Des humeurs incorruptibles

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A l’occasion de la sortie du livre de Thierry Haag, enseignant chercheur en école de commerce et spécialiste de psychologie organisationnelle, qui porte sur les dangers de la contagion émotionnelle, Parenthèse vous propose un éclairage sur ce concept qui, bien appréhendé, permet de mieux accueillir ses émotions.

La contagion émotionnelle n’est ni l’empathie, ni une réaction qui la « déclenche ». Il s’agit en revanche d’un réflexe qui nous touche d’abord bébé puis à chaque étape de notre développement, et qui peut prendre des proportions insoupçonnées à chacune de nos interactions sociales. Dans son ouvrage, La contagion émotionnelle, Thierry Haag fait allusions à deux moments, deux exemples de contagion émotionnelle. En premier lieu, les attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait le bonheur des psychologues et thérapeutes new-yorkais quant aux sentiments de panique et de terreur qu’ils peuvent encore remémorer, comme l’évoque Thierry Haag. En second lieu, la diffusion en France d’une première émission de téléréalité : Loft Story. Ces deux événements permettent de comprendre comment collectivement se joue la contagion émotionnelle. Elle peut être collective comme l’illustrent tragiquement les attentats. Et il s’agit de quelque chose de tout à fait spontané et inconscient comme le montre la loupe sociale que fut le Loft.

L’humeur des autres, contagieuse comme un rhume ? Autrement dit, l’humeur des autres s’attraperait aussi facilement qu’un bon rhume. Cette facilité à s’emparer des émotions d’autrui se constituerait de deux phases. La première serait inconsciente. Par mimétisme, nous serions amenés à copier les comportements d’autrui. C’est ce qu’explique le psychologue américain Daniel Goleman, spécialiste en intelligence émotionnelle et relationnelle. Dans son ouvrage Cultiver l’intelligence relationnelle, le spécialiste des comportements humains estime qu’à chaque interaction humaine correspond « un sous-texte émotionnel ». En d’autres termes, une contagion émotionnelle inconsciente s’installe à chaque fois que nous entrons en contact avec quelqu’un. La personne A agit sur l’humeur de la personne B et inversement. Et ce, qu’il s’agisse d’une émotion négative comme positive.

Dans les faits, lorsque quelqu’un transmet ses émotions toxiques, de type explosion de colère, menaces, insultes, dédain ou dégoût… cette personne active les circuits similaires de ces mêmes émotions chez l’autre. Dit autrement, si vous êtes entrés dans une ire irascible, il y a de fortes chances que votre interlocuteur ne joue pas la carte de la diplomatie. « Nous «attrapons» les émotions fortes comme nous attrapons un virus, ce qui nous donne l’équivalent émotionnel d’un bon rhume », écrit Daniel Goleman.

Le collectif plus fort que l’individu ?

Ce phénomène est bien connu de la psychologie des foules et la psychologie de l’enfant. En ce sens, les nourrissons répondent aux pleurs d’un autre bébé par des pleurs… À ce moment, la contagion émotionnelle se caractérise par une forme d’indifférenciation entre le bébé et autrui. Il en est de même pour la contagion de foule. Les bases de cette différenciation ne sont pas encore suffisamment établies. Nous assistons à une forme d’abolition momentanée de la distinction des moi individuels confondus en un moi collectif…

Par ailleurs, il en serait également de même avec des émotions moins intenses. Un froncement de sourcils, des bras croisés, un sourire, un timbre de voix, une façon de regarder… Le moindre « déclencheur d’humeur », que nous ne remarquons souvent pas, est traité par une partie du cerveau qui s’appelle l’amygdale. Or, cette partie du cerveau agirait de façon subliminale et inconsciente, comme un réflexe. C’est ce qui explique la reproduction du sentiment dans la contagion émotionnelle. Mais cette partie de notre cerveau est comme handicapée, comme muette. Au lieu d’alerter l’aire verbale, l’amygdale nous pousse à reproduire l’émotion. Cette reproduction est un mécanisme essentiel de la contagion émotionnelle.

Renverser la vapeur par une émotion positive

Bonne nouvelle, cette contagion est également effective pour les émotions positives. Des personnes avenantes, souriantes et chaleureuses nous font nous sentir bien même quand nous sommes au départ tristes. Ce phénomène de contagion émotionnelle, vous commencez donc à comprendre comment l’utiliser à bon escient en tant que parent… D’autant, et nous nous répétons, qu’une personne agréable peut renverser la vapeur.

Geoffroy Framery

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