BIG EMBROUILLES À BIG CITY !

Big City. Sortie le 12 décembre 2007. Dans le nouveau film de Djamel Bensalah, ce sont les enfants qui font la loi. Enfin, seulement le temps de se rendre compte que finalement, ils ont encore besoin de leurs parents… Big City, petite ville de l’Ouest américain, attend l’arrivée d’une caravane de nouveaux immigrants. Celle-ci est attaquée en chemin par les Indiens et les adultes de Big City partent la défendre… mais ne reviennent pas. Les enfants de Big City ont désormais pour seule compagnie adulte un vieil alcoolique et l’idiot du village. À partir de ce jour, le débile devient shérif, le vieil alcoolique juge de paix, et Big City se dote d’un maire enfant, d’un barman enfant, d’une entraîneuse enfant, d’un épicier enfant, d’un menuisier-croque mort enfant… chaque enfant reprenant la place occupée par ses parents. Mais les enfants indiens ne vont pas tarder à montrer le bout de leur nez…

Vous avez l’habitude de donner une portée politique à vos films. Quelle est la véritable histoire de Big City ?

« Il s’agit d’une allégorie de la société. Big City pourrait représenter Paris. Le territoire indien, les banlieues. La rivière qui sépare les deux territoires est le périphérique. Les cow-boys et les indiens, ça parle à tout le monde.

Qu’avez-vous retenu de ces mois de tournage avec des enfants ?

J’ai passé deux ans avec des gamins qui avaient tout à apprendre aux adultes. Ils ne sont pas aussi crédules qu’on l’imagine. Ils ont une vraie analyse du monde. Alors qu’ils sont parfaitement capables de voir des films moins naïfs que nous à leur âge, on leur montre de plus en plus de niaiseries. Au lieu de les alerter de manière à ce qu’ils changent le monde, on leur sert des films dans lesquels les enfants ont des pouvoirs magiques. Tous les films qui leur sont adressés se déroulent dans un monde parallèle, dans l’espace ou dans les nuages. C’est un déni de vie. On refuse de leur parler du monde contemporain. Rien n’est plus important que de raconter le monde dans lequel nous vivons.

Comment sont les enfants de Big City ?

Dans mon film, les enfants n’ont aucun pouvoir magique. Ils ne peuvent rien transformer. Leur seul pouvoir est de changer la société érigée par leurs parents avec leur cœur et leur tête.

Comment avez-vous traité le sujet ?

Ce film traite de l’héritage légué par les parents. Est-il bon ? Faut-il le faire évoluer ? Cette société héritée des parents est-elle juste ? Si elle ne l’est pas, pourquoi ne pas la faire évoluer ? Comment faire fructifier l’héritage des anciens ? Il est possible d’avoir raison contre les autres. Seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais. Je ne crois plus en l’adulte, mais que je crois encore aux enfants. Ce film dit simplement « Prenons soin les uns et des autres ».

Avez-vous cherché à donner une dimension écologique à ce film ?

Au lieu de faire un film qui observe la terre vue du ciel, j’ai eu envie de filmer l’humanité vue de la terre. Si l’on se respecte les uns les autres, on respecte forcément la nature. Comment peut-on nous faire croire que le problème fondamental aujourd’hui est l’écologie ? C’est oublier ceux qui ont faim à l’autre bout du monde ou en France. Si nous décidons de vivre en harmonie, de faire des sacrifices ensemble, nous vivrons mieux. C’est en respectant plus l’homme que l’on respectera la nature, pas en faisant le chemin inverse. La finalité n’est-elle pas d’éduquer l’homme ?

Pourquoi aborder ce thème de la transmission des métiers de père en fils ?

Dans mes études d’anthropologie, j’ai étudié l’homme. J’aime parler de la société. Dans toutes les sociétés, quel que soit le niveau social et quelles que soient les familles, le père est la référence absolue. Quand papa tombe, quand il ne travaille pas et qu’il ne peut pas être un modèle, on prend d’autres modèles, pas forcément terribles. Il est important de remettre le père à sa place pour qu’il redevienne le référent absolu. Je préfère avoir mon père comme modèle plutôt que n’importe quel homme de la télé que je ne connais pas. Aujourd’hui, le professeur peut être un modèle. Les enseignants ne se rendent absolument pas compte de cela lorsqu’ils disent que ce n’est pas à l’école d’éduquer les enfants.

Conserver les traditions familiales n’est pas une mauvaise chose selon vous ?

Au contraire. Aujourd’hui, on n’essaie plus de perpétuer la tradition. Tout se ressemble. On mange dans les mêmes plats, on a tous la même voiture, on vit tous de la même façon. On nous dit que le bleu est à la mode, et tout devient bleu chez nous. On a tous les mêmes meubles de chez Ikea, Habitat ou Conforama, en fonction du niveau social. On commence à tous se ressembler, partout dans le monde. Les traditions, finalement, ont du bon. Elles permettent la diversité. Elles offrent des repères. Il est important de savoir d’où l’on vient, pour savoir où l’on va. Quand les enfants sont livrés à eux-mêmes, sont-ils naturellement portés à devenir autonomes ? Quand on était petits, on jouait aux cow-boys et aux indiens. Aujourd’hui, les enfants jouent à la PlayStation. On a tous à un moment donné joué aux grands, au papa et à la maman, au docteur. On a tous eu envie d’être grand, d’avoir 18 ans, 20 ans, une bagnole… On a envie d’être à table avec les grands, d’avoir des conversations d’adultes. Ce fi lm prend au mot les volontés des enfants, mais il ne faut pas brûler les étapes. Il y a un moment pour être enfant, un moment pour grandir et devenir un adulte. Une fois grand, on veut redevenir petit. On n’est jamais à sa place. Quand on est quelque part, on a toujours le sentiment de n’être pas là où on devrait. On désire toujours autre chose. Si je donnais une suite à Big City, ce serait un monde inversé dans lequel les adultes redeviennent des enfants. Finalement les petits adultes de Big City finissent par vouloir redevenir des enfants. Ils admettent qu’ils en ont marre de jouer aux grands, ils veulent revoir leur maman.

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