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Pour Sidonie Bonnec, le journalisme n’a jamais été un simple métier, mais une vocation née très tôt, quelque part entre les vestiaires et les clubs de foot dans lesquels évoluait son père, joueur de football professionnel, Yannick Bonnec. Née à Reims mais profondément attachée à ses racines bretonnes, elle a suivi son père à travers toute la France, découvrant avec une curiosité insatiable les nouvelles villes et les cultures locales. À seulement 9 ans, elle a su qu’elle voulait devenir journaliste. Portée par des parents qui l’ont toujours encouragée à croire en ses rêves, elle a tracé son chemin avec détermination, jusqu’à devenir une figure familière du paysage audiovisuel français, à la radio comme à la télévision.
Son nom est indissociable de la présentation des émissions « Enquêtes criminelles » et des « Maternelles » ou de la réalisation de documentaires. Depuis 2017, elle co-anime « Tout le monde a son mot à dire » sur France 2, tout en menant une carrière littéraire lancée avec un premier roman bouleversant, inspiré d’une histoire personnelle : La fille au pair (ed. Albin Michel). Journaliste accomplie, Sidonie Bonnec est aussi mère de deux enfants, Bonnie‑Rose (11 ans) et Timothée (7 ans), qu’elle élève avec le réalisateur Jérôme Korkikian dans un cocon d’écoute et de bienveillance. Entre rire et larmes, rencontre avec une femme lumineuse, engagée, et toujours en quête de sens.
Votre père, Yannick Bonnec, était un célèbre footballeur. Durant votre enfance vous avez dû le suivre partout en France, au gré du changement de ses clubs. Comment l’avez-vous vécu ?
Je suis née à Reims, même si toute ma famille est bretonne. Depuis toute petite, j’ai voyagé dans toute la France. Nous bougions tous les deux-trois ans pour un nouveau club. J’ai vécu dans huit ou neuf villes différentes : Brest, Nîmes, Martigues… Un vrai petit Tour de France ! J’ai toujours été sur les routes et j’ai dû m’adapter à une nouvelle ville, aux nouvelles personnes, aux nouveaux accents, à une nouvelle cuisine… Quand on est enfant, c’est à la fois dur et génial. J’en garde quand même un très bon souvenir car je pense que cela m’a rapprochée de ma famille et en même temps, ça a développé mon intérêt et ma curiosité pour les autres. J’étais souvent dans les vestiaires et je côtoyais beaucoup de joueurs. Je me rappelle des sensations de fin de match, de voir mon père à la télé, de faire des photos avec lui pour le magazine L’Équipe… Ce n’était pas la même notoriété des joueurs d’aujourd’hui où il y a énormément d’argent, c’était assez modeste, l’environnement était simple. Quand je réfléchis aux raisons pour lesquelles j’ai voulu devenir journaliste, je pense qu’à l’origine, c’était cette envie de contact avec les autres, ce désir de connaître leur histoire. C’est donc en partie grâce à la carrière de mon père que j’ai découvert ça en moi. Je voulais devenir journaliste, et ce dès l’âge de 9 ans. Mes parents m’ont toujours encouragée à réaliser mes rêves. À croire que tout est possible. Alors que beaucoup me disaient : « Tu veux faire de la radio, tu veux écrire des livres ? Mais c’est pour les gens à Paris, pour les stars. »
Vous avez animé beaucoup d’émissions différentes, à la radio comme à la télévision. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
J’ai beaucoup aimé faire de l’immersion. En 2010, Dans un monde à part, sur M6, je me suis embarquée sur un chalutier pendant un mois avec des marins. J’ai vécu avec des gens qui travaillent la nuit. C’était une très belle expérience. Et j’aime beaucoup ce que je fais aujourd’hui. Depuis 2017, j’anime « Tout le monde a son mot à dire » sur France 2. C’est une émission culturelle, mais c’est aussi un divertissement. Et le divertissement, c’est quelque chose de nouveau pour moi. J’adore ça parce qu’on a une liberté de parole, on rit, on fait du bien aux gens, on apporte de la culture générale. L’émission ne cesse de se transformer.
Vous êtes une journaliste accomplie. Pourquoi avez-vous voulu prendre la plume et vous lancer dans l’écriture d’un roman ?
J’ai toujours écrit. Petite, je faisais des enregistrements radio, j’écrivais des petits flashs, je créais des journaux. J’écrivais aussi des poèmes, des petites histoires. Et adolescente, je participais aux concours en écrivant des nouvelles pour gagner un peu d’argent de poche. J’ai toujours voulu écrire des romans mais je savais qu’on ne peut pas vivre de sa plume. Donc j’ai mis cette passion de côté pour développer celle que j’avais pour le journalisme. Et à 46 ans, une fois que j’avais déjà fait de la radio et de la télé, fondé une famille et trouvé une sorte de stabilité dans ma vie, je me suis dit que c’était le bon moment. J’ai donc décidé de faire une pause de la radio pour m’accorder du temps pour l’écriture. J’ai écrit pendant deux ans, en alternant avec la télé.
Ce roman part d’un vécu, même s’il reste de la fiction. C’était une sorte d’exutoire, de thérapie, plus de vingt ans après les faits ?
Je ne l’ai pas pensé comme ça. Mais depuis que je l’ai écrit je me sens mieux. Tout d’abord, parce que j’ai raconté une histoire qui était douloureuse pour moi. Cette histoire, je l’avais enfouie. Comme nombre de gens qui ont vécu une agression. C’était un sacré traumatisme pour moi… Fuir une famille dont le père voulait m’agresser (Sidonie Bonnec était alors jeune fille au pair dans une famille en Angleterre dont le père voulait l’agresser, ndlr). C’était complètement aberrant et choquant. À l’époque j’avais 20 ans, c’était un drame que j’ai surmonté, j’en ai fait une force. L’écriture de ce livre m’a aussi rendue plus sereine car j’ai coché cet autre rêve : devenir romancière.
Avez-vous parlé à quelqu’un de ce qui vous est arrivé à l’époque ?
J’en ai parlé à mes parents et à deux ou trois amis. Mes parents ont toujours été très structurants. Ils me l’enseignaient : ne jamais accepter l’inacceptable. C’est d’ailleurs comme ça que j’élève mes enfants. Quand le père de cette famille a voulu faire de moi sa maitresse, dans ma tête c’était plié : je devais m’enfuir ! Et j’ai réussi. Aujourd’hui, on parle beaucoup de ce sujet mais à l’époque c’était autre chose. Il n’y avait même pas Internet pour prévenir. Si ça se passait pour mes enfants aujourd’hui, j’irais porter plainte, je remuerais ciel et terre, mais à l’époque c’était bien plus difficile.
Vos enfants sont-ils au courant de cette histoire ?
Oui car j’ai des enfants très curieux, éveillés, qui me posent plein de questions. Je leur ai tout raconté car il n’y avait pas de secret. Ma fille a été très remontée. Mes enfants savent que personne ne peut les toucher, y compris un membre de la famille. Votre roman c’est aussi un hommage à votre amie, Morgane… Ce n’est pas son vrai prénom. Je l’ai modifié par respect envers sa famille. Je ne pensais pas l’intégrer au départ dans le livre. Mais je l’ai fait. C’était ma meilleure amie, elle était très malade et malheureusement elle s’est suicidée quand elle avait 26 ans. C’était ma soeur. On étudiait ensemble, on vivait ensemble. Quand elle est partie, je me suis retrouvée seule avec mes rêves, c’était très douloureux. Lui faire une place dans mon roman, voilà une manière de lui dire « tu es encore avec moi ».
Vous êtes en couple depuis seize ans avec le réalisateur Jérôme Korkikian. Qu’est-ce qui fait la force de votre relation ?
Nous nous sommes rencontrés lors de notre première émission pour M6, en immersion sur un chalutier. Je dirais que notre secret, c’est la communication. Je parle, peut-être trop, mais je préfère ne rien garder pour moi. Je ne boude pas dans mon coin, si j’ai quelque chose à dire, je le dis. Mon mari est très calme, il est moins exubérant que moi mais il est pareil, on communique entre nous. Et puis il me connaît et je le connais. On communique aussi beaucoup avec nos enfants. On leur dit : « n’hésitez pas à nous dire s’il y a des choses que vous trouvez qu’on fait mal. » Et ils nous font des petites remarques : « je n’ai pas aimé quand tu m’as dit cela de cette manière… », par exemple.
Quelles sont les valeurs que vous leur inculquez ?
Je veux que mes enfants soient dégourdis et empathiques. Et ils le sont. L’autre jour, mon fils a tendu la main à une dame âgée pour l’aider à passer au-dessus d’un trou dans une dalle. Elle était très étonnée ! Je fais attention aux autres et je veux que mes enfants soient pareils. Car si on est centré sur soi, on n’est pas heureux dans la vie. Le bonheur vient du lien aux autres. Et ce lien se tisse à n’importe quel âge.
Y a-t-il des choses sur lesquelles vous êtes intransigeante dans leur éducation ?
Les écrans. Dès le début, j’ai été ferme sur ce sujet. Quand je rentre à la maison, je range mon téléphone, mes enfants ne me voient jamais dessus. Et puis quand je suis avec eux, je le suis à 100 %. Quant à la télé, mon métier, ainsi que celui de mon mari… c’est compliqué de l’interdire mais on la restreint. Les enfants ont droit aux dessins animés une heure le mercredi et une heure chaque samedi et dimanche. Mais tout le reste du temps, on le passe dehors, dans la nature, on fait du sport, des jeux… Et puis parfois, mes enfants s’ennuient. Il est bon de laisser les enfants s’ennuyer. C’est justement quand je m’ennuyais petite que j’inventais des histoires, créais des choses comme des émissions de radio. Ce qui me fait peur, ce sont les autres enfants, ceux qui ont été élevés aux écrans. On a tous vu la série Adolescence. Quand on passe trop de temps sur les écrans, l’empathie diminue. On le voit notamment aux États-Unis quand les gamins, après avoir joué aux jeux vidéo, prennent les armes à feu. On voit aussi des agressions entre adolescents en France. C’est catastrophique. C’est vrai que quand tout le monde autour a un téléphone, il est difficile de le refuser à son enfant. Mais je pense qu’il ne faut pas hésiter à le faire, à dire : tu ne l’auras pas, tu n’auras pas Instagram ni TikTok avant 16-17 ans. Je préfère être sévère sur ce point mais je suis cool sur d’autres choses.
Vous avez un métier prenant, un mari, des enfants… Avez-vous du temps pour vous ? Des loisirs ?
J’adore la nature, faire de la randonnée, être au bord de la mer, nager, pêcher dans les rochers pendant trois heures avec mes enfants. Avez-vous d’autres projets ? L’émission « Tout le monde a son mot à dire » a repris. Sur France 2 Je prépare aussi une série documentaire en immersion pour 2026 sur France Télévisions. J’ai aussi tellement aimé rédiger mon premier roman que j’ai envie de continuer d’écrire. Je vais donc me lancer dans un deuxième roman. Il est encore trop tôt pour en parler, mais ce sera sans doute un thriller psychologique.
PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-BAPTISTE LEPRINCE ET ANA GUIBORAT



































