n’est pas un lieu d’épanouissement ?

Non. C’est sans doute pour cela que je fais ce métier. Après le bac, j’ai eu envie de gagner ma vie, d’être libre. Que l’on arrête de me dire ce qu’il faut que je fasse… J’aime apprendre, mais pas comme ça.

Quelles seraient les méthodes d’apprentissage idéales ?

Lorsqu’une personne me glisse des choses à l’oreille avec une voix sympathique, ça ne ressort pas de l’autre côté. La transmission orale est essentielle pour apprendre. Les maths, les Lettres, l’Histoire… tout cela peut parvenir à ma mémoire active dont je vais me servir quotidiennement, si l’enseignement se fait dans des espaces en liens avec ce qu’on est entrain d’apprendre. Certains professeurs vont faire visiter des musées, sortent au théâtre… Ce qui m’emmerde aussi, c’est le cloisonnement. Vous allez faire une marche avec des élèves dans la forêt, vous allez pouvoir travailler sur les sciences naturelles, vous allez pouvoir travailler sans doute sur toutes les matières, sur la littérature à partir de chose concrètes.

L’école est coupée de la réalité ?

Exactement. C’est ce que j’ai vécu. Et puis, à l’intérieur de ça, on croise deux ou trois professeurs magiques qui ont compris ça, qui prennent des initiatives.

Qu’attendez-vous de l’école pour votre fille ?

C’est simple, tout le contraire de ce qu’elle m’a enseigné. Ma fille elle a 8 ans, elle est en CE2. Quand je la vois apprendre à faire ses opérations, je me dis : comment lui faire aimer les maths ? De l’attention, de la joie. Elle en a car elle est heureuse d’aller à l’école. Je n’ai pas besoin de lui apporter ça par mensonge. Elle est contente lorsque les vacances se terminent pour retourner à l’école, tout va bien. J’aimerais que l’école lui enseigne l’autonomie, la capacité à faire des bêtises qui ne sont pas graves… (rires), l’enthousiasme, de l’inventivité. Je voudrais que l’école lui donne envie d’apprendre, de découvrir, d’être curieux, de pas avoir honte quand on lèvre la main.

Qu’est-ce qui peut aider un enfant à réussir lorsqu’il est en situation d’échec ?

Avoir la chance d’avoir des parents super doués qui lui redonnent par un autre biais le goût d’apprendre. Des parents qui l’aident à mettre en relation ce qu’il apprend à l’école avec le monde réel, qui trouvent des solutions, qui créent des interactions entre les matières. Il faut avoir les parents pour ça et c’est difficile. Dans le film, je trouve intéressant cet espère de complexe que le personnage de Michel peut avoir vis-à-vis de son fils. Mon père c’était ça. Il arrivait d’un milieu paysan tandis que moi, j’allais jusqu’au bac. Lui n’avait que son « certif » et avait un complexe. Nous avions des discussions auxquelles il ne pouvait pas participer.

L’école devrait-elle être en mesure d’accueillir des adultes ?

Je trouve formidable de mélanger les générations. On ne les mélange plus en famille, parce que ça nous dérange. Il paraît que ça s’est discuté un peu en Académie, je trouve cela formidablement intéressant.

Dans le film, vous sacrifiez votre rôle de père pour avoir le bac. Un objectif de carrière justifie-t-il parfois ce genre de sacrifice ?

J’ai longtemps séparé travail et vie familiale. Pendant longtemps j’ai eu peur d’avoir des enfants. Je pensais que cela serait une entrave à mes projets, à ma liberté. Que cela m’empêcherait de choisir tel film, telle pièce, que ça m’obligeait à assurer le beafteck et être amené à faire des choses que j’aurais pas eu envie de faire. Ne plus arriver à écrire, ou ne plus avoir de temps pour ça, c’est tout.

Eventuellement ne plus jouer certains rôles ?

Oui, c’est ça. Et puis après, on se rend compte que tout ça, ce sont de fausses peurs, de fausses trouilles.

Qu’est-ce qu’un bon père ?

Un bon père, est celui qui vous aime et qui vous le dit. Et qui vous le dit suffisamment fort pour que vous l’entendiez. Sinon, on court après. Lorsque vous avez eu un père qui vous a aimé, mais que vous ne l’avez jamais su parce qu’il n’y a pas eu de preuves suffisamment tangibles, il y a un moment dans vote vie où vous courrez après. J’en sais quelque chose. Les hommes peuvent être très pudiques et fiers de leur pudeur jusqu’à la maladie parfois. Je pense qu’un bon père ne peut pas faire l’économie d’un peu de présence. Etre là, au moins de temps en temps. S’intéresser, suivre l’affaire… il y a plein de sortes de bon père… Ce qui m’a plu chez le mien, c’est qu’il m’a montré le chemin, des repères très précis. C’était un homme d’une honnêteté et d’une droiture absolues et ça marque. Il avait par contre une autorité naturelle qui me faisait peur. J’ai souvent lu l’autorité comme un acte de non amour. Il y a eu des moments où je ne me sentais plus aimé par lui. Simplement, il me faisait une remarque de père, logique, qu’on doit faire lorsque l’on éduque un enfant. J’ai sans doute confondu ça avec « il ne m’aime plus », car à cette époque, il me faisait peur. Je ne suis pas passé par le conflit, ce qui aurait été peut être souhaitable à certains moments. J’étais comme ça. Un père, c’est quelqu’un qui éduque, qui aime et qui le montre. Qui dit les choses parfois de façon forte s’il le faut, mais une fois que la chose est dite, c’est fini.

Le bac vaut-il encore quelque chose aujourd’hui ?

Il vaut parce qu’on vous le demande. C’est une clé pour ouvrir une autre porte après. C’est tout. Ouvrir des portes. En soi, il sert à ça.

Obligerez-vous votre fille à l’avoir ?

Je me pose souvent cette question étant donné mon propre parcours. Tout dépendra vers quoi elle flashera à 13, 14 ou 15 ans. Si elle ne s’adapte pas au système, je ne suis pas sur que je me battrai comme un fou, malgré une société qui exige le bas tous azimuts… je pense qu’il y a encore de la place dans ce monde pour ceux qui veulent passer entre les goûtes. Si elle a des passions qu’elle a envie de développer, je ne vois pas pourquoi. Je ne sais pas jusqu’à quel point je la pousserai. Que peut-on rêver de mieux pour les mômes que les choses qui les alimente au point de mettre tout en œuvre. A 15 ou 16 ans la majorité ne savent pas ce qu’ils veulent faire plus tard. Il y en a aussi qui savent et ça change tout. Même si on dit que c’est bouché. Si l’on écoute autour de nous, tout est bouché. Allons-y, débouchons ! Pour cela, il faut des passions, des mômes qui allument des mèches.

Marie BERNARD

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