Dans les coulisses de L’Œuvre d’Orient

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«En dépit des épreuves et des dangers, ils [les chrétiens d’Orient] ont montré avec courage qu’ils appartiennent au Christ (…) Nous voulons aujourd’hui avoir une pensée pour eux, nous rapprocher d’eux et leur montrer notre affection, leur dédier nos prières et même partager nos larmes»,

Pape François (discours prononcé le 26 décembre, à l’occasion de la Saint Etienne, premier martyr de la chrétienté).

L’Œuvre d’Orient est une association d’assistance et de bienfaisance régie par la loi  1901. L’association est placée sous la protection de l’Archevêché de Paris, présidée par le Vice-amiral Pierre Sabatié-Garat et dirigée par le Monseigneur Pascal Gollnisch. C’est en 1856 que l’association a vu le jour. A l’époque, elle s’appelait « L’Œuvre des Ecoles d’Orient » et était donc destinée à venir en aide aux enfants du Liban. Ses créateurs, regroupés autour du Baron Cauchy, célèbre mathématicien, sont tous des laïcs ou professeurs en Sorbonne, comme le co-fondateur de l’association : Charles Lenormant.

Baron Augustin Cauchy Fondateur de l’Œuvre d’Orient en 1856, vice- président jusqu’à sa disparition en 1857. Célèbre mathématicien, membre de l’Institut.

Par le Traité de Paris en 1856, qui met fin à la guerre de Crimée, L’Œuvre des Ecoles d’Orient est reconnue dans ses droits de protectrice des chrétiens de l’Empire ottoman. Au même moment, les pays arabes, influencés par les idées de la révolution française selon lesquelles il ne saurait y avoir de liberté sans instruction, remettent en cause l’autorité des turcs. Rapidement, en 1958 l’association est reconnue Œuvre d’Eglise par le bienheureux Pape Pie IX. Elle voit donc son champ d’action s’élargir et change alors son nom pour devenir L’Œuvre d’Orient. L’abbé Charles Martial Lavigerie devient aussi le premier directeur de l’association. C’est lui, qui en 1860 réagira au massacre des chrétiens par les Druzes [qui a d’ailleurs soulevé une émotion considérable dans l’Hexagoen NDRL]. Il  recommandera d’ouvrir hôpitaux et dispensaires sur place et remerciera également Abd El-Kader d’avoir protégé les chrétiens à Damas. Pendant ce temps, en Orient se prépare la fin de l’Empire ottoman, les nationalismes exacerbés se retournent contre les chrétiens, représentant 20% de la population en 1914. Avec la fin des Empires, une situation nouvelle chamboule le décor géopolitique. Le Proche-Orient est placé sous mandat, certaines revendications ethniques étant reconnues, comme celles par exemple des Charles Lenormant Libanais, tandis que d’autres ne le sont pas comme celles des Assyro-chaldéens, malgré les promesses britanniques. L’Œuvre d’Orient s’adapte alors aux grandes évolutions. Elle voit la fin des chrétiens de Turquie et s’ouvre à ceux d’Europe centrale et d’Inde. Après la Seconde Guerre mondiale, l’hémorragie des chrétiens continue,  alors qu’un peu partout en Orient s’établissent des régimes dictatoriaux. Aujourd’hui, une évolution démocratique s’esquisse en certains endroits, tandis que des courants musulmans se radicalisent. L’association soutient exclusivement l’action des évêques, des prêtres d’une douzaine d’églises orientales et plus de 60 congrégations religieuses présentes sur le terrain. Tous se retrouvent parfois avec une absence de moyens dramatique. Pourtant, ils continuent de servir, avec l’amour de Dieu, les populations, quelle que soit leur appartenance religieuse. Souvent pris entre deux feux, les chrétiens ont l’espoir qu’au-delà d’un statut de protection, leur citoyenneté soit pleinement reconnue. L’Œuvre d’Orient est attentive à ces mouvements et continue d’exprimer la communion des chrétiens de France avec les chrétiens d’Orient. Au vue de l’actualité – crise en Irak et en Syrie – l’association redouble d’avantage d’efforts pour venir en aide à ce qui en ont tant besoin en ce moment difficile. Depuis  plus de 160 ans, l’Œuvre d’Orient se concentre sur trois missions : l’éducation, les soins et l’évangélisation (dans 23 pays, notamment au Moyen-Orient).

L’Œuvre d’Orient vu de l’intérieur

Lorsque vous pénétrer dans le siège de l’association, vous avez une agréable surprise. Dès l’entrée, à votre droite, se situe une petite chapelle, joliment décorée d’icônes et de croix.  C’est ici, que tous les jeudi, les employés d’Œuvre d’Orient se retrouvent pour une messe hebdomadaire, célébrée par le Mgr Gollnisch. Mais c’est aussi un endroit de recueillement pour les visiteurs. « Chaque semaine, nous recevons des évêques étrangers, des prêtres ou des religieuses », explique Catherine Baumont, responsable du pôle de Communication de l’association. Ces visites sont aussi dues aux demandes d’aide que reçoit l’organisme. Elles viennent « des évêques présents sur le terrain, des prêtres et des institutions religieuses », précise Catherine Baumont. Ces projets doivent être validés par le supérieur de la congrégation, soit par l’évêque lorsque la demande vient d’un membre du clergé. C’est au sein des locaux de l’association que la magie s’opère par la suite. Les projets sont d’abord présentés au pré-bureau où la majeure partie des décisions sont faites. Les projets validés sont alors soumis à la décision du bureau d’allocations. Tous les deux mois, se réunissent alors le directeur générale, le président du Conseil d’administration et d’autres membre du Conseil d’administration, le directeur administratif et financier pour examiner les projets et décider si le financement aura lieu. « Si nous refusons certains dossiers, c’est parce qu’ils ne rentrent pas dans le cadre de nos mission ou que la somme demandée est trop importante », explique Magalie, responsable du service Projets.  « Toutes les demandes sont étudiées de près », ajoute-t-elle. Une fois par an, les bénéficiaires de cette aide doivent faire le compte rendu sur l’utilisation de l’argent envoyé par L’Œuvre d’Orient, et sur l’avancée du projet financé. « Quand le projet est trop important financièrement, nous pouvons le faire avec d’autres associations, notamment internationales que nous rencontrons une fois par an, lors de la Réunion des œuvres d’aides aux Églises orientales (Roaco) », indique Catherine Baumont.

Outre les différents projets, l’association verse des aides annuelles pour le bon fonctionnement des communautés et des archevêchés. « Parfois, ils n’ont aucune aide que cet argent-là. Les gens sur place savent donc qu’ils peuvent compter dessus », précise Catherine Baumont. Cet argent peut être utilisé pour différentes causes : scolarité d’enfants, réparations des immeubles, factures, salaires des enseignant.

Aider les étudiants qui en veulent

Les projets financés par L’Œuvre d’Orient ne sont pas suivis que sur le papier. Les bénévoles de l’association, ainsi que des salariés se rendent régulièrement sur le terrain pour voir de leurs propres yeux ce dont les communautés religieuses, des pays qu’ils soutiennent, ont besoin, et comment les projets avancent. « Tout d’un coup, ça prend toute sa dimension. On ne voit plus les choses sous le même angle. Ce n’est plus une demande d’argent. On voit tout le bénéfice que ça peut apporter », explique Catherine Baumont. Récemment, elle s’est rendue en Irak où elle a rencontré l’archevêque de Kirkouk, Mgr Yousif Mirkis. En 2015, il a demandé L’Œuvre d’Orient de l’aider à financer les études des étudiants chrétiens d’Irak. Pour cela, il a obtenu le soutien officiel des évêques français qui mobilisent actuellement toutes leurs paroisses. Devant l’avancée de Daech en Irak, 150 000 personnes ont dû fuir la région de Mossoul et la Vallée du Ninive pour rejoindre Erbil et le Kurdistan. Parmi ces réfugiés, il y a beaucoup d’étudiants chaldéens arabophones mais ils ne peuvent pas étudier dans les universités à Erbil, où les cours sont dispensés en langue kurde, qu’ils ne connaissent pas. En 2015, les jeunes ont donc été transférés à la faculté de Kirkouk pour pouvoir poursuivre leurs études. Mais leurs familles n’ont pas d’argent pour payer les frais de l’éducation. Grâce au projet de Mrg Mirkis, ces étudiants sont hébergés, nourris et ont accès à tous ce dont ils ont besoin pour étudier. « Cette année, il y a 680 étudiants à Kirkouk. Ils sont chrétiens, yézidis, musulmans. Il faut savoir qu’un étudiant a besoin de 3 000 euros par an pour pouvoir étudier », précise Catherine Baumont. « J’ai rencontré ces jeunes. Ils sont vraiment les forces vivre du pays. Ce sont des futurs médecins, infirmiers, ingénieurs, scientifiques, informaticiens. Parfois, leurs familles sont parties mais eux, ils ont décidé de rester. C’est un bon signe, c’est pour ça que c’est important de les aider », ajoute-t-elle.

Si vous voulez les soutenir, un simple clic suffit. Vous pouvez choisir le projet sur la page web de l’association, dédiée aux dons. « Au cas où votre enfant souhaite casser sa petite tirelire pour faire un don, c’est le nom des parents qui sera enregistré en tant que donateurs », précise Dany Dagher, responsable service Donateurs, ajoutant que ce n’est pas pour autant, que l’enfant ne recevra pas la lettre de remerciement à son nom de la part du Mrg Gollnisch. Le 15 décembre 2016, L’Œuvre d’Orient a reçu le label « Don en confiance ». Ce label, remis par le « Comité de la Charte  », est une garantie de transparence de la part des associations, et un gage de confiance pour les donateurs.

L’utilité et l’humain avant tout

En outre l’aide des donateurs, l’association s’appuie aussi sur la bonne volonté des bénévoles. « Nous avons un réseaux de délégués correspondants en province, ils sont chargés des relations avec leurs diocèses pour nous aider à faire connaitre les chrétiens d’Orient, à organiser des événements en France. Nous avons aussi des bénévoles au siège. Par exemple, une femme s’occupe de la bibliothèque et des archives, d’autres personnes sont chargées de missions et vont sur le terrain à l’étranger, il y aussi ceux qui sont chargés de développer les relations avec les institutions françaises pour obtenir des financements (les Conseils régionaux, les Conseil généraux,  les grandes mairies) », énumère Catherine Baumont. «  Nous avons aussi un petit service pour l’accueil et l’aide aux réfugiés. Il s’agit d’un service de coordination. Il a été créé suite aux événements qui se déroulent en Irak et en Syrie », explique-t-elle. L’association assure aussi des cours de français pour une quarantaine de personnes.

Tous ceux qui œuvrent au sein de L’Œuvre d’Orient mettent en avant surtout le côté humain de leurs missions. Magalie travaille dans l’association depuis 20 ans, au début, elle faisait partie de l’équipe du service Donateurs, désormais, elle est au service Projets. Elle ne rêvait pas travailler dans une ONG ou dans une association caritative, mais aujourd’hui elle y trouve sa raison. « Je sens que ce que je fais est utile », confie-t-elle.

Anna Ashkova

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