FLAVIE FLAMENT
Flavie FLAMENT © Antoine FLAMENT - France Télévisions

Temps de lecture estimé : 6 minutes

«Je suis une fille de la mer et de la campagne, pas du bitume.» Trente ans de carrière derrière elle, et cest avec « Flavie en France » que Flavie Flament a trouvé l’émission qui lui ressemble le plus, «authentique, sans artifice». Chaque semaine, elle part à la rencontre des habitants, du patrimoine et des savoir-faire locaux, loin des paillettes et du prime time, pour raconter une France quon voit rarement à l’écran. Mais lanimatrice ne sarrête pas là. À 51 ans, elle relève un nouveau défi avec le « Quiz des Champions » sur France Télévisions – ce vendredi 27 mars sur France 2 – un jeu «hyper technique» où elle doit gérer candidats, public et règles du jeu complexes. Flavie Flament est aussi engagée : en 2016, missionnée par lex-ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol, elle a contribué à lallongement des délais de prescription pour les viols, de 20 à 30 ans après la majorité. Une carrière ultra-dense qui ne lempêche pas de faire de ses deux enfants sa priorité. Rencontre. 

Que retenez-vous de votre enfance ?

Je n’ai pas eu une enfance très drôle, mais j’ai eu la chance immense d’avoir un grand-père fabuleux, une vraie figure de proue pour moi. Il travaillait dans l’agriculture, et j’ai grandi à la campagne. Chez lui, je me sentais bien, portée par un amour inconditionnel et cette conviction que tout était possible. Le reste n’était pas vraiment un milieu équilibré. Très tôt, vers six ou sept ans, lorsque j’étais confiée aux voisins, j’ai compris que ce que je vivais n’était pas « normal ». Chez eux, ça ne criait pas à table, les enfants semblaient heureux. J’ai commencé à observer ma famille avec lucidité, et je me suis accrochée à mes rêves. Je voulais écrire, raconter des histoires. Je me souviens de ma rentrée au CP, j’étais folle de joie à l’idée d’apprendre à lire ! Lire et écrire, c’est ça aussi la liberté.

L’école, c’est parfois des rencontres qui font la différence. Et une professeure a notamment cru en vous.

J’étais une bonne élève, très littéraire, passionnée par les langues étrangères. En revanche, j’étais nulle en maths et en sciences. Je faisais à peine l’effort et obtenais parfois 0,5 juste pour la présentation ! Avec le recul, je regrette de ne pas avoir été plus ouverte à ces matières. Mais j’avais déjà cette intuition que j’avancerais par le plaisir, en me consacrant à ce qui me passionnait vraiment. Et puis il y a eu des rencontres déterminantes, comme Madame Bouteiler, ma professeure de français. Elle a cru en moi très tôt. J’ai retrouvé un ancien bulletin où elle soulignait mon sérieux, ma patience et mon tempérament. Elle avait perçu quelque chose et m’a donné confiance. Quand j’ai publié mon premier livre, elle est même venue à ma séance de dédicace. Elle savait, peut-être avant moi, que j’avais quelque chose à raconter.

Parmi toutes les émissions que vous avez faites, lesquelles sortent du lot, et laquelle a été plus difficile ?

Certaines restent vraiment marquantes : « Stars à domicile », « Vis ma vie », « Exclusif » avec Frédéric Joly, « Flavie en France » ou encore « Sagas », où je voyageais beaucoup. Chacune m’a apporté quelque chose.

En revanche, « Télématin » a été particulièrement difficile. Cette émission vous prend entièrement. Un rythme infernal pendant un an, avec trois heures de matinale chaque jour. C’était une expérience qui envahissait toute ma vie, encore plus prenante que le théâtre. J’ai adoré travailler avec Julien Arnaud et les chroniqueurs, mais au bout d’un mois, j’ai su que je ne pourrais pas continuer. Les horaires compliqués et l’esprit constamment occupé m’ont volé du temps avec ceux que j’aime. Moi, j’ai besoin de liberté, ce qui n’était pas possible dans cette émission.

« Flavie en France », n’est-ce pas l’émission qui vous ressemble le plus ?

Oui, « Flavie en France » me ressemble profondément. Je suis une fille de la mer et de la campagne, pas du bitume. Cette émission est authentique, sans artifice. Après 30 ans de carrière, je n’ai plus rien à prouver. Je donne simplement, et je crois que ça se ressent. Pas besoin de prime time ni de surexposition. Ce qui compte, ce sont les gens que je rencontre, de tous horizons, tous fascinants.

Chaque semaine, je pars vers une nouvelle destination. C’est ça, la télé de service public : aller à la rencontre de ceux qui la font et la paient, et mettre en valeur les régions de France. C’est une émission nomade, loin des réseaux sociaux, où les liens se créent vraiment, entre habitants et avec nous. On parle de patrimoine, d’histoire, d’artisanat, de savoir-faire culinaires… tout ce qui fait la richesse humaine, culturelle et gastronomique de la France. Les gens sont fiers de montrer leur ville ou leur région. Nous mettons souvent en avant les villes moyennes, moins connues, où il existe certes des difficultés, mais aussi beaucoup d’initiatives et d’énergie.

Et le « Quiz des Champions », que vous présentez, c’est un nouveau rôle pour vous ?

Flavie Flament
© Christophe LARTIGE – France Télévisions

Oui, le « Quiz des champions » est un vrai défi pour moi. À 51 ans, se voir proposer un jeu télé, c’est excitant mais totalement nouveau. Je n’avais pas présenté de prime depuis quinze ans, et là, j’ai l’impression de tout reprendre depuis zéro : apprendre, répéter, comprendre un format ultra-technique. Il faut gérer le plateau, les candidats, le public, les règles du jeu, l’habillage visuel et sonore… mon cerveau est connecté à tout en même temps. Il faut parler à la bonne vitesse, gérer la tension, rester concentrée et écouter l’oreillette… c’est hallucinant, inédit, et un vrai travail de technicien.

Le concept ? Les plus grands champions de jeux télé s’affrontent dans un quiz de culture générale. Chaque manche a ses propres règles. Les candidats sont évidemment d’un très bon niveau. Nous avons même battu des records, dont notamment plus de 88 réponses correctes d’affilée lors d’une épreuve de mort subite !

Comment avez-vous réussi à concilier votre carrière dense avec l’éducation de vos enfants ?

Mes enfants ont toujours été ma priorité, et ils le savent. Dès mes débuts à la télévision, je ne travaillais pas le mercredi pour être avec mon aîné, Antoine. J’ai toujours organisé ma vie autour d’eux : les emmener à l’école, leur préparer à manger, être présente, même en rentrant tard. Je ne prétends pas avoir été une maman parfaite, mais j’étais là.

Aujourd’hui, ils ont chacun leur vie et leur appartement. Antoine garde forcément plus de souvenirs de cette période, et je ne sais pas s’il a déjà pu profiter de vacances sans photographes autour de nous. Mais je les ai toujours protégés. Mon plus jeune, Enzo, a grandi différemment. Il a 22 ans et j’ai quitté TF1 il y a 16 ans, il était donc encore petit. Être mère reste mon rôle préféré !

En 2016, vous révélez dans un livre choc, La Consolation, le viol que vous avez subi à 13 ans. Cela n’a pas été facile d’en parler avec vos enfants ?

Il était important pour moi qu’ils connaissent mon histoire. Ce combat reste le mien, pas le leur, même s’ils ont toujours été présents et soutenants. Ils m’ont vue avancer, travailler, les élever seule, et je crois que cela a forgé leur regard. Je suis fière des hommes qu’ils sont devenus. Au fond, mon histoire dépasse mon cas personnel, elle concerne toutes les femmes.

Vous avez ensuite été missionnée par la ministre Laurence Rossignol sur le viol et les délais de prescription.

Après la sortie de La Consolation, j’ai été missionnée par Laurence Rossignol pour travailler sur les délais de prescription. Mon livre est arrivé juste avant l’affaire Weinstein et #MeToo ; il a contribué à libérer la parole en France. Derrière, il y a eu des avancées concrètes. Nous avons œuvré pour faire passer la loi, avec l’allongement du délai de prescription de 20 à 30 ans après la majorité.

Mais soyons honnêtes, on est encore loin du compte. Les progrès restent limités, et les mentalités comme les institutions évoluent lentement. J’ai mené cette mission pendant trois ans, puis j’ai arrêté car j’estimais avoir fait ma part. Aujourd’hui, des femmes me remercient encore. Ce qui compte pour moi, c’est d’avoir agi concrètement, sans transformer cela en combat permanent ni en « business », et surtout de préserver l’essentiel, ma vie et mes enfants.

Et pour l’avenir, à quels projets ou passions souhaitez-vous consacrer plus de temps ?

Aujourd’hui, j’ai envie de me consacrer à des projets qui ont du sens. J’écris mon cinquième livre, prévu pour début d’année prochaine, autour de thématiques importantes liées à la vie des femmes. J’aimerais qu’il puisse, à sa manière, faire bouger les lignes. Je pense aussi à des documentaires sur des sujets essentiels.

Bien sûr, je souhaite poursuivre « Flavie en France », et développer ma passion pour l’art, comme la restauration de tableaux ou le travail à la feuille d’or. J’ai découvert cet univers au Louvre, dans des ateliers hors du temps, et cela a été une véritable révélation.

J’ai besoin d’alterner entre des moments très sociaux et d’autres plus solitaires. La contemplation m’est essentielle. C’est là que naissent mes idées, mes envies et mes projets. J’aspire à une vie plus tournée vers l’art, le calme et la création.

Propos recueillis par Geoffrey Wetzel et Jean-Baptiste Leprince

À retrouver, l’intégralité du Grand entretien avec Flavie Flament, dans le n°104 de Parenthèse

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