Ranger sa chambre, débarrasser la table, laver son linge sale… Il peut être difficile de demander à un enfant d’accomplir ces corvées domestiques et souvent, les parents ont tendance à baisser les bras. Pourtant, faire participer les bambins aux tâches ménagères dès leur plus jeune âge les aide à se responsabiliser et à devenir autonomes.

Commencer à leur enseigner tôt

Les enfants, tout comme les adultes, fonctionnent par habitude. Il sera donc plus simple (ou moins conflictuel) de leur faire réaliser des tâches ménagères s’ils y sont habitués depuis qu’ils sont petits. Ceci dit, il n’est jamais trop tard pour commencer, il faudra simplement inciter davantage et revenir à la charge sans jamais rien lâcher. De plus, les petits adorent se rendre utiles et imiter « les grands », il serait donc stupide de les laisser sur le carreau alors que les faire participer leur apprendrait le sens de l’effort.

Selon une étude réalisée par la chercheuse américaine Marty Rossmann sur 84 enfants de 3 à 16 ans, c’est bien la participation des enfants aux tâches domestiques dès leur plus jeune âge qui s’avère le plus déterminant pour leur réussite future, plus que leur éducation et leur QI. Ils seraient en meilleure relation avec leurs proches, auraient de meilleurs résultats scolaires et posséderaient une indépendance économique.

Une autre étude, menée cette fois par un anthropologue, démontre que les corvées ménagères permettraient à sa progéniture d’apprendre de ses erreurs, de donner confiance et de développer l’empathie, et donc l’attention vis-à-vis des autres.

Comment s’y prendre ?

Il faut donc commencer par leur enseigner le principe tôt, plus l’enfant est petit et plus cela ira de soi par la suite. Il est nécessaire d’accepter qu’il ne fasse exactement comme vous et surtout, qu’il prenne plus de temps : n’oubliez pas qu’il est en plein apprentissage. Autre point très important, ne repassez pas derrière lui si une tâche est mal effectuée ! Si vous le faites à sa place, il prendra l’habitude de ne plus le faire. Ensuite, dressez une liste des divers travaux à accomplir ainsi qu’un planning, cela peut s’avérer fort utile lorsque l’heure de débarrasser la table sonne, et que les négociations éclatent.

Si vous avez plusieurs chérubins, pensez à bien respecter l’équité entre eux, et attention à ne pas stéréotyper en envoyant les garçons au jardinage et les filles à la vaisselle ! Il faut aussi surveiller du coin de l’œil celui qui possède toujours une bonne excuse pour se dérober.

Il est essentiel de bien motiver ses troupes : pour les plus petits, mettez-les au défi ! Dites-leur par exemple qu’en rangeant le maximum de jouets en un temps record, ils gagneront et seront félicités. Pour les ados cela peut devenir plus compliqué. Acceptez qu’ils mettent leur musique le temps qu’ils effectuent la tâche. Il faut leur donner alors un sens un peu différent, de responsabilisation, comme aller acheter le pain ou mettre la table pour toute la famille.

Dans une période émancipatrice comme l’adolescence, la chambre de l’enfant est un espace important à respecter. Mais c’est aussi un espace dans la maison, commune, elle. Il faut donc trouver un juste compromis : tu ranges comme tu veux mais je dois pouvoir retrouver tes affaires sales et le linge qui traîne, je n’irai pas le chercher pour le laver. Leur espace ne doit pas déborder sur la maison.

Enfin, profitez du moment que vous passez avec votre enfant pour discuter, par exemple. Participer aux tâches domestiques, c’est faire partie de la famille, intégrer les règles de la maison. Mais il faut tenir compte de l’âge et des capacités motrices de l’enfant, on ne peut pas lui demander de réaliser une tâche qu’il ne peut pas accomplir.

Quelle tâche à quel âge ?

Dès qu’il commence à se tenir sur ses deux jambes, l’enfant peut d’ores et déjà commencer à ranger ses jouets. Avant ses trois ans, il peut poser ses chaussures et son manteau dans l’entrée et peut commencer à préparer un gâteau, en lavant les pommes par exemple. À partir de quatre ans, il peut ranger sa chambre et commencer à mettre son liNge au sale, ainsi que débarrasser son assiette après son repas. À l’approche de ses six ans, il peut mettre le couvert et débarrasser la table. Il est capable de faire son lit et de ranger (et plier) son LINGE dans le placard. Il commencera à aider ses parents à bricoler, faire du jardinage… ainsi qu’à préparer son goûter. À partir de huit ans, l’enfant peut sortir les poubelles, passer l’aspirateur, étendre le linge et passer la tondeuse à gazon. Et enfin, lorsqu’il atteint 13 ans, il peut apprendre à lancer une machine, pour laver ses affaires de sport par exemple.

Récompenser la participation aux tâches ?

Il n’y a pas de règle absolue quant à une quelconque récompense. Tout dépend de l’éducation des parents sur ce point, mais attention, s’ils ont recours aux sanctions, ils doivent également avoir recours aux récompenses. Qui dit récompenser ne dit pas forcément donner de l’argent : cela peut être, par exemple, une sortie organisée avec son enfant, comme aller à la foire ou au cirque. Dans les familles où l’argent de poche est présent dès le plus jeune âge, on peut l’augmenter légèrement pour des tâches exceptionnelles, mais pas pour les quotidiennes, cela donnera de mauvaises habitudes à l’enfant et un mauvais rapport à l’argent.

Les Occidentaux fainéants ?

En France, les jeunes de 11 à 25 ans qui vivent chez leurs parents en font peu, huit heures par semaine, soit trois fois moins que leurs parents (selon l’Insee en 2010) ! Aux États-Unis, 82 % des adultes se souviennent avoir été chargés de corvées domestiques, mais seulement 28 % en demandent à leurs enfants (selon un sondage Braun Research cité par le Wall Street Journal en 2014).

Pourquoi les enfants occidentaux ne mettent-ils quasiment plus la main à la pâte ? Sûrement parce que les parents craignent de déranger leurs enfants, qui ont déjà tant à faire avec les corvées scolaires… Mais cela n’explique pas pourquoi ces enfants résistent aussi souvent à des tâches qui ne demandent ni beaucoup de temps ni beaucoup d’efforts, comme de mettre la table ou de débarrasser son assiette. Une autre explication tient à une définition relativement récente de l’enfance comme une période d’innocence qu’il faudrait protéger des rudesses de la vie. « D’une aide domestique dans quasiment toutes les sociétés traditionnelles, l’enfant est devenu un parasite, écrit David Lancy dans son livre The Anthropology of Childhood (paru en 2008). Les enfants occidentaux sont protégés du besoin de travailler. Ils n’ont pas de corvées à réaliser, et même la maintenance de leur espace domestique et de leurs possessions leur a été retirée. » Il observe que la distance avec le monde du travail est devenue un marqueur de modernité des sociétés. Après tout, personne ne souhaite envoyer sa progéniture à la mine pour qu’elle apprenne la vie !

Lucile Perreau

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