Cette fameuse spécificité française paraît irremplaçable. Avec ses colonnes, ses notes à virgule et ses appréciations percutantes. Mais chez nos voisins européens, il existe des bulletins sans notes, avec des commentaires codés ou des matières inconnues…

 


« En France, la performance chiffrée est très importante, remarque Bruno Suchaut, directeur de l’Institut de recherche sur l’Education à Dijon. Cela commence dès les petites classes, et plus on s’approche du bac, plus la notation est précise, au demi ou au quart de point près. » Une habitude bien visible dans les bulletins scolaires de nos enfants et qui joue sur une large gamme de chiffres, comme dans la plupart des pays latins. 

Noter ou ne pas noter

Certains pays préfèrent utiliser une fourchette plus réduite. En Allemagne, les notes vont de 1 à 6. Le chiffre donné correspond à une catégorie, 1 signifiant très bien et 6 très insuffisant. Ce système repose sur l’idée qu’une notation chiffrée reste toujours imparfaite. L’évaluation doit surtout permettre à l’élève de savoir où il en est. La Finlande, elle, pousse cette logique jusqu’au bout. Là-bas, les élèves ne sont pas notés jusqu’à l’âge de 13 ans. Les professeurs font des comptes-rendus qualitatifs qui tiennent compte des progrès et des difficultés des enfants : « Il n‘y a pas de classement, pas de volonté d’évaluer les élèves par rapport à une norme académique », explique Paul Robert, auteur de La Finlande : un modèle éducatif pour la France ?. C’est quand ils entrent à l’école fondamentale, l’équivalent de notre collège, que les élèves finlandais découvrent les notes. La maîtrise des connaissances se mesure alors sur une échelle de 4 à 10 : « Dans les programmes scolaires, il y a toujours une rubrique consacrée à ce qu’est une bonne acquisition, poursuit Paul Robert. Cela correspond au niveau 8, c’est-à-dire satisfaisant ». De quoi faciliter la lisibilité du carnet de notes par les parents.

 

Des matières étonnantes

En Allemagne, la première matière qui apparaît sur le bulletin scolaire est la religion. Cet enseignement reste obligatoire jusqu’à 14 ans. A l’origine, il s’agissait uniquement de religion catholique ou protestante, mais la mention « éthique » apparaît de plus en plus sur le papier avec l’arrivée des nouveaux Länder issus de l’ancienne RDA et l’augmentation de la population d’origine immigrée. En Grande-Bretagne, on voit apparaître les matières professionnelles. Les élèves peuvent les choisir très tôt, car ils commencent à se spécialiser dès la 4ème. Elles sont proposées par toutes les écoles car il n’y a pas d’établissement spécifiquement « professionnel ».

 

Une évaluation globale

Beaucoup de pays tiennent compte du comportement de l’élève. En général, il s’agit d’une appréciation et non d’une note de vie scolaire comme ce qui est pratiqué en France. Le canton suisse de Vaud, lui, va plus loin en créant une rubrique spéciale dans on « carnet d’information » à destination des parents. Avant de rentrer dans le détail des évaluations par discipline, il propose une appréciation globale du travail et du comportement de l’élève. Une innovation mise au point lors d’une grande réforme, 2000. Charles Hadji, professeur émérite de l’université de Grenoble, a participé à la mise en place de ce nouveau système : « Nous avons retenu différents critères, raconte-t-il, comme l’aisance dans le travail, l’autonomie, l’organisation, la participation en classe et le respect des règles de l’école. »

 

Prudence chez les professeurs allemands

Du côté des appréciations, la verve des enseignants ne peut pas toujours se laisser aller. Chez nos voisins d’outre-Rhin, les commentaires se cantonnent à de laconiques formules toutes faites, telles « passable », « insuffisant », « bien ». « Actuellement, les procès contre les professeurs se développent, note Renaud Fischer, professeur agrégé d’allemand. Les parents portent plainte très facilement. Ils peuvent par exemple contester une notation. Mes collègues préfèrent donc rester prudents. » Les commentaires détaillés se font donc de vive voix, lors de rencontres avec les parents.

 

La « positive attitude » anglaise

En Grande-Bretagne au contraire, le bulletin annuel comporte des appréciations très développées, qui concernent l’effort, les compétences acquises, les difficultés rencontrés et les progrès accomplis. « Il y a des conseils détaillés pour progresser, observe Chris Green, formatrice en IUFM d’origine anglaise. Les professeurs essaient toujours de trouver quelque chose de positif. C’est une culture de l’encouragement. » Ces commentaires n’ont rien de déterminant pour passer en classe supérieure puisque les Anglais, tout comme les Finlandais, ne connaissent pas le redoublement. Encourager, ouvrir au dialogue ou permettre à l’élève de se situer dans sa propre progression sont autant de fonctions du bulletin scolaire que notre système français devrait peut-être étudier…

 

Article réalisé par Priscille de Lassus

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