L’économie sociale et solidaire évolue. Les associations innovent. Des ponts se créent entre bénévoles, entreprises et écosystèmes innovants pour répondre à des enjeux auxquels les pouvoirs publics restent parfois sans réponse.

Parce qu’elles ne sont souvent pas aussi médiatisées qu’elles ne le mériteraient, les associations sont toujours mal connues en France quant à leur valeur socio-économique, et à leur plus-value sociétale notamment dans l’action sociale accomplie sur les chantiers de l’éducation, de la pauvreté, du chômage ou encore de l’insertion. Ce faisant, le milieu associatif et en particulier, les associations ayant le statut d’utilité publique apportent incontestablement une énergie et des réponses que ne peuvent mobiliser ni l’État, ni les collectivités, ni même les entreprises.

Une action mal valorisée ?

Alors que le service national universel s’annonce comme une énième usine à gaz pour mobiliser la jeunesse sur des sujets citoyens, le secteur associatif continue d’étonner par son dynamisme malgré des moyens parfois restreints et des dynamiques qui lui sont propres. Selon le Livre blanc de l’innovation dans le milieu associatif, le secteur représente aujourd’hui 1,3 million d’associations actives dans notre seul Hexagone avec 68 000 nouvelles créations chaque année, sachant que 70 % des associations fonctionnent avec un budget inférieur à 10 000 euros, que seuls 9 % atteignent et dépassent le seuil des 50 000 euros en budget de fonctionnement, et que seul un quart des associations possèdent un budget supérieur à 250 000 euros. C’est dire si la scène associative est un écosystème polarisé et ultra-segmenté. Malgré cette hétérogénéité de fait, le secteur demeure un acteur socio-économique de prime importance. Valorisé économiquement, le bénévolat en France représenterait alors la coquette somme de 40 milliards d’euros. Les marottes des associations sont bien connues. L’action sociale est le premier secteur en termes d’emplois et de budgets. En nombre ce sont bien évidemment les associations chargées d’un sport ou de promouvoir la culture et/ou les loisirs qui sont les plus nombreuses. Notons toutefois que le secteur de l’environnement est très prisé des nouvelles associations et enregistre une croissance importante des structures de loi 1901. Ces faits et tendances ne reflètent cependant que trop peu l’innovation qui a lieu au sein du milieu associatif.

Un écosystème qui se structure pour mieux intégrer l’innovation
Les pouvoirs publics ont d’ailleurs bien saisi le manque à combler. Un programme d’accompagnement a ainsi été lancé au début de l’année 2018 pour mettre en place, comme pour les start-up, un accélérateur d’innovations sociales. Ce programme ambitionne d’être une interface entre le hub ESS, l’accompagnement aux financements et tours de tables, la labellisation de l’innovation, son sourcing. En parallèle, la plateforme OpenAsso a été lancée au mois de juin. Dédiée à la vie associative, cette nouvelle plateforme entend mettre en place une communauté d’échange et de partage des connaissances. L’objectif est simple. Avec de grands noms du milieu associatif et à l’initiative d’Assoconnect, de Solidatech et de Recherches et Solidarité, la plateforme souhaite regrouper le plus d’associations possible grâce à la bannière de grands noms prêts à soutenir les plus modestes avec leur savoir-faire spécifique parmi lesquels nous pouvons recenser Tous Bénévoles, Relations d’Utilité Publique, La ligue de l’enseignement avec ses 30 000 associations, Animafac, Le Mouvement Associatif ainsi qu’une batterie d’experts dont Fidal (premier cabinet d’affaires en France), Accointance (conseil et formation en financements associatifs), Samson Conseil & Formation, DigitESS, l’association française des fundraisers (donateurs en français), Carenews… Ainsi la présence des plus grands acteurs associatifs permet-elle de proposer les services de façon gratuite. Les ateliers, formations et partages d’expérience concerneront des thèmes divers comme les ressources humaines, le numérique, le juridique, la communication, la comptabilité, les ressources humaines. De quoi professionnaliser encore un peu plus et moderniser notre appareil associatif.
Au-delà de la structuration du monde associatif et de la volonté des pouvoirs publics d’accélérer l’innovation associative et sociétale, certaines associations concilient chantiers socio-économiques et innovation avec un entrain et une réussite qui n’ont rien à envier à la French Tech.
Toutefois, l’innovation dans le milieu associatif est peu mise à l’honneur. L’occasion dans cet article d’évoquer le prix Atout Soleil en partenariat avec GPMA qui depuis 2007 source et sélectionne selon une grille de critères exigeants, tels que l’originalité, l’adéquation avec le thème annuel du prix, l’essaimage, le respect d’un budget, la capacité à mobiliser et à s’inscrire dans la durée. Fin juin se tenait dans la même veine le premier grand festival de l’innovation sociale organisé par la Croix-Rouge, « Tous Engagés ». En région parisienne, étudiants, entrepreneurs sociaux, élus mais aussi chercheurs et citoyens se sont réunis le temps d’une quarantaine de conférences et débats dans un « village » de projets innovants où avaient lieu hackathon, concerts et de nombreux partages d’idées et de discours inspirants avec les participations entre autres de Nicolas Hulot et de l’économiste Nicolas Bouzou pour penser l’engagement de demain. Plus que de festival, il s’agit pour la Croix Rouge, cet acteur vieux de 150 ans, de prouver son agilité en sourçant des projets et des acteurs avec un programme d’intrapreneuriat et un excubateur pour aller dénicher, dans les grandes entreprises, des projets dans le domaine de l’innovation sociale. Des ponts nouveaux se réalisent donc entre milieu associatif, entreprises et acteurs de l’innovation.

Concrétisations associatives et start-up du bien commun

Outre ces initiatives, revenons sur quelques exemples inspirants pour le monde associatif, les entreprises voire les pouvoirs publics tant leur impact est manifeste. Premier exemple avec Signes de Sens. Suite au constat d’un manque d’adaptation de l’offre culturelle au public sourd et malentendant, naquit l’association Signes de Sens en 2003. Grâce à l’emploi d’outils numériques innovants, l’association permet de démocratiser son concept de pédagogie visuelle. L’engouement est tel que musées, lieux de culture et entreprises adoptent les concepts développés par l’association. Aujourd’hui, l’association a élargi son cœur de métier vers des outils traitant plus largement des problématiques d’accessibilité avec une idée phare en tête, celle de donner vie à des produits de conception universelle, entendez des supports accessibles à tous, ludiques et porteurs de sens.
L’association Cover-Dressing n’est pas non plus en reste en termes de proposition de valeur. Grâce au développement de son label « Bien à porter » présent sur de nombreuses collections de prêt-à-porter, Cover-Dressing répond à l’obstacle vécu par deux millions de Français qui éprouvent des difficultés à s’habiller en raison de leur handicap. Une association qui permet donc de redonner dignité à des personnes en situation de mobilité réduite ayant accès, dans les mêmes boutiques et au même prix que les valides, à des articles facilement repérables grâce à ce label.

Last but not least, et preuve que l’économie sociale et solidaire crée des émules hors du milieu associatif, la start-up Wheeliz augure de belles promesses pour les personnes handicapées sur le sujet de la mobilité. Lancée en 2014, Wheeliz est le Blablacar pour la location de voitures aménagées pour les personnes en fauteuil. D’un côté vous trouvez donc des personnes qui sont détentrices d’un véhicule adapté et coûteux, qui est très peu utilisé. Pour rationaliser ce bien, la plateforme met donc en relation ces propriétaires avec des personnes en fauteuil qui souhaitent pouvoir disposer en location courte durée de ce type de véhicule pour tout type de mobilité. La solution, déjà internationale espère répondre aux problèmes de déplacement que vivent quotidiennement 400 000 personnes en fauteuil et 1,2 million de personnes âgées en perte de mobilité. Le site fédère aujourd’hui 4 000 utilisateurs avec près de 2 000 locations par mois pour un parc estimé à 500 voitures. Une solution qui fait croire à un avenir plus radieux sur tous les champs de l’action sociale, solidaire et environnementale.

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