Psychologie parler de ses émotions pour mieux les gérer

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La gestion des émotions primaires est souvent un aspect sous-estimé de notre construction personnelle. Adulte, parce que nous avons peur d’être jugés ou simplement parce que les interactions sociales sont pour la plupart aseptisées, manifester ses sentiments est souvent considéré comme une faiblesse. Nous préférons alors les taire pour agir sur ce qui nous semble plus prioritaire : prendre des décisions que l’on considère comme rationnelles en étouffant nos petites voix intérieures.
Enfant, cela n’est pas simple non plus de communiquer sur ce que nous ressentons. Car nous sommes souvent l’objet de railleries quand nous le faisons. Montrer son dégoût, sa surprise, sa peur, sa colère, sa tristesse c’est naturellement s’exposer. Et trop souvent nos pairs nous culpabilisent lorsque nous montrons nos émotions. On se moque de ceux qui ont peur pour se montrer plus forts qu’eux. Et les expressions de la colère ou la tristesse sont souvent mal canalisées tant elles nous renvoient à des sentiments que nous avons du mal à traiter nous-mêmes. En ce sens, la colère est souvent vécue comme quelque chose de négatif. Et la tristesse est associée à un manque de recul ou à une manifestation égoïste de notre personne. Combien de fois avez-vous pu entendre « ne sois pas triste, d’autres sont bien plus tristes que toi et ont surtout de «vraies» raisons de l’être » ? La peur, la tristesse voire l’ensemble des sentiments mal vécus à l’enfance et à l’adolescence continuent d’agir à l’âge adulte parce qu’ils demeurent intériorisés. Souvent, il nous arrive même de considérer nos émotions comme des obstacles ou des faiblesses à gérer, dompter, maîtriser. Pourtant l’émotion joue un rôle moteur dans notre prise de décision. L’identification de ces émotions, leur compréhension, leur régulation et leur utilisation sont des facultés que l’on doit développer et que l’on résume sous les termes d’intelligence émotionnelle. De bonnes compétences émotionnelles favorisent ainsi la qualité des relations sociales. Le raisonnement que nous vous proposons dans cet article est d’analyser vos sentiments pour pouvoir mieux en parler avec vos enfants et confronter votre gestion émotionnelle pour mieux les aider à un âge où tout est plus intense.

L’émotion refoulée peut aussi ressortir par des réactions excessives, des colères, des énervements.

Du refoulement à l’accueil de l’émotion

L’émotion est une réponse à un événement externe, déclenchée par nos pensées, nos souvenirs, nos soucis. Ce n’est pas l’émotion qui représente un obstacle mais notre incapacité à la maîtriser. Parce qu’une émotion n’est en soi ni bonne ni mauvaise, c’est sur la façon de la traiter que nous devons agir. C’est effectivement la façon d’accueillir et de traiter l’émotion qui peut engendrer de la souffrance.
Le refoulement est presque un réflexe dans certains cas extrêmes. Quand nous sommes blessés, nous essayons pour nous protéger, de contrôler, de refouler nos émotions, voire même pour certaines personnes de ne plus rien ressentir en enfouissant un maximum ce que l’on ressent. Tel est le cas lors d’événements graves : le décès, la maladie, le divorce, une agression, une dispute violente… Le risque est qu’à long terme, ce refoulement peut se transformer en morosité permanente. L’émotion refoulée peut aussi ressortir par des réactions excessives, des colères, des énervements. Même à ce stade, la manifestation de ces émotions n’est rien d’autre qu’un moyen de nous transmettre à nous même un message important : celui de la nécessité d’un changement.
Pour adopter une autre démarche, nous vous invitons d’abord à entamer une démarche d’identification de vos sentiments. Pour les identifier, cela exige de vous un travail d’analyse qui doit être rigoureux. D’ailleurs nous vous invitons à lister ces souvenirs pour deux raisons : d’un point de vue méthodologique, vous pourrez mieux revenir sur votre registre d’émotions grâce à un carnet. Et ensuite, écrire sur ses émotions est une façon de mieux les vivre et est scientifiquement considéré comme un moyen de les atténuer. Dit autrement, écrire nous décharge affectivement.
Dans un premier temps, observez donc les façons dont se manifestent les différentes émotions que vous vivez… Identifiez ensuite en quoi ces manifestations diffèrent de celles de vos proches, de vos enfants. Une fois cette étape franchie, pensez également à identifier les déclencheurs externes à chaque type d’émotion. S’il s’agit d’une excellente façon de se connaître, cette analyse méthodique vous apportera une première prise de recul nécessaire à l’acceptation des émotions.

Savoir identifier ses émotions et les comprendre

Prenez conscience que certaines personnes souffrent de ne pas savoir distinguer leurs émotions. Sans cette distinction, la gestion des émotions devient vite anxiogène. Il est essentiel de savoir identifier ce que l’on ressent sous peine de subir une angoisse qui peut alors se manifester sous forme de palpitation, d’une transpiration soudaine et d’une envie de fuir la situation.
Identifier ses émotions permet aussi de mieux communiquer avec les autres.
Les émotions vont également exercer une influence sur nos interactions sociales. Comprendre ses émotions passe par un jeu de miroir où l’on interprète mieux celle des autres. Les émotions que nous ressentons vont donc nous servir de guides, de repères dans notre vie et dans nos interactions sociales. Une fois les émotions identifiées, il s’agit d’en comprendre les causes et les conséquences.
Dites-vous qu’un besoin déclenche une émotion. Dans l’interaction parent-enfant, le bébé va exprimer une émotion telle que la colère ou la tristesse parce qu’il a faim. Le parent va y répondre. Manger, être en sécurité, recevoir de l’amour sont autant de besoins qui doivent être satisfaits… Les émotions s’articulent et prennent naissance donc dans des besoins qui sont ou ne sont pas satisfaits. Ainsi comprendre le sens de nos émotions, c’est évaluer ses besoins et dans quelle mesure ils sont satisfaits. Ressentir les émotions va permettre de s’informer sur ce qui est important pour nous. Ressentir de la joie est ainsi synonyme d’une réponse positive par rapport à un besoin. Et la réciproque fonctionne. Comprendre ses émotions, c’est donc comprendre sa relation au monde.

Gérer les émotions de son adolescent

L’adolescence demeure une période pendant laquelle de fortes émotions sont suscitées par la puberté, mais aussi par le besoin de liberté qu’éprouve l’adolescent. En recherche de liberté/sécurité, l’adolescence est l’âge où votre enfant expérimente. Une émotion importante à prendre en compte est donc celle de la peur du changement. Mais échanger avec votre enfant relève de la gageure. Car dire et mettre des émotions est une réelle difficulté pour votre enfant qui préférera s’enfermer dans des réponses du type « je ne sais pas »… Dit autrement, votre enfant est tellement submergé d’émotions que cet état en devient indicible. Il n’ose s’exprimer car il ne sait pas comment s’exprimer. Il attend alors de ses parents un miracle de compréhension, que l’ensemble de ses non-dits, de ses regards, de son langage non verbal puissent être compris… Selon lui, puisque vous l’aimez, vous devez le comprendre naturellement, vous qui avez toujours réussi à répondre à ses besoins lorsqu’il était plus jeune. Face à cette montagne d’émotions, il importe de ne pas réagir avec la même intensité. Il faut au contraire faire retomber la tension pour pouvoir mettre des mots à la place des larmes et des cris. Là est le plus important : mettre des idées sur ses émotions pour mieux apprendre à parler d’elles.

Geoffroy Framery

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